Barack Obama : quels sont les 3 films emblématiques des Etats-Unis sous sa présidence ?

YES THEY CAN! - Au moment de ses adieux à Chicago, ce mardi, le président sortant a évoqué l’état de la démocratie américaine ainsi que les disparités agitant le pays. Voici 3 films qui racontent "quelque chose" de l'Amérique de Barack Obama.

L'étrange histoire de Benjamin Button (David Fincher, 2008) 


Pourquoi? Le film du "yes we can"


Histoire: Benjamin Button n’a pas de chance. Il naît à la fin de la première guerre mondiale avec un physique de poupon vieillard. Sa maman décède peu de temps après l’accouchement. Sous la colère, son papa se débarrasse de lui et l’abandonne sur les marches d’une maison de retraite, dirigée par une femme noire qui le prend sous son aile. Plus les années passent, plus son corps rajeunit. Jusqu’au jour où il rencontre celle qui deviendra l’amour de sa vie. Se posent alors des questions existentielles : comment aimer au-delà des apparences, des trajectoires, des années, de la vie et de la mort ? A priori, l’argument romantique tirée d’une nouvelle écrite par F. Scott Fitzgerald en 1921 semblait taillé pour l’imagination farfelue d’un Tim Burton mais c’est David Fincher qui essaye le temps d’un long métrage de jouer les grands enchanteurs du cinéma américain. 


S'il fallait déterminer le premier film racontant "quelque chose" de la présidence Obama, ce serait celui-ci: L'étrange Histoire de Benjamin Button, presque trop belle pour être vraie. De bout en bout, l’atmosphère reste plombée (même les couchers de soleil ont quelque chose d’artificiel et donc de désespéré). L'image apparaît comme ouatée, un léger halo clair-obscur entourant la fable édictée comme le halo autour d'un rêve. Les scènes dans l’hôpital où la fille Julia Ormond recueille les histoires de sa mère Cate Blanchett sur son père Brad Pitt sont plus ternes afin de laisser la magie aux images du passé. Un niveau de récit imaginaire et universel en recréant l’histoire des Etats-Unis dans un espace-temps suspendu. 


En faisant un retour vers le passé, le film devenait très contemporain et possédait une résonance extrêmement forte depuis l’élection de Barack Obama. C’est pour cette raison qu’il a enthousiasmé à ce point le public américain et que le cinéaste répondait parfaitement aux aspirations de ses contemporains. Fini le temps du cynisme IKEA de Fight Club : les Américains voulaient de l’humain, de l’espoir et du "yes, we can" pour refaire le monde.

Le Majordome (Lee Daniels, 2011)


Pourquoi? Vendu comme "le film qui a fait pleurer Obama"


Histoire: Le Majordome retrace la lutte pour les droits civiques des noirs américains à travers le destin exceptionnel d'un homme, passé des champs de coton aux cuisines de la maison blanche. 


Cecil Gaines, incarné par l'excellent Forest Whitaker, est devenu durant sept présidences, un témoin privilégié de son temps et des tractations au sein du Bureau Ovale. À travers le regard de cet homme, Le Majordome retrace  l'évolution de la vie politique américaine et des relations entre communautés. De l'assassinat du président Kennedy et de Martin Luther King au mouvement des "Black Panthers", de la guerre du Vietnam au scandale du Watergate. C'est à partir d'entretiens réalisés par le journaliste Will Haygood du Washington Post que le scénariste Danny Strong a écrit l'histoire du Majordome. A l'approche de l'élection de Barack Obama à la présidence, Haygood avait recherché un Afro-Américain ayant travaillé à la Maison Blanche pour témoigner de la période des mouvements du droit civique aux Etats-Unis. Il était tombé sur Eugene Allen, majordome de huit présidents entre les années 50 et 80, ayant servi de base au personnage de Cecil Gaines. 


Lee Daniels a retenu les événements les plus marquants : il a éludé les images connues ou fortes, comme l'assassinat de JFK ou de Martin Luther King, pour conserver les conséquences de ces actes, tout en essayant de traduire la complexité politique d'un point de vue humain. Pour faciliter sa leçon d'histoire, il a convié des stars pop et identifiables (Mariah Carey au début dans un champ de coton et déjà dans Precious, idem pour Lenny Kravitz en collègue du majordome ou encore Oprah Winfrey, de retour au cinéma des années après Beloved, de Jonathan Demme). A l'arrivée, un mélodrame fédérateur qui a fait pleurer Barack Obama.

Fruitvale station (Ryan Coogler, 2013)


Pourquoi? Le film du désenchantement


Histoire: Oscar Grant, jeune noir américain de 22 ans, a été abattu le soir du réveillon 2009 par un policier blanc dans le métro près de San Francisco. Le réalisateur Ryan Coogler, gamin comme lui de la Baie, retrace son histoire.


Oscar Grant, petit dealer, ne fait pas grand chose de sa vie. Il a fait de la prison, vient de se faire virer de son petit boulot au supermarché. Mais ce n'est pas un mauvais gars. Il adore sa fille, sa compagne, sa famille. Acculé, il doit décider de son avenir: se ranger ou pas. Le réalisateur Ryan Coogler fait entrer le spectateur dans l'intimité d'Oscar, campé avec brio par Michael B. Jordan, un des acteurs hollywoodiens en pleine ascension. Son empathie pour le héros ne fait aucun doute, comme pour mieux pointer l'injustice qui va le frapper. Il n’y a pas de bons, de méchants, de gentils ou de salauds. A Fruitvale Station, il n’y a eu que des victimes. Et l'Amérique de Obama de revéler ses failles. 

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