"Ça" déchaîne la coulrophobie : mais pourquoi les clowns effraient-ils autant ?

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ANGOISSE - L'adaptation sur grand écran du roman d'épouvante de Stephen King "Ça", dans les cinémas français ce mercredi 20 septembre avec le maléfique personnage de Grippe-sou, confirme que les clowns sont au moins aussi horribles que drôles. Mais pourquoi sont-ils aussi méchants ?

A l'origine du film Ça, en salles ce mercredi, se trouve un roman horrifique culte écrit par Stephen King et publié en 1986. L’écrivain y racontait comment sept enfants devenus adultes étaient terrorisés par une entité maléfique prenant la forme des peurs les plus profondes, se présentant principalement sous la forme d’un clown. 

A l'origine des peurs

Ledit roman et surtout son adaptation télévisée diffusée au début des années 90 ont engendré une épidémie de "coulrophobie" (peur inexpliquée des clowns) aux Etats-Unis comme dans le reste du monde. Des séquences de psychoses collectives dont on a pu voir l'illustration, à l'automne 2014 dans le monde anglo-saxon, mais également dans le nord de la France, en Bretagne ou en Alsaca, avec de multiples agressions et intimidations perpétrées par des hommes déguisés en clown.

Pourtant, si de très nombreux films ou séries télé ont déjà exploré la "coulrophobie"(le préfixe coulro venant du grec ancien désignant un "acrobate sur des échasses"), cette terreur primale associée aux êtres à gros nez rouge et aux chaussures géantes n'est pas née à Hollywood. La peur des clowns existe selon les psychologues depuis longtemps, bien avant Stephen King. 


Soit à l'époque des bouffons de la Cour royale d'Angleterre au 16ème siècle. Et, surprise surprise, cette peur perdure depuis, hantant les cauchemars de bon nombre de gens, y compris nos célébrités - l'acteur Johnny Depp est par exemple un "coulrophobe" célèbre


Car, oui, les clowns machiavéliques se révèlent très présents dans la culture populaire. Une figure déclinée, par exemple, en Joker dans la saga Batman ou encore en Twisty, cet affreux clown psychopathe dans la série American Horror Story.

La psychologue Alexandra Hamlet estime qu'une grande part de cette crainte vient d'un phénomène connu comme "la vallée dérangeante", théorie du roboticien japonais Masahiro Mori divulguée en 1970. En d'autres termes, les répliques de l'apparence humaine légèrement déformées génèrent un sentiment de révulsion chez les humains.

Ainsi, ce que nous appelons des phobies n'est en réalité qu'un "mauvais codage" des émotions. L'augmentation du rythme cardiaque, la tension des muscles, les pupilles dilatées quand, par exemple, nous voyons le clown de Ça pourraient en réalité résulter d'un sentiment d'excitation, et non de peur. Nous voilà rassurés ? Pas sûr...

Notons que l'inconfort généré par ces visages déformés n'empêche pas la plupart d'entre nous de se précipiter dans les restaurants de fast-food McDonald's, dont la mascotte est... un clown. Alors sus à l'hypocrisie coulrophobe !

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Revoyez la bande annonce de "Ça - Il est revenu", la mini-série des années 90

Les vrais clowns ne sont pas contents

La psychologue Alexandra Hamlet affirme avoir commencé à se pencher sur ce phénomène des "clowns qui font peur" avec l'apparition de clowns sinistres signalée à travers le pays, qui ont créé la panique il y a quelques années même si une grande partie de ces signalements se sont révélés faux ou de simples blagues de mauvais goût. L'effet de panique s'est répandu en Europe, Amérique du sud, en Australie et même en France il y a trois ans, à la faveur de Halloween.


L'Association mondiale des clowns, alarmée par l'imminente sortie de Ça, s'est d'ailleurs fendue d'un communiqué pour défendre les saltimbanques qui ne veulent que faire sourire les gens : "Tous ces personnages d'épouvante ne sont pas des clowns", et les personnes déguisées en horribles clowns "prennent quelque chose d'innocent pour le pervertir et faire peur".

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A VOIR. Les clowns se rebellent face au film "Ça"

Stephen King avait déjà appelé tout le monde à arrêter "l'hystérie" sur les clowns. Il est encore intervenu dans la polémique en avril en reconnaissant sur Twitter qu'il avait contrarié la communauté des clowns avec son roman de 1986, mais sans s'en excuser: "Désolé, la plupart sont super, MAIS... les enfants ont toujours eu peur des clowns. Ne tuez pas les messagers à cause du message."

Et le film, dans tout ça, il vaut quoi ? Il le vaut bien ?

Cette nouvelle adaptation de Ça a beau durer deux heures quinze, on ne s’ennuie pas une seconde. Sans doute parce que cette bande de jeunes freaks unissant leur force pour affronter le mal absolu en rappelle une autre, très récente et très attachante : la bande d’ados de Stranger Things, la série-carton de 2016 qui revient pour une seconde saison pour Halloween, vivant eux aussi dans l’écrin des années 80. 

Ainsi, on retrouve dans Ça la même recette que dans Strangers Things. Soit le mélange d’effets spéciaux spectaculaires, de références cinéphiliques (Freddy 5 diffusé dans une salle de cinéma, Gremlins en poster) ou musicales (New Kids On The Block, The Cure…), de reconstitution eighties très soignée et d’une sensibilité doublée d’une empathie dans la caractérisation de ces jeunes personnages confrontés à des parents névrosés, esseulés avec leurs démons. 


L'angoisse est si bonne que Xavier Dolan n'a pas hésité à parler de "film du siècle". Preuve s'il en fallait une que, non, les clowns n'ont pas fini de nous faire cauchemarder.

Ça sort en salles le 20 septembre. Et comme on dit, "âmes sensibles, s'abstenir".

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