Claire Nebout, héroïne transexuelle dans Louis(e) ce soir sur TF1 : vers une évolution des mentalités en France ?

ENQUÊTE - Dans Louis(e), Claire Nebout incarne une maman transsexuelle qui tente de reprendre sa vie de famille là où elle l'avait laissée. Les deux premiers épisodes pilote seront diffusés sur TF1 lundi 6 mars 2017 à partir de 20h55. Un choix signifiant qui questionne la représentation de la transsexualité.

"La transsexualité reste encore en France un sujet tabou qui peut effrayer. Lui apporter de la visibilité peut permettre une évolution des mentalités." Sur ces mots, l’actrice Claire Nebout donne bien à saisir le dessein de Louis(e), un téléfilm diffusé ce lundi en prime-time sur TF1. Il sera ainsi possible de découvrir, dès le 6 mars, leux premiers épisodes pilote (Une femme à part et Coming out) dans lesquels l’héroïne transsexuelle est incarnée par une actrice populaire et "cisgenre", c'est-à-dire dont l'identité de genre coïncide avec le sexe qui lui a été attribué à la naissance.


De la même façon que l'acteur Jeffrey Tambor incarnant une femme trans dans la série Transparent, Claire Nebout tient ce rôle sans faiblir, sans le transformer en performance ostentatoire. Interrogée par LCI, elle révèle : "L’excitation a prédominé sur l’appréhension que j’aurais pu ressentir […]. Je vois Louise comme un personnage romanesque au destin extraordinaire." Soit un personnage qui vit avant d’être un archétype. 

De la marge au mainstream

Avant de parler de sexualité, Louis(e) traite avant tout d’identité et incidemment du joug des apparences. La comédienne poursuit : "Mal dans son corps, Louise a fini par étouffer et devait aller au bout de son évidence. Elle a alors pris une décision radicale qui a déterminé toute son existence en changeant de sexe." 


Marie Guillaumoud, la directrice des programmes de TF1, fait montre du même enthousiasme : "Aujourd'hui, on peut tout se permettre et aborder des sujets très forts sans se voiler la face". Mais est-ce si facile de raconter une trajectoire comme celle de Louise, à une heure de grande écoute et à une époque récusant l’ambiguïté comme le mystère, résolument encline au manichéisme? Pas si sûr. 


Quelques questions se posent face à la gageure que représente une entreprise comme Louis(e), en particulier sur la représentation du personnage trans dans une fiction : est-il montré comme un freak ou bien comme n'importe quel personnage, parfaitement accordé avec l’existence et confronté à l'altérité inhérente à la société ? 

A Hollywood comme en France, on a mis du temps

Si, en France, la décantation s'est avérée assez longue, Hollywood a également mis du temps à aborder le sujet. Le journaliste Alex Masson assure ainsi à LCI : "Le transsexualisme ne pouvait pas exister dans le cinéma hollywoodien [...] Un film comme Certains l'aiment chaud effleure forcément l'idée, même si c'est en faisant passer le crossgender par la pantomime du travestissement, et c'est du coup un étonnant jalon dans la culture populaire mainstream – qui persévèrera avec Tootsie ou Mrs Doubtfire. Quoiqu'à chaque fois, l'idée de la virilité ou d'une sexualité hétéro-normée n'y soit pas beaucoup remise en question..."


Rappelons qu’il a fallu attendre 2006 pour voir une actrice comme Felicity Huffman, héroïne de la très populaire série télévisée Desperate Housewives, incarner un personnage trans qui cherche à être opérée dans un film (Transamerica) et être nommée à cette occasion pour l’Oscar de la meilleure actrice.

La comédienne était d’ailleurs revenue sur ce rôle pour The Huffington Post avant d'avouer que "les personnes transgenres ont été marginalisées pendant très longtemps et on peut le constater dans le fait que ce sont des personnes qui ne sont pas trans' qui les jouent." 

Pourquoi ce n’est pas une personne trans qui joue le rôle du trans ?

Au moment de la sortie de A Danish Girl, biopic sur l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930, une partie de la communauté trans, aux Etats-Unis comme en France, estimait que le rôle principal aurait dû revenir à une actrice trans plutôt qu'à un homme "cisgenre"(Eddie Redmayne). 


Le réalisateur Tom Hooper avait abondé en ce sens dans une interview au Guardian : "Actuellement, dans l'industrie du cinéma, il y a un problème : il y a un énorme réservoir d'acteurs trans talentueux, qui n'ont qu'un accès limité aux rôles." 

Aujourd'hui, l’évolution la plus manifeste a eu lieu dans la série télé, aux Etats-Unis, à l’instar de Orange is the new black et Sense8, ayant respectivement casté les actrices trans Laverne Cox et Jamie Clayton.

Aussi, onze ans après Felicity Huffman, c’est Claire Nebout qui a la gageure de faire évoluer les mentalités en France. Dans l’expectative qu'un jour, un(e) comédien(ne) transgenre aura le premier rôle en prime-time sur TF1, groupe qui a signé la charte de l'engagement LGBT...

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