Deniz Gamze Erguven : "Quand Mustang est sorti, je craignais que personne ne vienne"

Deniz Gamze Erguven : "Quand Mustang est sorti, je craignais que personne ne vienne"

INTERVIEW – Ce vendredi soir, "Mustang" est en lice pour neuf César, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur pour la jeune Deniz Gamze Erguven. Dimanche, elle représentera la France à Hollywood dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger. metronews a recueilli ses impressions.

Félicitations ! Comment se sent-on avec neuf nominations aux César ? 
C’est formidable : elles célèbrent toute l’équipe du film qui est jeune, fougueuse, brillante. A titre personnel, c’est le rêve même si j’ai du mal à digérer les bonnes nouvelles tout de suite : ça vient souvent plus tard, par explosion.
 
Et la nomination à l’Oscar ?
Dès que j’ai su que j’étais "candidate" pour la France, j’ai embrassé cela comme une responsabilité. Je me suis totalement engagée dans la campagne : j’ai enchaîné les interviews et j’ai ressenti un grand soulagement quand nous avons eu la nomination. Pour moi, les César, c’est une grande fête. Les Oscars, c’est presque la mission pour la France. Il y a quelque chose de cet ordre-là en tous cas.
 
Cela signifie quoi pour votre film ? 
Il devrait ressortir en salles. Ca veut aussi dire que la rencontre est faite avec le public. Pourtant, quand Mustang est sorti, un premier film en turc, je craignais que personne ne vienne. Ce qui arrive aujourd’hui est formidable : non seulement parce que le propos du film me tient à cœur mais aussi pour le symbole. Je suis à cheval entre deux pays, la Turquie et la France, et ce qui se passe a une forte résonance dans l’articulation de ces identités.

Etes-vous davantage sollicitée aujourd’hui ?
Les agents et les producteurs américains me tombent dessus et m’envoient plein de scénarios. Mais il faut que je définisse ma route. Et en France, si gagner la confiance des financiers pour mon premier film a été un long processus, ce sera plus facile pour le suivant. Je suis notamment en train de développer un gros projet, un peu hybride mais très excitant.

Et des projets en Turquie ? 
Oui, une idée de film sur ce que l’on ressent lorsqu’on perd une démocratie. Mais je vais faire un break pour y réfléchir car je m’en prends beaucoup là-bas. Depuis quelques années, on détricote la démocratie en Turquie et c’est de plus en plus contraignant. Je suis en pleine période de questionnement.

Que pensez-vous de la polémique "diversité" aux Oscars ?
Avant Mustang, j’avais écrit un scénario qui se déroulait à Los Angeles : quatre de mes cinq personnages principaux étaient afro-américains. Je n’ai jamais réussi à le monter : pour eux, les films avec des afro-américains étaient "urbains, pour un public réduit". Je crois au pouvoir absolu du cinéma qui peut changer la représentation que les gens se font. Mais il faut changer les choses à la source, dès la production. Le boycott des cérémonies n’est selon moi pas une solution : si les gens issus de la diversité souffrent d’un manque de visibilité, à quoi bon punir les rares nommés ? Les quotas ne sont à mon avis pas plus efficaces : une récompense doit être de l’ordre du mérite.

Considérez-vous aussi qu’il y ait un manque de diversité en France ?
Je trouve le cinéma français plutôt excitant cette année. Dheepan en tamoul qui a la Palme, Fatima qui récolte des nominations, mon film aussi... J’ai l’impression que la France est à la proue des idées les plus modernes.

Aucune sous représentation donc ?
Je ne pense pas, vraiment. En France, je ne crois pas que le public se pose la question des origines d’Omar Sy ou de Leila Bekhti. Ils sont français. C’est acquis. Ca me met mal à l’aise de les extraire d’un groupe : ils sont intégrés, c’est tout. Le cinéma en Europe et en France est un des endroits où les idéaux européens fonctionnent à plein régime, en terme de collaboration, de curiosité et de diversité.

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