Et si "99 Homes" était le meilleur film réalisé sur la crise des subprimes ?

Et si "99 Homes" était le meilleur film réalisé sur la crise des subprimes ?

DOMMAGES COLLATERAUX - Lauréat en septembre dernier du Grand Prix du Festival de Deauville, le drame "99 Homes" de Ramin Bahrani sort en eCinéma ce vendredi. metronews a rencontré son acteur principal, l’excellent Michael Shannon, qui revient avec passion sur cette plongée tendue et édifiante au coeur de la crise du logement.

USA, juillet 2007. La débâcle boursière pointe le bout de ses cornes sataniques et le pays -à quelques nantis près- s’apprête à tomber lourdement sur ses rotules. Le krach des prêts hypothécaires à risque met en effet des légions d’emprunteurs, pour la plupart surendettés, dans l’incapacité de rembourser. "A ce moment, des atrocités économiques ont été commises", lance Michael Shannon. Dans 99 Homes, l’acteur charismatique, actuellement à l’affiche de Midnight Special, campe un prometteur immobilier intraitable qui n’hésite pas à saisir les biens que des malheureux viennent de perdre. 

"Avant de participer à ce film, dont le sujet était intimidant à aborder, je n’avais jamais vu d’éviction", explique l’intéressé. "Je savais en théorie ce que c’était : quelque chose d’hallucinant, de violent…" C’est justement sur l’effarante expulsion d’une famille que s’ouvre le drame aux allures de thriller de Ramin Bahrani. Un moment déchirant, dirigé d’une main de maître et porté par les prestations fortes de Michael Shannon et Andrew Garfield. Le second, chassé de chez lui, sera finalement contraint de travailler pour le premier, coupable de ses mésaventures. Soit un pacte avec le diable qui donnera naissance à une descente aux enfers.

Des visages et des maisons perdues

Si 99 Homes fonctionne aussi bien, c’est surtout grâce au personnage luciférien campé par Shannon, produit cynique et monstrueux d’une sinistre époque. "Rick est complexe… Il peut être pris pour un méchant mais vous remarquerez qu’il ne prend aucun plaisir à s’attaquer aux petites gens. C’est en quelque sorte un étudiant du système qui a pris le temps d’apprendre les sales règles, quitte à dépasser parfois la ligne rouge, pour les retourner contre ceux qui les ont créées dans le but de baiser tout le monde", assure le brillant acteur, qui ne cache pas son aversion pour les banquiers. 

Pour autant, ce dernier considère que le citoyen américain est en partie responsable de cette catastrophe de masse. "Le problème aux Etats-Unis, c’est que les gens veulent dépenser l’argent qu’ils n’ont pas sur des choses dont ils n’ont pas besoin", déplore-t-il. Malaisante, factuellement précise et assez forte, cette oeuvre a la louable particularité de se détacher de tous les récents films ayant abordé la crise dans un jargon inaudible pour les néophytes. Ici, la caméra oublie les salles de marché et le blabla abscons pour coller des visages humains à une réalité qu’on avait jusqu'alors du mal à ressentir, à saisir et à comprendre. Un constat à ne pas manquer. 

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