Festival de Deauville 2017 : on revoit "Pi", le premier film fou du réalisateur de "Mother !"

FLASHBACK - Projeté ce samedi au 43e Festival de Deauville dans le cadre d'un hommage à son réalisateur, "Pi", le premier long métrage de Darren Aronofsky figurait en compétition dans ce même festival en 1999 et faisait office de fulgurante révélation. Un coup d'essai affirmant que le réalisateur de "Black Swan", "Requiem for a dream" ou encore "Mother !" avait déjà de la suite dans les idées.

Que reste-t-il de Pi aujourd'hui, dix-huit ans après sa présentation en compétition au Festival de cinéma américain de Deauville ? Un film "fin du siècle" comme le Fight Club de David Fincher, annonçant la naissance du futur réalisateur surdoué de Requiem For A Dream, Black Swan et Mother !


Après son entrée à l’université, Darren Aronofsky réalise qu’il existe un cinéma en dehors de Hollywood. Au ciné-club, il admire le souci de perfection de Jean-Luc Godard et découvre La Dolce Vita (Federico Fellini, 1960) et Yojimbo (Akira Kurosawa, 1961), qui deviendront deux de ses films préférés. 


Dans un premier temps, il étudie les techniques de l’animation à Harvard et tourne le court métrage Supermarket Sweep (1991) – ce qui lui a permis d’entrer à l’American Film Institute, de rencontrer l'écrivain Hubert Selby Jr. (il coécrira avec lui Requiem For A Dream) et de décrocher une maîtrise. Il en conserve pourtant un mauvais souvenir et y apprend qu’avant de respecter des normes, il est nécessaire de ne faire que des films auxquels on croit. 

C’est sa rencontre avec Sean Guillette, acteur principal de Pi, qui se révèle déterminante. Aronofsky prend une photo de lui, devant un miroir avec un couteau planté dans la tête, et s’en sert pour promouvoir un obscur projet de long métrage sur "Dieu, les mathématiques et les finances". 


A la même période, il rencontre le compositeur Clint Mansell grâce à son ami Eric Watson. A l’époque, Mansell faisait partie du label indépendant Nothing records crée par Trent Reznor, le leader du groupe Nine Inch Nails.

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Mother ! Darren Aronofsky en 7 films

Pendant qu’Aronofsky et Guillette développent le scénario, le producteur Eric Waston rame pour obtenir le budget nécessaire. Le cinéma américain n’étant pas subventionné par le gouvernement, il plaide pour l’autoproduction en proposant des parts de 100 dollars à différents amis – aujourd’hui, cette technique est répandue sur Internet – en espérant atteindre 20.000 $. Miraculeusement, l’équipe réussit son coup grâce à 300 bienfaiteurs et décroche environ 60.000 dollars. Du coup, Pi se monte en deux ans (tournage en 28 jours, un an de montage) et remporte le Prix de la mise en scène au festival de Sundance en 1998.

Une révolution dans le jeune cinéma indépendant américain

A l’écran, Pi ressemble à un mélange de Tetsuo (Shinya Tsukamoto, 1989) et de Eraserhead (David Lynch, 1977) : un mathématicien, persuadé que l’univers est régi par des nombres, cherche Dieu à travers les chiffres. Dans cette quête d’absolu, il sombre dans la folie avant la guérison. La mise en scène épouse sa subjectivité, on ressent ce qu’il voit ou fantasme. 


Lorsqu’il regarde une feuille ou une tasse de café, il en voit la structure moléculaire sous forme de spirale (et la caméra nous le montre). A la fin, on sait qu’il est guéri de son idée fixe lorsque la feuille qu’il regarde est filmée normalement. Aronofsky voulait utiliser une caméra subjective centrée sur le personnage principal, à la manière d’une snorry-cam. Et l'expérience en devient physiquement éprouvante. Peu importe : un auteur est né.

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Bande annonce "Requiem for a dream"

Dans Requiem for a dream, son film suivant, il ne s’agit plus d’un seul personnage mais de quatre destins simultanés et donc d’expériences subjectives distinctes. C’est pour cela qu’il a magistralement utilisé les écrans multiples ("split screen" en anglais). 


A partir de ce moment, Aronofsky creuse la veine des expériences de cinéma qui "prennent aux tripes" (Black Swan, Mother !), considérant la douleur comme dernier vestige d’humanité chez des citadins de plus en plus incivilisés. 

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