Le moine bouddhiste islamophobe que l'on appelle le "Hitler Birman"

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CINÉMA - Après avoir scruté le dictateur ougandais Amin Dada ("Général Idi Amin Dada : Autoportrait", 1974) et dialogué avec Jacques Vergès ("L'Avocat de la terreur", 2007), le réalisateur Barbet Schroeder poursuit sa "trilogie du mal" avec "Le vénérable W.", documentaire glaçant sur un influent moine bouddhiste birman prêchant la haine contre la minorité musulmane. Il faut le voir pour le croire.

Tout a commencé lorsque le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dénoncé en février dernier le "nettoyage ethnique" dont sont victimes les Rohingyas et s’est alarmé de possibles crimes contre l’humanité commis par des soldats birmans – accusations rejetés par le régime. 


En creusant, on découvre une sorte d'héritier de Hitler qui appelle à la persécution et à l'extermination des musulmans de Birmanie, et particulièrement la minorité des Rohingyas. Un sujet qui a passionné le réalisateur Barbet Schroeder, qui a découvert le bouddhisme à l'âge de 20 ans et qui a tenté de comprendre le paradoxe : comment cette religion qui enseigne à vivre sans haine peut être utilisé au nom de la haine. 


Ainsi, au gré d’images amateurs des exactions contre les musulmans (maisons brûlées, lynchages…), d’images de propagande parfois très modernes sur fond de musique pop et diffusées sur internet, son documentaire trouve sa valeur dans les longs entretiens accordés par ce moine bouddhiste très influent prêchant la haine. Ou comment regarder un monstre apôtre de la haine, droit dans les yeux, accusant les musulmans de former une sorte de 5e colonne, "qu'il convient d'éradiquer". 

Un parallèle évident entre la situation en Birmanie et la montée des discours antimusulmans dans le reste du monde

En plus de l'entretien, on voit Wirathu exercer son art oratoire, drapé dans sa robe grenat, installé sur son trône de fleurs et saluant ses fidèles, agenouillés sur des tapis. Et ses fidèles avalent sa haine, ses sermons islamophobes qui enflamment la Birmanie. 


Cinéaste de l'ambiguïté et du mal, ayant excellé aussi bien dans l'indépendant underground (More sur les paradis artificiels d'Ibiza, Maîtresse avec Gérard Depardieu initié au rituel SM par Bulle Ogier...) qu'aux commandes de productions Hollywoodiennes (Calculs Meurtriers avec Sandra Bullock manipulée par Ryan Gosling ou encore J.F. partagerait appartement), Barbet Schroeder nous révèle ici une "invraisemblable vérité" que nous, occidentaux, ne soupçonnions pas. 


Enregistrant ce qui se déroule au cœur de cette mécanique anti-Rohingyas et tentant de décrire la façon dont les messages de haine peuvent, après infusion dans l’opinion publique, aboutir au pire, il dresse un parallèle évident entre la situation en Birmanie et la montée des discours antimusulmans dans le reste du monde. Dans son genre, très impressionnant. 

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