"Les Chevaliers Blancs" : quand Vincent Lindon investit l'enfer humanitaire

"Les Chevaliers Blancs" : quand Vincent Lindon investit l'enfer humanitaire

CRITIQUE – "Les chevaliers blancs", en salles ce mercredi, s’inspire librement de l’épisode ultra médiatisé de L’arche de Zoé. Près de dix ans après les faits, le cinéaste Joachim Lafosse rouvre le dossier en octroyant le premier rôle à Vincent Lindon. Et signe un film passionnant.

 Partir d’une histoire vraie
Octobre 2007. L’Arche de Zoé, une association humanitaire, tente de rapatrier 103 enfants tchadiens, tous prétendument orphelins. Leur but ? Les faire adopter sur le sol français. Mais avant que le groupe n’embarque, les forces de police interviennent. S’ensuivent une tempête médiatique et un bouleversement dans les rapports entre les présidents Nicolas Sarkozy et Idriss Déby Itno. Près d'une décennie plus tard, le cinéaste belge Joachim Lafosse s’approprie lesdits événements, les revisitant librement par le prisme créatif qu’agrée la fiction. Un processus qu’il avait déjà employé dans son précédent film, A perdre la raison, lequel s’inspirait de la sordide affaire Geneviève Lhermitte, cette mère de famille nivelloise ayant tué ses cinq enfants en… 2007.

 Trouver le bon acteur
Sacré à Cannes l’an dernier pour sa concluante prestation dans La loi du marché de Stéphane Brizé, Vincent Lindon n’en finit décidément plus d’enchaîner les bons rôles. Dans Les Chevaliers Blancs, Lafosse lui assigne celui de Jacques, le président de l’ONG qui vient en aide aux orphelins d’un pays d’Afrique dévasté par la guerre. Dès son apparition à l’écran, le comédien accroche le regard du spectateur et ponctionne son attention. Fort d’une économie de gestes appréciable et d’un jeu dénué d’afféterie, il construit un personnage ambigu, dont la générosité revêt deux solides tranchants. Impossible de lui apposer d’étiquettes. Salaud ? Vrai gentil ? Samaritain ? Ici, l’écriture rêche qui est engagée disgracie ipso facto toute irruption manichéenne.   

 Réinventer le réel
Loin de la vérité judiciaire et du traitement journalistique qui collent aux faits traités, Lafosse convoque dans ce troisième long métrage ses obsessions et son imaginaire afin de décortiquer, comme un médecin-légiste, les quelques jours qui ont précédé la tentative d’exfiltration. Si l’intrigue peut paraître adynamique, autorisant des moments de flottement ennuyeux, elle est dopée par une tension blanche sous-jacente. Le défaut de la lenteur du film se mue dès lors en qualité à mesure que les sujets filmés s’orientent vers cet enfer pavé de bonnes intentions dans lequel ils se consument. Il y a après tout, dans la réalisation, le désir constant d'emprisonner les personnages et de verrouiller leurs convictions dans un huis clos à ciel ouvert où tout se trouble.   

A LIRE AUSSI >> Notre interview de Vincent Lindon pour "La loi du marché"

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