Lettre à Jean Dujardin… de la part d’un fan qui a failli se casser de "Brice 3"

Lettre à Jean Dujardin… de la part d’un fan qui a failli se casser de "Brice 3"

COUP DE SPLEEN - On a beau adorer un acteur, on ne peut pas tout lui pardonner. Avec "Brice 3", aussi inutile qu’épuisant, Jean Dujardin a mis ma patience à rude épreuve. D’où cette missive, totalement bienveillante, dans l’espoir qu’il range définitivement sa planche de surf et sa perruque jaune.

"Très cher Jean Dujardin,


C’était il y a douze ans déjà. J’assiste à une projection de presse de Brice de Nice et je suis le seul, ou presque, à rire dans la salle. Mes confrères critiques sont gênés. Déjà que les comédies françaises ne sont pas leur tasse de thé en temps normal. Mais alors celle-là : l’histoire d’un crétin de la Côte d’Azur qui se prend pour la réincarnation du surfeur kamikaze joué par Patrick Swayze dans Point Break ne fait pas dans la finesse. 


Certains sont partis avant la fin. Moi, je suis resté jusqu’au bout. De tous les plans, je vous ai trouvé excellent dans ce rôle d’abruti congénital qui se croit tellement plus malin que les autres qu’il finit par en être touchant. Un one man show fluo, mis en scène par votre copain James Huth, qui va lancer votre carrière cinématographique, vous qui jusque-là étiez souvent présenté comme "le gars" dans "Un gars, une fille". On connaît la suite... Et justement !

Après Brice de Nice, vous allez vous appliquer à prouver que vous pouvez tout jouer. Les rôles comiques, bien sûr, avec les deux volets de OSS 117 en point d’orgue, un sommet en matière d'humour, sophistiqué dans la forme, provocateur sur le fond. Mais aussi des personnages plus sombres, voire franchement bouleversant comme dans le mal connu Un balcon sur la mer de Nicole Garcia. Vous étiez également très bon dans Le bruit des glaçons, offrant au passage à Bertrand Blier son plus grand succès depuis des années.


Et puis il y a eu The Artist. Avouons-le, on a versé une petite larme lorsque vous avez hurlé "putain !" sur la scène des Oscars. Un frenchie qui a commencé sa carrière professionnelle comme serrurier, s’est formé à la comédie à l’école du café-théâtre, loin du Cours Florent et de la Comédie française, c’était franchement magique. Et mérité : ce George Valentin, mi-tragique, mi-comique, vous permettait d’exploiter toutes les facettes de votre talent, autrefois mis en doute par une presse branchée qui n’a jamais su où vous classer. Vous apprécier à votre juste valeur.

Depuis, forcément, j’attends monts et merveilles de votre part. Sans doute trop. Le film à sketch Les infidèles était anecdotique, même si j’ai adoré celui de Michel Hazanavicius dans lequel vous jouez un pervers en séminaire d’entreprise. Même si j’adore le cinéma de genre, Möbius et La French m’ont à moitié convaincu. Oublions Un homme à la hauteur, remake inutile, et sauvons franchement Un + Une, où votre alchimie avec Elsa Zylberstein a permis à Claude Lelouch de réaliser son plus beau film depuis des années. Vous voyez Jean, j’ai vu tous vos films. Je suis fan.


Mais lorsque j’ai appris la mise en chantier de Brice 3, je me suis dit "à quoi bon ?". Il y a une histoire d’amitié là-dedans. L’occasion, sans doute, de retravailler avec James Huth avec lequel vous aviez également tourné Lucky Luke.  Et fait une pige dans son rigolo Hellphone. J’avoue, j’aurais préféré un troisième OSS. Parce que le personnage est bien plus passionnant. Parce que de nouvelles aventures de ce réactionnaire flamboyant d’Hubert Bonisseur de La Bath aurait fait écho aux débats qui agitent aujourd’hui la France.

Au lieu de ça on vous retrouve dans un trip régressif aussi inutile que gênant. Comme si 12 ans après, rien n’avait changé. Votre Brice n’a pas évolué, bête et méchant jusqu’à bout des cheveux. Si bien qu’à défaut de porter une intrigue, ou plutôt la succession de sketchs qui fait office de scénario, vous  jouez et surjouez au crétin magnifique jusqu’à l’épuisement, le vôtre et sans doute celui de certains spectateurs qui n’auront qu’une envie devant cette farce hystérique : se casser. Même si vous faites toujours aussi bien le chameau, où est la nouveauté, où est le surprise, où est challenge ? Nulle part. 


Dans une interview récente, vous expliquez que reprendre le rôle de Brice vous a soigné de votre blues post-Oscar. Qu’il vous a redonné le sourire, l’envie de faire ce métier. Que surtout vous en aviez marre de lire, ici où là, ce que vous êtes supposés faire ou ne pas faire, tourner ou pas tourner. En gros que si vous avez envie de jouer dans nanar, c’est votre droit le plus strict. Comme je vous aime bien, je suis resté jusqu’au bout. Mais la prochaine fois, j’exige un chef d’œuvre. Réalisé par James Huth ou Jacques Audiard, je m’en moque. Mais un chef d’œuvre. C’est compris ?".

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