"Avec ses grands yeux et ses cheveux bleus, Courgette m'a bouleversé"

"Avec ses grands yeux et ses cheveux bleus, Courgette m'a bouleversé"

INTERVIEW – Céline Sciamma, la réalisatrice de "Naissance des pieuvres", "Tomboy" et "Bande de filles", co-scénarise pour la première fois un film d’animation : Ma vie de courgette de Claude Barras. Cette adaptation en stop motion du roman de Gilles Paris est un chef d’œuvre de poésie, d’humour et d’intelligence. LCI a rencontré Céline Sciamma pour revenir sur cette perle d’écriture et d’animation.

Pourquoi vous êtes-vous laissée convaincre de co-écrire un film d’animation ? 

Déjà, je n’ai pas pensé animation mais film. J’ai abordé cette histoire qui n’est ni féérique, ni surréaliste, ni fantaisiste, comme les autres. Ce qui m’a vraiment séduite, ce sont les personnages et la sensibilité graphique de Claude Barras qui ne ressemble à aucune autre.  J’avais d’emblée la sensation que j’écrirai pour Courgette, ce petit garçon qui m’a bouleversée avec son parcours de vie, ses grands yeux et ses cheveux bleus. 


Courgette atterrit dans un foyer après avoir accidentellement causé la mort de sa mère alcoolique. On attend alors une escalade de noirceur ...

Mais c’est l’inverse qui se produit.  Cette nouvelle maison, c’est un espoir, une reconstruction possible grâce aux amis qu’il y rencontrera. Avec Claude, nous ne voulions pas sombrer dans l’évidence : le cliché de la solitude, du désespoir. Courgette est une réflexion sur ce qu’est la famille aujourd’hui, sur la façon dont on peut la redéfinir.

Nous espérons que Courgette touchera les enfants et leurs parents pour les mêmes raisonsCéline Sciamma, co-scénariste de "Ma vie de Courgette"

Pensez-vous que le cinéma ait le devoir d’éduquer les enfants à la cruauté du monde ? 

Disons que la tradition du conte de fées est rassurante sur le fait que l’on peut confronter les enfants à des thématiques graves et sérieuses. Il y a d’ailleurs des figures du genre dans Ma vie de courgette, la tante de Camille par exemple qui est l’image de la marâtre ! Mais, au final, tout est une question d’harmonie, d’équilibre, comme dans la vie qui n’est jamais que tragique ou que comique. Et ça, les enfants peuvent le comprendre. Nous avons eu confiance en leur intelligence, qu’ils soient personnages du film ou spectateurs. 


Et ce, sans jamais léser le public adulte… 

Il existe trois sortes de films d’animation : ceux qui ne s’adressent qu’aux enfants, ceux qui visent les adultes, et ceux qui rassemblent mais en s’appuyant sur plusieurs niveaux de lecture. Avec Claude, nous voulions une lecture unique, que tout le monde regarde la même chose et vive la même expérience de cinéma. Nous espérons que Courgette touchera les enfants et leurs parents pour les mêmes raisons.

JT20H - Les secrets de fabrication de "Ma vie de courgette"

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