"Madame Bovary" : la folle et intemporelle élégance d'un ennui mortel

"Madame Bovary" : la folle et intemporelle élégance d'un ennui mortel

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FOCUS – Après "Ames en stock", Sophie Barthes s’empare de "Madame Bovary", le roman incontournable de Gustave Flaubert, et en livre une version personnelle et allurée, en salles ce mercredi. Metronews a rencontré la talentueuse cinéaste.

"Porter Madame Bovary à l’écran, c’est un peu une mission suicide." La française Sophie Barthes, installée depuis plusieurs années à New York, l’affirme avec le sourire. Après Claude Chabrol ou Jean Renoir, elle figure en 16ème position dans la liste des courageux cinéastes qui se sont frottés - de près comme de loin - au chef-d’œuvre de Gustave Flaubert, paru en 1856. "L’écrivain peut s’appuyer sur sa prose. Le réalisateur, lui, doit soigner l’image, l’esthétique et la lumière pour capter l’attention du spectateur", explique l’intéressée. "Ici, le véritable défi est de montrer l’ennui sans ennuyer".

Prisonnière d’une existence morne, Emma Bovary se morfond en effet aux côtés d’un mari peu inspirant. Son refuge ? Les livres (à l’eau de rose) et les princesses qui les peuplent. C’est ainsi qu’elle rêve d’une autre vie, d’un ailleurs où le bonheur aurait sa place. "J’ai lu ce roman à 14 ans et il m’a suivi depuis tout ce temps", commente-t-elle. "Après mon premier film Ames en stock (lequel s’intéressait à des patients subissant une ablation de l’âme, ndlr), j’avais envie de sortir de ma zone de confort : le surréalisme. J’adore Madame Bovary. Plus on le lit, moins on le comprend. C’est ce qui le rend intemporel."

Mystérieuse Bovary

Tourné dans le Perche avec des moyens très réduits, forçant à "la créativité et aux plans B", cette adaptation restitue avec élégance et soin l’essence même du classique de la littérature mondiale. "Flaubert est un iconoclaste, un romantique qui a vomi sur son siècle. Sa sensibilité féminine est très raffinée. Il est mort avec un secret. Que voulait-il vraiment nous dire ? Qu’il vaut mieux vivre avec panache, quitte à se brûler les ailes au lieu d’être aimé, d’avoir sa légion d’honneur et d’être médiocre ? Qu’en étant toujours insatisfait, on court à notre perte ?"

50 ans plus tard, lesdites questions demeurent intactes et se logent au creux du jeu subtil et sibyllin de Mia Wasikowska, qui incarne la célèbre héroïne. "Ce personnage est une boite noire", avoue Barthes. "Selon l’âge ou la culture, les lecteurs auront une image très différente de lui. Les américains n’ont par exemple pas conscience que Flaubert est très nietzschéen, qu’il se fout de la morale. Ils sont persuadés que Bovary meurt parce que c’est une garce qui a trompé son mari." Une chose est sûre : l’énigme Bovary a de beaux jours devant elle.

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