Mélanie Laurent : "Avec Mon garçon, j’ai eu l’impression de vivre un baptême du feu très violent"

INTERVIEW – Dans "Mon garçon", elle joue une mère de famille dont l’enfant a disparu. Face à elle, Guillaume Canet incarne l’ex-mari qui partira à la recherche de son fils. Classique, vous direz-vous ? Pas du tout ! Car, l’acteur n’a jamais eu de scénario entre les mains, jouant tout à l’improvisation avec la complicité de ses partenaires, chargés de le guider dans la direction que voulait donner le réalisateur Christian Carion à son histoire. L’actrice nous raconte.

Avez-vous hésité avant d’accepter cette expérience inédite ? 

Pas du tout. J’ai même dit oui avant de lire quoi que ce soit. Ensuite, j’ai été troublée, bouleversée, émue par le sujet. Quand on vous propose de jouer la mère d’un enfant disparu, on ne saute pas au plafond : c’est tellement dur de rentrer dans cet état. Mais j’avais très envie de travailler avec Christian Carion, encore plus quand il m’a expliqué la fabrication assez démente de son film. 


Comment joue-t-on quand son partenaire n’a pas eu le scénario ? 

Il n’y a pas de filet car nous tournions tout en une prise unique. Et Guillaume ne jouait jamais ce qui était « prévu ». J’avais alors une seconde pour réagir à l’opposé de ce qui était envisagé. C’est beaucoup de pression et j’ai perdu le sommeil pendant deux semaines. Mais ça collait avec mon personnage en même temps ! Ensuite, avec ce concept, quand ça sort, ça sort, avec plus de maladresse mais aussi beaucoup plus de force que d’habitude. 


On ne sent pas cette improvisation à l’écran...

Les chevauchements, les temps, les hésitations, c’est comme dans la vie. Il n’y a plus de règles, de clap, d’Action, de Coupez. On est libres.

Le résultat final s’écarte-t-il beaucoup du scénario que vous aviez eu entre les mains ? 

Pas tant que ça. L’histoire est telle que Christian l’avait imaginée mais ce qui change, c’est ce qu’on se dit et comment on se le dit. Je devais m’adapter à ce que Guillaume jouait et comme je ne pouvais plus me raccrocher à mon texte et que lui n’en avait pas,  on comptait l’un sur l’autre. C’est assez beau de vivre ça. Sur un tournage normal, on se voit avant et après les prises, on discute du film, on n’est pas dans la même énergie. Mais là, nous donnions tout ce que nous avions pour le film: entre les prises, on ne se voyait pas, Guillaume ne dormait pas avec l’équipe, pour garder le « secret » et coller à son rôle.


Pour une actrice, ce jeu sur le vif revient à retourner à l’école ? 

C’est retourner... mais je ne sais pas où. En tous cas, c’est repartir à zéro, surtout que je n’avais pas joué depuis très longtemps. La dernière fois, c’était Eternité, un film beau, délicat et que j’adore mais où je n’avais pas l’impression de m’être surpassée. On se laissait faire dans une espèce de douceur, dans ce travail magnifique sur les gestes et les corps. Et là, c’était totalement l’opposé. Je me suis mise dans tous mes états mais je crois aussi que cette peur inouïe m’a mise dans l’état de nerfs de mon personnage. Alors que je ne suis d’ordinaire pas très nerveuse, j’avais l’impression de vivre un baptême du feu très violent.

Vous aimeriez tenter l’expérience en tant que réalisatrice ? 

Beaucoup. Là, pour coller à la réalité de l’histoire, nous avons tourné en cinq jours et dans l’ordre chronologique. C’est un vrai luxe car il est assez frustrant pour le réalisateur et l’acteur de ne jamais jouer dans la continuité. Alors que vous ne connaissez pas votre partenaire, vous devez généralement commencer par la scène d’amour ou la scène d’engueulade. C’est toujours un peu inconfortable. Là, c’était un grand bonheur.

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