"Midnight special" : Jeff Nichols est-il le fils spirituel de Steven Spielberg ?

"Midnight special" : Jeff Nichols est-il le fils spirituel de Steven Spielberg ?

RENCONTRE - En attendant "Loving", histoire d’amour interraciale dans l’Amérique des fifties pressentie pour Cannes, le réalisateur de "Mud" et "Take Shelter" signe "Midnight special", un film fantastique au sens propre comme au figuré.

Tout commence par une fuite : aidé d’un ami, un père embarque son enfant dans une voiture en pleine nuit. Le gamin (Jaeden Lieberher) est étrange, son paternel (Michael Shannon) effrayé, le compagnon de route (Joel Edgerton) dévoué. Peu à peu, les fils se dénouent : investi d’un pouvoir extraordinaire, le môme est poursuivi par des fanatiques religieux et par la police. Mais quelqu’un, quelque chose l’attend quelque part. Quoi ? Où ? Pourquoi ? Personne ne le sait vraiment mais son père et sa mère enfin retrouvée (Kirsten Dunst) feront tout pour qu’il accomplisse son destin. De ce récit nimbé de mystère, Jeff Nichols tire un grand film de science-fiction aussi personnel que référencé. Décryptage avec le cinéaste.

Un déclic autobiographique
S’il est question de foi et de croyances dans Midnight Special, le long-métrage traite avant tout de parentalité. "C’est la relation père/fils qui m’intéressait. Quand mon premier enfant est né, il avait des convulsions ; ma femme et moi étions très stressés. J’ai réalisé que je ne pouvais pas toujours assurer la protection de mon fils, et de façon plus large, que je n’avais pas de contrôle sur ce qu’il deviendrait. La seule chose que je puisse faire, c’est l’aider à comprendre qui il est et le soutenir. C’est exactement ce dont parle mon film."

L’art de la suggestion
Qu’il penche du côté du film d’extraterrestres, de la chasse à l’homme ou de la tragédie familiale, Midnight special aborde chacun des genres avec épure et mystère. "Je me suis fixé une règle : les dialogues doivent être lisibles dans les comportements des personnages. Les mots ne sont pas toujours nécessaires pour comprendre. Il faut que le spectateur fasse aussi travailler son imaginaire." Le parti pris est payant : outre son dénouement trop démonstratif, le long-métrage est aussi fin qu’efficace.

 Michael Shannon habité
Depuis Shotgun stories, le premier film de Jeff Nichols, Michael Shannon est de tous les projets du réalisateur. "Je n’envisageais que lui pour jouer ce père déterminé et protecteur. Mike est mon ami et mon collaborateur : il fait de moi un meilleur auteur. Quand on écrit pour lui, il n’y a pas besoin de s’encombrer de détails. Beaucoup d’acteurs comprennent le sous-texte mais rares sont ceux, comme lui, qui le portent sur leur visage, leurs mains, leurs épaules." 

 Des références maîtrisées
E.T., Starman, Rencontres du troisième type, Un monde parfait... Midnight special a du Spielberg, du Eastwood et du Carpenter en lui. "Mon film n’est ni un hommage, ni une resucée, mais j’ai envie de faire des films qui provoquent le même sentiment que ces longs-métrages." Mission accomplie : ample et ultrasoigné, le nouveau Jeff Nichols convoque ses maîtres sans surenchère et réalise l’alliage parfait entre science-fiction et émotion.

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