VIDÉO - Mort de George A. Romero, réalisateur de "La nuit des morts vivants", maître des zombies

MORT D'UNE ICÔNE - Le réalisateur américain George A. Romero, à qui l'on doit les films cultes "La Nuit des morts vivants" et "Zombie", est décédé dimanche à l'âge de 77 ans. Un cinéaste qui derrière les conventions du genre n'en distillait pas moins un discours critique et politique à l'égard des États-Unis.

George A. Romero est décédé dimanche à l'âge de 77 ans et son manager de préciser : "en écoutant la bande originale de L'homme tranquille (John Ford, 1952), un de ses films préférés". Il est mort en paix dans son sommeil, après un combat bref mais déterminé contre un cancer du poumon. 


Ses films fantastiques narguaient la mort, ses personnages de prédilection étaient les zombies, les morts-vivants. Et, à travers ses monstres, il prenait son pied en fustigeant la société américaine, en racontant ce qui ne tournait pas rond chez l'Oncle Sam. En 1968, il signait La nuit des morts-vivants, un film révolutionnaire, tourné en noir et blanc, avec un budget d'à peine plus de 100.000 dollars et des acteurs inconnus. L'assaut d'une ferme isolée par une horde de morts sortis de leurs tombes à la suite d'une mutation. 


Effroi et éblouissement chez les fans qui, derrière les us et coutumes du film de genre et l'influence manifeste du roman Je suis une légende de Richard Matheson, décèlent la portée éminemment politique. La nuit des morts-vivants n'est rien de moins qu'une critique subversive de la société américaine des années 1960, jouant sur les frayeurs d'une époque marquée par la guerre du Vietnam, la course aux armements et la fascination pour les ovnis.
  

Le film, devenu un classique, a rapporté plus de 30 millions de dollars à travers le monde. 

Sans lui, pas de "Walking Dead" ni de "Get Out"

La nuit des morts-vivants a donné naissance à un nouveau genre cinématographique, devenu incontournable à Hollywood. En découlera une saga culte : "Chaque film de la saga reflète à sa manière le climat politique et social de son époque. Si les histoires que j'y raconte sont finalement assez proches les unes des autres, elles prennent tout leur sens par le contexte dans lequel elles se situent, par l'évolution du monde et de la société sur plusieurs décennies", expliquait George A. Romero.


Le succès de la série The Walking Dead aurait été impossible sans ses zombies qui ont envahi le monde du cinéma mais aussi des jeux vidéos et des séries télévisées. De même, en donnant le rôle principal à un acteur noir Duane Jones dans La nuit des morts vivants, il accomplissait quelque chose de totalement inédit et totalement subversif dans le cinéma américain. 


Dernièrement, Jordan Peele, le réalisateur de Get Out, thriller horrifique taclant le racisme latent d'une Amérique profonde pro-Trump, a clairement revendiqué son influence, affirmant des décennies plus tard que donner le rôle principal à un acteur noir constituait un acte politique.

Les zombies et les fans en deuil

La carrière de ce réalisateur, nourri aux comics et aux films d'épouvante et attaché à la ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie (il y tournera la majorité de ses productions), ne doit pas être résumée à un simple succès de zombie. On lui doit le film de sketch drôle et macabre Creepshow (1982), l'épopée de chevaliers-motards Knightriders (1981) ou encore le film de vampire obsédant Martin (1979). 


A l'annonce de son décès, les hommages se sont multipliés. "Triste d'apprendre que mon collaborateur favori - et ami de longue date - George Romero est mort. George, il n'y aura jamais personne comme toi", a twitté l'écrivain Stephen King, maître du roman d'horreur.

Le réalisateur américain Eli Roth a salué George A. Romero pour avoir "fait face au racisme il y a 50 ans" (en référence au choix de l'acteur Duane Jones dans La nuit des morts vivants).

"Romero est décédé. Difficile de trouver les mots pour l'instant. La perte est tellement grande", s'est désolé le Mexicain Guillermo del Toro, réalisateur du Labyrinthe de Pan.

Précisons enfin que La nuit des morts-vivants a été ajouté en 1999 au Registre national des films aux Etats-Unis, qui regroupe des oeuvres considérées comme "culturellement, historiquement ou esthétiquement importantes". Quand on vous parlait de "révolution", on ne plaisantait pas. Ce matin, les zombies sont inconsolables. Comme de nombreux cinéphiles ayant grandi à l'ère du vidéo-club aux aguets de la nouvelle production de ce cinéaste majeur. 

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