Nathalie Baye : "Dans "Préjudice", les mots peuvent tuer ou sauver"

Nathalie Baye : "Dans "Préjudice", les mots peuvent tuer ou sauver"

INTERVIEW – C’est avec passion et sérénité que Nathalie Baye défend les couleurs de "Préjudice", le premier film du jeune réalisateur belge Antoine Cuypers, en salles ce mercredi. La comédienne s’y glisse avec brio sous les traits d’une mère qui veille à ce qu’un dîner familial ne vire pas au drame. Rencontre.

On vous sent très fière de Préjudice, que vous soutenez d’ailleurs avec enthousiasme. Qu’est-ce qui vous séduit tant dans ce projet ?
La qualité et la densité du scénario m’ont frappée. Je trouve Antoine Cuypers talentueux, intelligent et très prometteur. On sentait dès le départ qu’il était habité par ce film. J’ai d’ailleurs beaucoup discuté avec lui pour construire le personnage de la mère. Quelque chose m’a attirée et intriguée chez cette femme qui se bat pour que la réunion familiale ne soit pas plombée. J’avais envie de la faire vivre avec ma sensibilité.

On la sent forte, solide. Diriez-vous que c’est une mère-courage ?
Non. Je crois qu’elle fait ce qu’elle peut avec ses propres moyens. Comme toutes les mères, elle est capable de commettre des erreurs en croyant bien faire. Elle ne se remet pas trop en question. Je ne suis pas fatalement d’accord avec ses choix.

Ici, la tonalité est parfois théâtrale. Ça vous a plu justement de jongler entre ces deux arts que vous chérissez tant ?
Oui, beaucoup. Tout se passe effectivement dans un lieu unique. Sur le tournage, chacun était à sa place, investi. A l’écran, on voit vraiment une famille avec ses différences et ses zones de ralliement. Les choses circulaient très bien. Ce n’est pas du cinéma franco-français. Il y a une tension et une atmosphère particulières, qui pourraient faire penser à une œuvre d’Europe de l’Est.

"On a parfois envie de donner des coups de pied dans certaines conventions."

Votre fils dans le film, qu’incarne merveilleusement Thomas Blanchard, est atteint d’une maladie qui n’est jamais clairement définie…
(elle coupe) Oui ! Antoine ne voulait pas que l’on définisse les choses. Maniaco-dépressif ou schizophrène ? Cela n’a pas d’importance puisque le sujet principal, c’est la différence et sa manière d’influer sur l’attitude des uns et des autres. Cette démarche est intéressante car elle laisse de la latitude au spectateur. Thomas est un acteur brillant qui porte merveilleusement bien ce personnage décentré, qui dit la vérité sans filtre. Ici, on voit que les mots peuvent tuer ou sauver.

Quel comportement adoptez-vous quand les choses se gâtent au cours d’un repas?
(sourire) Ça peut me déranger comme m’enchanter parce que, très franchement, on a parfois envie de donner des coups de pied dans certaines conventions. Les propos bienpensants d’un certain milieu parisien qui vous explique ce qu’il faut voir, lire ou faire, c’est gonflant. Il y a très longtemps, je me suis retrouvée à une table d’intellos en Suisse. Chacun citait son film préféré. C’était pointu, sérieux. J’ai cité Les aventures de Rabbi Jacob. Ça a jeté un gros froid. Je n’étais pas mécontente de moi. (rires)

Vous avez récemment tourné un autre rôle de maman chez Xavier Dolan dans Juste la fin du monde. Un mot sur cette expérience ?  
On a tourné en juin dernier et quelques jours en août. J’ai retrouvé Dolan avec plaisir. J’adore travailler avec lui. C’est un magicien, un réalisateur hors normes, un ovni qui fait des films différents les uns des autres. Je ne peux pas vous en dire plus… C’est un personnage de mère très particulier qui m’a enchantée.

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