On a vu "Black", le film sur les banlieues belges qui ne sortira pas en France

On a vu "Black", le film sur les banlieues belges qui ne sortira pas en France

CRITIQUE – Interdit aux moins de 16 ans pour sa violence et privé d’une sortie en salles en France, le film belge "Black", de Adil El Arbi et Bilall Fallah, tourné dans les quartiers de Matonge et de Molenbeek, déplore par le prisme d’une love story la triste réalité de la guerre des gangs. metronews est plutôt convaincu.

Des cris et des corps floutés. Dès la première minute, le viol est suggéré : une tournante, quelque part, dans un lieu sordide. Façon glaçante pour Black, second long métrage des belgo-marocains Adil El Arbi et Bilall Fallah, de désigner sans préambule la femme comme la victime centrale du fait de société autopsié. Celui d’une guerre des gangs qui bat son plein à Bruxelles et qui, comme de nombreux conflits armés à travers le temps et le monde, a cartographié ses malfaisances dans l’âme et le corps féminins.

Malhabile mais percutant

Ici, c’est Mavela, adolescente d’origine congolaise, qui devient l’épicentre de toutes les rancœurs. Son tort ? Etre tombée follement amoureuse de Marwan, un jeune marocain hâbleur affilié au 1080, les ennemis jurés des Black Bronx, sulfureux clan dont elle fait partie. Adapté du roman éponyme de Dirk Bracke, ce portrait au vitriol d’une jeunesse en perdition résonne comme une relecture moderne et urbaine d’un télescopage entre Roméo et Juliette et West Side Story.

Hic ? Le scénario, assez simpliste, n’hésite pas à sur-signifier ses intentions pacificatrices, jetant – avec un manque de finesse manifeste – l’anathème sur ce maudit ressentiment qui habite la plupart des personnages. Lesquels sont incarnés, dans leur grande majorité, par d’honorables acteurs amateurs recrutés dans le cadre d’un casting sauvage.

Car c’est bien de ça dont il s’agit : regarder la violence sans œillères et la figurer dans sa plus épouvantable littéralité – rixes sanglantes, viol en bande frontal… autant de séquences qui ont poussé la commission de classification à une interdiction aux moins de 16 ans. Une méthode choc que les cinéastes emploient pour tordre le cou à toute forme de communautarisme.

Pessimiste et sombre

Cette appartenance pesante, asphyxiante, ils parviennent à la rendre concrète. Leurs amoureux tourmentés ont en effet tout le mal du monde à s’affranchir des codes qui les enchaînent et à laisser l’amour éclairer l’avenir. Pessimiste et sombre, ledit constat aurait certes gagné en force en s’appuyant sur des dialogues plus soignés, en s’émancipant de l’empreinte de ses prédécesseurs (La Haine n’est jamais loin) et en évitant le recours à une certaine stylisation formelle – ralentis, floutages… – qui dessert le propos. Nonobstant quelques écueils ostentatoires, l’ensemble n’en demeure pas moins percutant.

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