"Patients" de Grand Corps Malade : pourquoi vous allez adorer ce film

COUP DE CŒUR - Dans "Patients", son premier galop d'essai au cinéma, le slameur Grand Corps Malade raconte avec humilité et humour l'année de rééducation qui a suivi l'accident dont il est sorti tétraplégique, à 20 ans. Une réussite totale, en salles ce mercredi.

Patients, que Grand Corps Malade a coréalisé avec Medhi Idir (réalisateur de ses clips), est une adaptation du livre que le slameur a publié en 2012 et dans lequel il racontait son combat pour retrouver l’usage de ses bras et de ses jambes. 


Que l'on connaisse ou non sa musique, peu importe : ce premier long métrage vaut mieux que tous les préjugés que vous pourriez formuler à son endroit (grosso modo "un film uniquement réservé aux fans de Grand Corps Malade et de slam"). Et pour une surprise, c’est une vraie bonne surprise. 

De quoi ça parle ?

Benjamin, un jeune étudiant en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) arrive dans un centre de rééducation, paralysé après un mauvais plongeon dans une piscine. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, tout l'éventail du handicap. 


Aussi, que faire quand on est coincé dans un pareil lieu, qu’on ne connaît personne et qu’on a envie d’éteindre la lumière du jour ? Eh bien, on fait ce qu’on peut… On mate la télévision… On écoute en boucle les mêmes morceaux… On subit les mêmes rituels tannants… Et, surtout, on fait des rencontres. On se fait des potes et, peut-être, on s’autorise à aimer même lorsque tout semble foutu. Ou pas. Patients ne raconte que ça : la patience des patients. Car, par la patience, au contact des autres, on guérit. 

En vidéo

Interview : à l'occasion de la sortie de son film "Patients", Grand Corps Malade est l'invité du 20h

Pourquoi ça marche ?

Parce que GCM (Fabien Marsaud de son vrai nom) échappe à l’écueil a fortiori rédhibitoire de l’autobio complaisante et que, de la première à la dernière minute, tout sonne juste. 


Parce que le slameur n'évite aucune thématique douloureuse liée au handicap - pas même sa très tabou sexualité - et parvient, grâce à une touche d'humour toujours bien placée, à ne jamais s'abîmer dans le larmoyant.


Parce que le rire, la vitupération, le regard tendre et la mine stupéfaite de Pablo Pauly (double de Grand Corps Malade dans le film) sont plus vrais que nature. 


Parce que l’enjeu de Patients, sa force et sa pression centripètes, c’est de questionner l’individu au sein du groupe, et même de plusieurs groupes. Notre fraternité s’accroit à chaque minute pour chaque personnage, d’où qu’il vienne, où qu’il parte.


Parce que, comme l'action se déroule à la fin des années 90, chaque acteur donne au récit sa résonance de vérité, celle d’un ennui post-ado à l’aube des années 2000, sans Internet, juste avec les clips de M6 comme balises.


Parce que, parfois, il y a des longueurs. Mais on ne sait pas vraiment où, parce que ce sont des longueurs justes: celle de la vie, de l’amour en quête de soi. Du coup, jurons-le aux jeunes gens: voir ce film, c’est gagner du temps. 


Parce que ce film est un premier pas, de géant, non pas vers Mars mais vers le cœur des gens.

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