Paul Hamy : la révélation du jeune cinéma français, c'est lui

Paul Hamy : la révélation du jeune cinéma français, c'est lui

NOUVELLE STAR. Vous l’avez certainement vu dans "Suzanne", "Elle s’en va", "Un Français". Mais vous ne l’avez jamais vu comme ça. Dans "L'ornithologue", de João Pedro Rodrigues, Paul Hamy incarne un toqué d’oiseaux se métamorphosant en Saint Antoine, celui de Lisbonne et de Padoue (1195-1231). Un choix audacieux confirmant un incroyable tempérament de comédien.

Dans L'ornithologue, en salles ce mercredi, le comédien Paul Hamy incarne Fernando, un homme au passé étrange qui descend une rivière en kayak dans l’espoir d’apercevoir des spécimens rares de cigognes noires. Absorbé par la majesté du paysage, il se laisse surprendre par les rapides et échoue plus bas, inconscient, flottant dans son propre sang.


Le spectateur, lui, est marabouté, comme victime d’un ensorcelant sortilège. Il y a dans ce long métrage de João Pedro Rodrigues un mélange des genres, donnant l’impression de regarder plusieurs films en un seul (film de fantôme? Film d’horreur? Conte érotique? Fable métaphysique? Farce Pasolinienne? Déambulation onirique? Fugue psychogène? Survival craspec? Quête existentielle?) sans jamais élire de réel territoire. Et enfin il y a ce climat halluciné, baignant dans une nature belle et hostile. A la fois terrestre et spectral, Paul Hamy, doublé ici en portugais (on ne vous dira évidemment pas pourquoi ni par qui), impressionne: "Lorsque j’ai vu L’ornithologue pour la première fois, j’ai eu du mal à regarder le film de façon neutre, comme un spectateur lambda. J’étais gêné par le doublage. La seconde fois, ça allait beaucoup mieux. Et puis le fait d’être doublé met l’acteur là où il doit être. Nous ne sommes que des acteurs, au service du réalisateur, au service du film."

Si j’aime regarder des films, j’aime surtout comprendre comment on les fabrique et comment le cinéma fonctionne. Paul Hamy

Avant de commencer sa carrière de comédien, Paul Hamy était mannequin, sculpteur, peintre : "J’ai commencé le mannequinat à 16 ans, sous l’impulsion de ma mère. J’ai travaillé avec le photographe Paolo Roversi. Ma mère connaissait son travail et était assez fan; moi, je n’y connaissais rien. C’était cool, au début. Après, j’arrivais en retard, je devenais ingérable. Cependant, c’est à ce moment-là que j’ai découvert le pouvoir d’une caméra. Il n’y avait rien d’artistiquement passionnant dans le métier de mannequin pour la mode. Je voulais me retrouver devant la caméra. J’aimais le rapport humain et traduire des sentiments. La pub a été le déclic. J’ai dû exprimer une émotion et soudain, le réalisateur était très content. J’étais bluffé par la qualité des effets spéciaux. A partir de ce moment-là, je me suis dit que j’allais tourner des films d’action. J’ai toujours envie d’en faire, cela dit. Mais je n’ai jamais pris des cours de théâtre, j’ai continué mes sculptures, je ne me sentais pas à l’aise. J’avais des potes qui prenaient des cours de théâtre et je ne me sentais pas légitime face à eux. Ça ne m’était pas dû. Je ne pouvais pas prétendre à ça parce que j’avais une bonne gueule et que je savais bouger devant une caméra."

Je reçois de tout. De la comédie romantique, de la comédie musicale, du film d’époque.Paul Hamy

Découvert dans Elle s'en va dans un lit avec Catherine Deneuve (scène hilarante), dans Suzanne en gangster d'amour mais aussi dans Un Français en néonazi flippant, Paul Hamy cultive le paradoxe et déjoue les attentes. 


Vu cette année dans Malgré la nuit, du très underground Philippe Grandrieux et prochainement visible dans Le Divan de Staline de Fanny Ardant, le comédien se retrouve ici chez un auteur radical, João Pedro Rodrigues: "Je ne connaissais pas du tout son cinéma. J’ai lu le scénario de L’ornithologue dans un premier temps. J’ai vu ensuite O’Fantasma et La dernière fois que j’ai vu Macao, deux films très différents. J’aime la manière très douce et très plastique dont il approche les choses. C’est drôle car quand j’ai recherché un lien streaming pour voir O’Fantasma, la meilleure qualité disponible était sur XVidéos. L’ornithologue est moins sombre que les autres films de Pedro. Certes, le film va vers la mort mais avec jouissance. Que ce soit chez Grandrieux, Rodrigues ou Ossang, j'incarne des rôles forts qui expriment la voix d’un réalisateur. J’aime en faire partie. Mais je ne reçois pas que ce genre de propositions. Je reçois de tout. De la comédie romantique, de la comédie musicale, du film d’époque." C'est sûr, l'avenir lui appartient. 


Propos recueillis par Romain Le Vern

Et aussi

Les tags

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques