Pierre Niney : "La Passion Van Gogh, une immersion incroyable dans l’univers du peintre"

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INTERVIEW – L’acteur français prête sa voix au personnage principal du film d’animation La Passion Van Gogh, véritable enquête sur les derniers jours du peintre. Un long métrage atypique, graphiquement impressionnant, qui sort mercredi sur les écrans.

Aviez-vous un rapport particulier avec la peinture en général et celle de Vincent Van Gogh en particulier avant de participer à La Passion Van Gogh ?


Mon intérêt pour la peinture est venu très tard. J’étais assez hermétique aux tableaux que je pouvais découvrir dans les musées quand j’étais adolescent. Je trouve que ce film est un super moyen de réconciliation avec des gens qui, comme moi, jeunes, n’ont pas tout de suite eu le déclic avec la peinture. La mise en mouvement de la peinture, ce croisement avec le cinéma est une idée tellement audacieuse et risquée mais qui marche tellement bien. Concernant mon rapport avec Van Gogh, il y a dans l’inconscient collectif des peintures que l’on retrouve dans le film et qui prennent vie d’une autre manière. Je n’avais pas forcément un rapport privilégié avec la peinture mais La Passion Van Gogh m’a donné encore plus envie de retourner voir des peintures, aller dans les musées et comprendre plus de choses sur la vie de Van Gogh mais aussi celles d’autres peintres, comme Gauguin ou le mouvement des impressionnistes.


Comment expliquer simplement aux spectateurs comment se construit ce film atypique ?


La Passion Van Gogh a deux grandes forces. Il y a d’abord, et c’est une évidence, la performance graphique du film. C’est une première mondiale. J’ai personnellement vécu une expérience hallucinante quand j’ai découvert le film. Il a été tourné de manière normale sauf que chaque plan a été entièrement peint à la main à la façon de Van Gogh par plus de 125 artistes. Le résultat est une immersion incroyable dans l’univers du peintre, dans ses tableaux qu’on reconnaît parfois. On entre dedans comme on entrerait dans un film avec un travelling, sauf qu’il y a un effet graphique complètement dingue. J’ai vécu quelque chose que je n’avais jamais vécu au cinéma sans avoir besoin de casque de réalité virtuelle pour le vivre. Il faut saluer le travail des deux réalisateurs. Il ont fait preuve d’une grande sensibilité mais aussi d’une patience dingue, parce que ça prend énormément de temps de faire un film comme ça. La deuxième force, c’est le film en lui-même car au-delà de la performance graphique,  il y a de vrais personnages, de vrais enjeux, une vraie enquête, les qualités d’un polar, une quête d’identité du personnage d’Armand, à qui je prête ma voix.


Justement, pouvez-vous nous dire qui est votre personnage et ce qu’il fait dans le film ?


Les réalisateurs ont extrapolé la vie de ce personnage que l’on retrouve dans une toile de Van Gogh. Armand Roulin est un jeune homme qui n’est pas entièrement mature, qui se cherche encore, assez bagarreur et rebelle. Il va porter cette lettre, que son père lui a confiée afin de la remettre à Theo, le frère de Vincent Van Gogh, et essayer de comprendre ce qui est arrivé au peintre les derniers jours de sa vie. Comment percer le mystère ? Comment comprendre l’entourage, toujours mystérieux ? Il y a plein d’hypothèses soulevées pendant le film sur sa mort dans le sud de la France : un suicide, un meurtre ? On apprend énormément de choses sur la vie de Van Gogh. Le personnage d’Armand suit un parcours initiatique, au fur et à mesure du film on éprouve beaucoup de tendresse pour lui. Pour aborder un génie tel que Van Gogh, c’est une très bonne idée de passer par le biais de quelqu’un de plus quotidien, c’est un bon axe.

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La Passion Van Gogh : extrait "La lettre"

Vincent Van Gogh était un génie mais aussi quelqu’un de torturé, qui se sentait un peu inutile… Comment avez-vous découvert ce Van Gogh là ? 


C’est vrai que c’était l’image un peu cliché et collective de Van Gogh, ce génie qui porte avec lui cette fragilité, ce tourment perpétuel. Il y a aussi quelque chose qui marque tout de suite, l’idée qu’il n’a jamais été reconnu de son vivant malgré son génie. On retrouve tout ça dans le film mais aussi les ambiguïtés de sa vie, son rapport avec Gauguin, le docteur Gachet, personnage intéressant mais très ambigu aussi… J’ai appris tout ça, il y avait énormément de choses que je ne savais pas, que j’ai découvertes et que j’ai adoré découvrir parce que, encore une fois, c’est très divertissant et c’est monté comme un bon polar. Le film a l’humilité de ne pas se dire qu’on fait mieux que Van Gogh, de ne pas donner des réponses définitives ou une seule théorie sur ce qui s’est réellement passé. La Passion Van Gogh entrouvre des portes, raconte la complexité de la vie et la richesse des tableaux de Van Gogh.


On se rend compte également que finalement le cœur du film, c’est la relation entre Vincent Van Gogh et son frère Theo… 


Je connaissais très peu le personnage du frère. Je savais que Vincent Van Gogh avait un rapport fort avec un de ses frères mais on découvre que c’est un rapport complètement fusionnel. Van Gogh a écrit plus de 800 lettres dont 600 uniquement destinées à son frère. On peut donc retracer beaucoup de choses de sa vie. Son frère Theo était aussi dans l’art, il y avait un rapport incroyable entre les deux. Le film nous fait redécouvrir ça. Il y a notamment de très beaux passages sur le frère, notamment au moment où il vient d’apprendre la mort de Vincent, il est au milieu de chez lui, au milieu des toiles, le regard dans le vide… il y a des images très fortes dans le film, notamment sur cette fratrie.

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"La Passion Van Gogh", un long métrage de peinture animée unique en son genre

Qu’est-ce que ça apporte d’être au cœur de ces peintures, comment le film nous permet de voir les peintures de Van Gogh différemment ?


Evidemment, le mouvement, qui est la qualité première du cinéma. La mise en mouvement, 16 images par secondes dans ce film au lieu des 24 habituelles, ce qui apporte un effet plus intéressant. Il faut vraiment voir le film au cinéma pour se rendre compte de la qualité immersive que cela représente. C’est évident quand on le voit. C’est tellement cinématographique de rentrer dans ce champ de blé aux corbeaux, on reconnaît les tableaux de Van Gogh dans cette nuit étoilée… Il y a quelque chose de magique, c’est assez dur à expliquer. C’est sensationnel au sens fort du terme et c’est fait avec une grande intelligence.


Vous aviez déjà fait du doublage pour de l’animation. Qu’est-ce qui est différent avec La Passion Van Gogh


Il y a des similitudes. Je ne fais que du doublage quand je sens qu’il y a un projet hors norme, singulier, qui suscite ma curiosité immédiatement. Dans le cas de Vice Versa, c’était un Pixar, l’occasion de rencontrer cette équipe absolument géniale, qui a bercé mon enfance. C’était un film avec un concept très fort. Je devais jouer une émotion dans la tête d’une petite fille, je trouvais l’idée très belle. Pour La Passion Van Gogh, c’était aussi une évidence, une fois que je l’avais vu, j’ai eu le virus, je devais en faire partie. Le travail était un peu différent, c’est une animation particulière, 16 images par secondes, la peinture à la main… Je ne sais pas comment décrire, il y a une espèce d’imprécision mais artistique qui est magnifique. Parfois, c’est plus dur d’attraper l’intention première du personnage qu’on doit interpréter mais c’était d’autant plus intéressant. J’ai adoré faire ce travail de voix sur le personnage d’Armand.

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