"Saint Amour" : cette beuverie filiale a un goût de bouchon

"Saint Amour" : cette beuverie filiale a un goût de bouchon

DECEPTION - Quatre ans après "Le Grand Soir", Gustave Kervern et Benoit Delépine transforment Gérard Depardieu en papa de Benoit Poelvoorde dans "Saint Amour", en salles ce mercredi. Soit deux personnages qui entament un tour de France des vignobles pour mieux se comprendre et s'aimer. Le hic, c'est qu'on n'y croit pas.

Ils ont fait de la marge leur terrain de jeu. Depuis Aaltra en 2004, Gustave Kervern et Benoit Delépine, les géniaux transfuges du Groland, se sont penchés comme des fées aimantes sur les invisibles, les petites gens, ceux que les lumières du cinéma ont tendance à ne pas vouloir frôler. Dans Saint Amour, titre inspiré d’un des dix grands crus du Beaujolais, les scénaristes-réalisateurs barrés ont réuni (pour la première fois à l’écran) deux de leurs acteurs fétiches : Benoît Poelvoorde et Gérard Depardieu, qu’ils avaient respectivement dirigés dans Le Grand Soir et le magnifique Mammuth

Gueule de bois

Ici, le premier est le fils du second. Tous les ans, ces derniers font la route des vins sans dégrafer leurs arpions du Salon de l’Agriculture, où ils éclusent des quantités épiques de pinard sous le regard pantois des visiteurs. Sauf que cette fois, Jean, le papounet débonnaire, s’est adjugé les services d’un chauffeur de taxi, campé par Vincent Lacoste, pour proposer à son bras cassé de rejeton un vrai et enivrant voyage - à la fois filial, initiatique et sensoriel - à travers les vignobles de France et de Navarre.

Sur le papier, il y avait tout pour que ce long métrage soit un grand cru : des réalisateurs d’ordinaire lumineux comme des soleils, des acteurs à maturation et tutti quanti. Mais à l’arrivée, le produit n’a hélas aucune ampleur en bouche. En cause ? La facticité d’un récit répétitif et peu inspiré, dans lequel Kervern et Delépine markètent à coups de mauvais gags leur propre crédo, lequel consiste à déterrer la poésie là où on l’attend le moins.

Impossible par exemple de rire devant le grotesque jeu de séduction d’une conseillère immobilière face à un Poelvoorde grimaçant ou de s’enthousiasmer pour les vannes parisianistes du personnage de Lacoste, pseudo queutard qui fuit devant des filles trop moches pour lui.   

Des seconds rôles caricaturaux

Les envolées lyriques dont ils sont coutumiers, jaillissant d’un dialogue ou d’un fait saugrenu, ne trouvent aucune échancrure où se faufiler. Elles n’émanent ni des paysages, immortalisés avec une rare morosité, ni des personnages, caricatures en rang d’oignon. Et ce n’est pas dans les seconds rôles que l’on trouvera la panacée. De Michel Houellebecq en chef bouseux d’une maison d’hôte à Solène Rigot en archétype de la serveuse lunaire en passant par Céline Sallette en Vénus aux cheveux rouges, tout sonne fabriqué.

Somme toute, en recyclant sans originalité leur grammaire cinématographique - mélange de héros antisociaux et de péripéties hors normes -, les cinéastes signent une œuvre sans surprise, sans folie, dans laquelle il est ardu de croire à la relation père-fils unissant Depardieu et Poelvoorde. S’il fut crève-cœur de quitter les personnages de Aaltra, Louise Michel ou Mammuth, ceux de Saint-Amour ne nous manqueront pas. 

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