Sou Abadi, la réalisatrice de "Cherchez la femme" : "Derrière chaque voile, il n’y a pas forcément une islamiste"

INTERVIEW - Entre humour et politique, la réalisatrice d’origine iranienne Sou Abadi a décidé de ne pas choisir. Et signe avec "Cherchez la femme" l’une des comédies françaises les plus gonflées de l’été, sinon de l'année. Elle s’est confiée dans le studio Facebook de LCI.

Il fallait oser. Dans Cherchez la femme, Sou Abadi raconte l’histoire d’amour (très) compliquée entre deux étudiants à Sciences-Po, Armand et Leila. Ils doivent partir en stage aux Nations-Unies à New York lorsque Mahmoud, le frère de la jeune femme, rentre d’un voyage de dix mois au Yémen. Transformé, dans son approche de la religion comme dans son look, il décide de mettre au pas sa sœur et leur petit frère. Pour approcher sa belle, Armand décide alors de se faire passer pour une femme voilée.…


Née en Iran, Sou Abadi a quitté son pays à l’âge de 15 ans avec sa famille, après avoir vécu les premières années de la révolution. Elle y est retournée au début des années 2000, pour tourner un documentaire intitulée S.O.S. Téhéran, diffusé sur France 5. Interprété par Félix Moati, Camélia Jordana et William Lebghil, Cherchez la femme est son premier long-métrage de fiction. Entre humour et politique, la réalisatrice assume volontiers le mélange des genres, quitte à déstabiliser.

Je ne connaissais pas Camélia Jordana car je n'ai pas la télé. Sa notoriété n'a donc pas joué pour elle !Sou Abadi

 "Le début est un peu dur, on se demande parfois si on est dans une comédie", nous a-t-elle expliqué dans le studio Facebook de LCI. "Mais pour justifier que le personnage d’Armand soit obligé de se travestir en femme voilée, il fallait que la menace soit assez élevée. D’où l’importance de poser ces personnages au départ. Et notamment en essayant de comprendre pourquoi Mahmoud, le frère de Leïla, est sur la voie de la radicalisation."


Si le nom de Félix Moati s’est rapidement imposé à Sou Abadi, la chanteuse Camélia Jordana, révélée par "Nouvelle Star" n’était pas son choix initial. "Je ne la connaissais pas car je n'ai pas la télé", avoue la réalisatrice. "Sa notoriété n'a donc pas joué. Lors du casting, j’ai vu beaucoup d’autres comédiennes. Mais c’est elle qui est ressortie du lot, naturellement. Elle avait une énergie qui correspond parfaitement à son personnage."


Dans le rôle de Mahmoud, William Lebghil livre une performance sur le fil, tour à tour terrifiant et pathétique, mais jamais grotesque. "J’ai beaucoup d’affection pour ce personnage même si ça ne se voit pas au début du film", observe la réalisatrice. "Je le voulais d’abord très menaçant. Puis que, petit à petit, on décèle l’humanité chez lui. Et William est arrivé à montrer ça avec une finesse extraordinaire. C'est un très grand acteur."

Porter le voile, ce n’est pas aussi anodin que choisir une couleur de rouge à lèvresSou Abadi

Adolescente, Sou Abadi a vu une de ses camarades de classe recevoir de l’acide sur le visage parce qu’elle ne portait pas le voile à la sortie de l’école. Un souvenir que la mère d’Armand raconte dans le film. Lorsqu’on interroge la cinéaste sur la question, son discours se veut nuancé : "Derrière chaque voile, il n’y a pas forcément  une islamiste. J’ai des cousines qui le portent, d’autres qui sont radicalement contre. Lorsque je vais en Iran elles me demandent souvent comment des femmes en France se battent pour le porter alors qu’elles doivent se battre pour l’enlever."


"Porter le voile, ce n’est pas aussi anodin que choisir une couleur de rouge à lèvres", poursuit Sou Abadi. "Ça a un sens. Ça veut dire qu’au nom de Dieu, on vous impose d’avoir un rapport sexiste vis-à-vis de votre propre corps. Vous reconnaissez que votre corps est un lieu de péché et un lieu de tentation. Et je ne suis pas d’accord avec ça. Mais je n’accepterais pas qu’on retire à une femme la liberté de le porter. Elle a le droit d’avoir ses croyances, du moment qu’elle le fait dans le respect des lois de la République."

Plus d'articles

Sur le même sujet