"The Lost City of Z" : le nouveau James Gray produit par Brad Pitt

"The Lost City of Z" : le nouveau James Gray produit par Brad Pitt

PROJET MAUDIT. Sous la haute protection de Brad Pitt, le réalisateur James Gray a construit "The Lost City of Z" avec une patience de bouddha en connaissant de nombreuses anicroches avant, pendant et après le tournage. C’était le prix à payer pour un projet trop déroutant pour le Hollywood actuel.

En 2008, le réalisateur James Gray signe un chef-d’œuvre : Two Lovers, romance sombre où Joaquin Phoenix a le cœur fendu en deux femmes : une voisine, Michelle (Gwyneth Paltrow) spectrale et charnelle, comme tiraillée entre le cœur et la marge du récit, qui pourrait bien soigner ses blessures secrètes; et une fille de bonne famille juive new-yorkaise, Sandra (Vinessa Shaw) qu’on lui impose. Brad Pitt, prêt à défendre les maîtres d’un cinéma indé US en souffrance, l’approche. En février 2009, Paramount Pictures et Plan B Entertainment, sa boîte de production, contactent James Gray pour adapter The Lost City of Z, le roman de David Grann, tout juste paru aux États-Unis, racontant le destin de Percy Harrison Fawcett, un aventurier anglais, disparu en 1925 à la recherche d'une cité perdue au centre de la forêt amazonienne. 


Brad Pitt était alors rattaché au projet comme producteur mais aussi comme acteur. Le projet semblait prendre de l'ampleur jusqu’à ce que l’acteur plante James Gray, parti tourner un autre film: Killing Them Softly de Andrew Dominik. Brad Pitt demeure toutefois producteur de The Lost City of Z et, avec cette fonction, va continuer à défendre le projet jusqu’au bout. On connait Brad Pitt acteur mais on sous-estime souvent Brad Pitt producteur. Rappelons que c’est grâce à lui que des films aussi téméraires que L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik et Le Stratège de Bennett Miller, qui représentent le haut du panier du cinéma indépendant américain US, ont pu voir le jour. Brad Pitt ne lâche rien, James Gray non plus. 

En 2013, James Gray réalise The Immigrant, une évocation à la fois précise et cruelle des Etats-Unis des années 20 et plus précisément de Ellis Island, proposant de suivre le parcours d'une polonaise (Marion Cotillard) en quête d'ailleurs et d'espoir qui, avec sa sœur tuberculeuse, devient une proie du rêve américain et se fait remarquer dès son arrivée par un mac (Joaquin Phoenix) qui va la prendre sous son aile. Sur une trame mélodramatique, James Gray cite une nouvelle fois ses influences, de Dostoïevski à Visconti dans ce film très classique, élégant mais froid comme la mort. Gray ne perd pas de vue The Lost City of Z. Benedict Cumberbatch remplace Brad Pitt pour le rôle principal et Robert Pattinson, lui aussi avide de tourner avec de l’indé pur et dur, joue le personnage de Henry Costin. 


En février 2015, soit deux ans plus tard, patatras, Benedict Cumberbatch est contraint de céder sa place en raison de conflits d'emploi du temps, remplacé fissa par Charlie Hunnam. Ces nombreuses déconvenues sont liées au temps nécessaire pour construire un film d’une telle ampleur, avec l’esprit d’un bâtisseur de cathédrale. Patient, James Gray savait avant même de s’engager qu’il s’agissait d’une production très compliquée pour raconter une histoire très complexe ne ressemblant à rien de connu. 


L’existence de The Lost City of Z constitue donc une victoire. Charlie Hunnam, Sienna Miller et Robert Pattinson composent le casting de cette odyssée photographiée par Darius Khondji qui, hélas pour nous, n’a toujours pas de date de sortie en France. Lors de sa présentation en avant-première mondiale le 15 octobre dernier au New York Film Festival, The Lost City of Z a obtenu des critiques élogieuses ("The Lost City of Z est une œuvre rare de cinéma contemporain classique", dixit le Hollywood Reporter). Le film de James Gray sera distribué aux Etats-Unis en avril 2017 par Amazon Studios qui s’impose définitivement comme le nouveau refuge du cinéma indépendant US. Comme en témoignent leurs productions récentes: The Neon Demon de Nicolas Winding Refn et Le Teckel de Todd Solondz. Vite, la suite!

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