VIDEO - Brillante Mendoza, le réalisateur de "Ma’Rosa" : "Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit sur Rodrigo Duterte"

VIDEO - Brillante Mendoza, le réalisateur de "Ma’Rosa" : "Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit sur Rodrigo Duterte"

RENCONTRE – Dans "Ma’Rosa", en salles ce mercredi, le réalisateur philippin Brillante Mendoza raconte l’histoire d’une famille de commerçants de Manille qui vend de la drogue pour boucler ses fins de mois… jusqu’au jour où débarquent des flics corrompus jusqu'au cou. LCI l’a rencontré à Paris, l'occasion d'évoquer avec lui la politique radicale du président Rodrigo Duterte.

Avec son cinéma coup de poing, filmé caméra à l’épaule en mode commando, Brillante Mendoza embrasse la réalité quotidienne de son pays comme peu de cinéastes de sa génération. Ma’Rosa, en salles ce mercredi, n’échappe pas à la règle. Et pour cause : en racontant le sort d’une famille de petits commerçants forcée de vendre de la drogue pour boucler ses fins de mois, il fait écho, à sa manière, à la lutte brutale que mène contre les trafiquants le controversé président Rodrigo Duterte, dans le viseur de la Cour Pénale Internationale (CPI).


"Comme la plupart des films, celui-ci est inspiré d’une histoire vraie qu’une personne m’a raconté alors que je faisais des recherches", confie le réalisateur, de passage à Paris. "C’est une réalité que j’avais envie de montrer au reste du monde. Et à notre gouvernement. Je ne peux pas dire combien de gens sont dans cette situation, mais ce que je sais c’est que ça ne devrait pas arriver. Que d’honnêtes citoyens au départ devraient pouvoir nourrir ceux qu’ils aiment sans passer par ce genre de choses."

Brillante Mendoza : "Ma'Rosa, je l'ai rencontrée"

La situation se complique lorsque Ma’Rosa et son mari Nestor sont arrêtés par des policiers véreux qui vont pousser leurs enfants à prendre tous les risques pour racheter leur liberté. "Je ne dis pas que tous les flics sont comme ça", tempère Brillante Mendoza. "Comme partout dans le monde il y a des gens qui font leur travail et d’autres qui abusent des gens qu’ils sont supposés protéger. La corruption dans la police, c’est un secret de Polichinelle aux Philippines, mais personne jusqu’ici n’avait osé l’exposer dans un film."


Lorsqu’on l’interroge sur l’action du président Duterte, accusé de mener des exécutions sommaires dans sa lutte contre les narco-trafiquants – plus de 2 500 personnes auraient été tuées depuis juin dernier - le discours du cinéaste surprend. "Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit sur lui. Tout ce que vous voyez à la télévision n’est pas vrai. Certains médias exagèrent certaines choses, ils sensationnalisent", dit le cinéaste à propos de celui qui a traité Barack Obama de "fils de pute". "Son administration utilise la force, c’est sa méthode, c'est vrai. Mais je ne suis pas son porte-parole", insiste-t-il.

Brillante Mendoza: "les médias n'aiment pas notre président"

Reste que Brillante Mendoza a filmé le premier discours du chef de l’Etat à la nation. Et tourné deux court-métrages destinés à soutenir l’action gouvernementale, à leur manière. Dans le premier, on voit un toxicomane rater les grands événements de la vie de sa fille. Dans le second, une Philippine travaille à l'étranger pour envoyer de l'argent à son fils qui le dépense en achetant de la drogue.  "Le fait qu’on m’ait demandé de tourner ces spots suffit. Je préfère désormais que mes films parlent pour eux-mêmes."


Ancien décorateur de pub, Brillante Mendoza, 56 ans, a tourné une quinzaine de films à ce jour, dont Kinatay, prix de la mise en scène au Festival de Cannes, en 2009, un film (très) noir qui abordait déjà la question des violences policières. Mais aussi Captives, qui racontait la prise d’otage d’un groupe d’humanitaires par des musulmans indépendantistes, avec Isabelle Huppert dans l’un des rôles principaux. Mais si la politique imprègne son travail, forcément, c’est la dimension humaine de ses intrigues qui le motive plus que tout.

Brillante Mendoza : "j'aime le chaos organisé des Philippines"

"Même si je montre le côté sombre des Philippines, je crois que mes films montrent aussi ce qu’il y a de bon dans mon peuple. Même s’il est question de drogue et de policiers corrompus, je crois que la vraie histoire de Ma’ Rosa (interprétée par la bouleversante Jaclyn José, récompensée à Cannes en mai dernier - ndlr), c’est l’amour inconditionnel entre les membres de cette famille. Je ne veux pas montrer du négatif pour montrer du négatif. Les Philippins sont des gens forts, ce sont des résilients. C’est ça aussi que je veux dire au monde."

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