VIDEO - Darren Aronofsky sur "Mother !" : "Sans Jennifer Lawrence, le film n'aurait jamais vu le jour"

ENTRETIEN - Présent au 43e Festival de Deauville à l'occasion d'un hommage et de l'avant-première de "Mother !", en salles ce mercredi, le réalisateur Darren Aronofsky nous parle de la force de frappe de son nouveau long métrage, de ses influences, de Jennifer Lawrence, de Donald Trump, de la planète qui part en vrille.

Dans Mother !, présenté à la Mostra de Venise mardi et au Festival de Deauville vendredi, le cinéaste américain Darren Aronofsky met en scène un couple (Jennifer Lawrence et Javier Bardem) qui voit sa relation se détériorer sérieusement avec l'arrivée d'invités surprise inquiétants (Ed Harris et Michelle Pfeiffer)... Et chut, on n'en dira pas plus. Allez-y, faites-nous confiance, vous allez tomber de votre chaise. 


Nous avons rencontré le réalisateur de Requiem For A Dream et Black Swan au 43e Festival de Deauville. Avec nous, il revient, sans spoiler, sur ce thriller psychologique cauchemardesque qui sort en salles ce mercredi. Et qui devrait marquer votre parcours de cinéphile.

LCI : "Mother !", votre nouveau long métrage, est très surprenant, à plus d'un titre. Pour commencer, la bande-annonce ne reflète pas totalement le contenu du film.

Darren Aronofsky : Il ne faut pas en vouloir à ceux qui ont fait la bande-annonce (il rit). Mettez-vous à leur place : comment voulez-vous vendre "Mother!" ? Impossible. C'est à mon sens le plus fort atout de "Mother !", ce n'est pas un film "normal". Des films comme celui-ci, vous n'en voyez pas tous les jours et, en un sens, c'est tant mieux. Je déteste les spectateurs qui ont des certitudes sur le film qu’ils vont visionner, persuadés de tout savoir à l'avance. Je peux vous garantir que sur "Mother !", personne ne peut rien savoir à l’avance.

LCI : Comment avez-vous réussi à monter un film aussi libre et punk à une heure de standardisation extrême ?

Darren Aronofsky : Deux mots: Jennifer Lawrence. C’est la plus grande star cinématographique actuelle. Et sans elle, "Mother !", que je décris souvent comme un mélange entre "L'ange exterminateur" de Luis Buñuel et "Possession" de Andrzej Zulawski, n'aurait pas existé. Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer… C’est l’un des meilleurs castings que j’ai jamais eu. C’est drôle que vous parliez de punk car pour le générique final, je voulais mettre une chanson des Sex Pistols. Finalement, nous avons préféré prendre "Until The End of The World" de Patti Smith. Un choix parfait pour parler de séparation.

LCI : Sans en dire trop, le film raconte aussi les ravages de la célébrité, le temps d'une scène surréaliste...

Darren Aronofsky : A dire vrai, je n'en avais pas conscience au moment de l'écriture. J'ai réalisé cela il y a quelques jours, lorsque nous avons présenté "Mother !" à la Mostra de Venise. Un journaliste avait demandé à Jennifer Lawrence quelle était son rapport à la célébrité et elle avait répondu d'une très belle façon sur l’amour qu’une star porte à ses fans et réciproquement mais aussi sur la nécessité de garder une part de mystère, de respecter la vie privée, etc. Puis, la conférence de presse de "Mother!" s'achève et, soudain, les journalistes se sont précipités vers nous pour les autographes, les selfies etc. Des stars étaient à la table, il y avait Jennifer Lawrence, Michelle Pfeiffer, Javier Bardem... Et face à la précipitation, j'ai eu un petit moment de panique...

LCI : Diriez-vous que vous avez réalisé "Mother !" en réaction à l’époque ?

Darren Aronofsky : Je le pense, oui. Absolument. Nous vivons dans une époque dingue. Les gens vont au cinéma et allument leurs portables pour consulter des textos. Je pense qu'un film comme "Mother !" sera controversé mais sera soutenu par ceux qui aiment les films hors-norme. En 2017, il faut considérer le spectateur comme quelqu’un d’intelligent. Je pense qu’on arrive à un stade où les gens en ont marre de voir le même film éternellement.

LCI : Mais au-delà des réactions fortes qu'il provoque, quelle est la réelle genèse de "Mother !" ?

Darren Aronofsky : Le film est clairement né d'une frustration. D'une colère inhérente à la manière dont nous traitons notre mère. Dont nous maltraitons la nature. La réalité est que nous défions notre mère, nous violentons notre mère, nous volons notre mère. Pour la première fois dans l’Histoire, nous voyons bien les limites. Il n’y a plus assez d’eau, il n’y a plus assez de poisson, il n’y a pas assez de corail...

LCI : Ok, mais vous êtes optimiste pour l'avenir ?

Darren Aronofsky : Vous allez rire : oui, je suis optimiste. Par exemple, quelque chose de bien peut naître de la tragédie qu’est l’élection de Donald Trump. Les masques tombent. Nous pouvons voir à quel point notre gouvernement est corrompu. Nous avons juste envie que cette sinistre farce s’arrête.

Plus d'articles

Sur le même sujet