VIDÉO - Deauville 2017 : "A Ghost Story", le film de fantôme qui n’a pas peur des sentiments

DÉCOUVERTE – Présenté dans le cadre du 43e Festival du cinéma américain de Deauville, "A Ghost Story" met en scène un fantôme (très) malheureux, interprété par Casey Affleck… sous un drap. Un drame fantastique d’une élégance folle, à rebours des blockbusters hollywoodiens du moment. Sortie française le 20 décembre prochain.

Il est de bon ton de dénigrer le cinéma américain actuel. Et de voir en la télévision – l’univers des séries en particulier – l’unique porte d’entrée des jeunes réalisateurs ambitieux. La programmation du Festival du cinéma américain de Deauville, dont la 43e édition se tient depuis le 1er septembre, prouve au contraire qu’il y a encore des talents singuliers qui cherchent à s’exprimer sur grand écran. Loin, très loin des codes des blockbusters made in Hollywood. 


Si on beaucoup aimé Beach Rats de Eliza Hittman, portrait sensible et sensuel d’un ado de Brooklyn luttant contre son homosexualité, et savouré Good Time, le thriller halluciné des frères Safdie avec Rob Pattinson, avouons qu’on est resté sans voix devant A Ghost Story, le nouveau film David Lowery. Un cinéaste de 36 ans, croisé à Cannes en 2014 avec Les Amants du Texas et auteur, l’an dernier, d’une nouvelle version de Peter et Elliott le dragon.

Casey Affleck irrésistible... sous un drap

Dans ce drame fantastique, Casey Affleck et Rooney Mara - ils étaient déjà les héros des Amants du Texas - incarnent C et M, un jeune couple qui vit dans une vieille baraque de banlieue. Un matin C se tue dans un accident de voiture… et se réveille à la morgue sous une grande couverture blanche, deux trous béants à la place des yeux comme les bons vieux fantômes de notre enfance.


Sur le papier, l’idée est un brin désuète, voire ridicule. A l’écran le résultat est d’une poésie folle. Revenu chez lui, invisible de tous (ou presque), C assiste au deuil de sa compagne. Et de tout ce qui va arriver ensuite... Il serait criminel de révéler davantage l'intrigue de ce long-métrage aussi habile que bouleversant, tourné pour la somme dérisoire de 100.000 dollars. Et qui en déjà rapporté 20 fois plus aux Etats-Unis cet été, malgré la concurrence des Spider-Man et autre Planète des singes.

Ce qui séduit au premier chef dans A Ghost Story, c’est l’infinie justesse de la mise en scène de David Lowery. Qu’il ose le silence ou une chanson pop, de très longs plans fixes ou d’habiles ellipses temporelles, le cinéaste traduit à merveille l’émotion de ses personnages, à commencer par C, caché sous un accoutrement a priori ridicule. 


La tristesse, la colère, le désespoir… Oscar 2017 du meilleur acteur pour son rôle poignant dans Manchester by the sea, Casey Affleck n'a pas beaucoup de scènes pour convaincre. Mais il imprime la pellicule avec la même délicatesse que sa partenaire, la toujours gracieuse Rooney Mara.

Ce surprenant long-métrage a dérouté plus d’un spectateur lors de sa présentation à Deauville. Certains ont même osé quelques rires gras – mais compréhensibles – lors d’une séquence où M, rongée de douleur, se gave de tarte aux fruits jusqu’à l’écoeurement. Mais pour peu qu’on digère ses partis pris radicaux, c’est une expérience unique que propose David Lowery. 


A vrai dire A Ghost Story est plus proche du Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul que des effets chocs de 99% des productions d’épouvante américaines "à la Annabelle". Lauréat de trois prix, ce petit joyau, qui n'avait pas de date de sortie avant sa présentation à Deauville, sera finalement sur les écrans le 20 décembre prochain.

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