VIDÉO - Festival de Deauville : on revoit "Requiem For A Dream", le film choc des années 2000

FLASHBACK - Projeté au 43e Festival de Deauville dans le cadre d'un hommage à Darren Aronofsky, "Requiem For A Dream" a marqué une génération entière de cinéphiles. Un film culte absolument démentiel. A voir et à revoir, partout, toujours...

Harry Goldfarb (Jared Leto) est un junkie. Il passe ses journées en compagnie de sa petite amie Marion (Jennifer Connelly) et son copain Tyrone (Marlon Wayans). Ensemble, ils s’inventent un paradis artificiel. En quête d’une vie meilleure, le trio est entraîné dans une spirale infernale qui les enfonce toujours un peu plus dans l’angoisse et le désespoir. La mère d’Harry, Sara (Ellen Burstyn), souffre d’une autre forme d’addiction : la télévision. 


Veuve depuis des années, elle vit seule à Coney Island et nourrit le secret espoir de participer un jour à son émission préférée. Afin de satisfaire aux canons esthétiques de la télévision, elle s’astreint à un régime draconien. Un jour, elle le sait, elle passera de l’autre côté de l’écran.

On le dit trop peu souvent, Requiem For A Dream est l'adaptation d'un roman de Hubert Selby Jr., le plus "Célinien" des écrivains américains, qui a coécrit le scénario. Au fil des années, il était devenu un chantre de la marginalité new-yorkaise. Ses romans comme Le Démon et La Geôle ressemblaient à des odes à la déchéance, des pamphlets virulents sur les addictions générées par la civilisation américaine. Requiem For A Dream n'échappe pas à la règle.


Nourrie par la noirceur de l’écrivain qui a collaboré à l’écriture du script, cette descente aux enfers convulsive trace des histoires de dépendance (les drogues chimiques et mentales comme la télévision) chez quatre personnages qui tendent à s’éloigner et se consument, chacun à sa façon. Ils partagent un rêve mais cette quête du bonheur se transforme en cauchemar. Il y a une première phase d’euphorie, puis l’horreur d’avoir à la combattre, puis l’effondrement.

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Dans "Requiem for a dream", pas de happy-end

Le travail d’adaptation entre le réalisateur et l'écrivain s’est fait à distance : Darren Aronofsky vivant à New-York, Selby Jr. à Los Angeles. Ce dernier avait essayé d’adapter son roman au cinéma de son côté vingt ans auparavant, sans succès. Aronofsky a utilisé à bon escient une somme considérable d’artifices visuels et privilégié les changements de rythme selon les scènes et ce qu’elles représentent. Les variations de vitesse indiquent différentes façons de percevoir le temps selon la drogue prise. Leur répétition souligne le caractère rituel et donne la cadence d’un mouvement, comme une migraine lancinante.

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Mother ! Darren Aronofsky en 7 films

La puissance émotionnelle de ce bad trip fut telle que Requiem for a dream a connu des démêlés avec la censure (le MPPA ayant refusé l’interdiction aux moins de 17 ans pour une non-classification, elle priva le film des grands réseaux de cinéma) ; ce qui confirme le regard d’Aronofsky sur son propre pays, ivre de contrôle et de machine à rêves, obsédé par l’envie de censurer, de manipuler les esprits et de favoriser les happy-end. Dans Requiem for a dream, pas de happy-end, personne ne se relève.

"Requiem For A Dream" appartient à cette catégorie de films rares, capables de rendre malade

Encore aujourd’hui, chaque scène marque l’esprit, transcendée par des acteurs aux antipodes de ce que l’on connaissait d’eux, ou revenus de loin (Ellen Burstyn, la vieille dame qui veut passer à la télévision, a commencé chez Scorsese et Friedkin dans les années 70). Surtout, la bande-son opératique de Clint Mansell & Kronos Quartet apporte une dimension unique à des visions déjà intenses (les deux amies qui pleurent sur un banc, par exemple). 


Même si on le connait par cœur maintenant, Requiem For A Dream appartient à cette catégorie de films rares, capables de rendre malade, obligeant le spectateur à regarder quatre personnages s’éloigner de lui et à reprendre sa respiration. Si vous l’avez découvert dans une salle de cinéma au moment de sa sortie, vous vous souvenez forcément de cette expérience inoubliable. Le revoir aujourd'hui donne à mesurer à quel point le talent de Darren Aronofsky est grand. Le visionnage de Mother !, son dernier long métrage, en salles le 13 septembre, pourrait le confirmer. 

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