VIDÉO - "Happy End" : quand Michael Haneke s’essaie à la comédie, on serre (fort) les dents

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ON AIME – Boudé par le jury du dernier Festival de Cannes, "Happy End" n’en reste pas moins un excellent cru du cinéaste autrichien Michael Haneke. Ou le portrait au vitriol d’une famille bourgeoise de Calais, avec un Jean-Louis Trintignant bouleversant.

C’est dans une relative indifférence que sort Happy End, le nouveau film de Michael Haneke. Après Le Ruban Blanc et Amour, l'intimidant maître autrichien n’a pas décroché sa troisième Palme d’or consécutive à Cannes. Il serait injuste d’en déduire qu’il s’agit d’un film mineur, au contraire. Après deux drames puissants, l’un historique en noir et blanc, l’autre intimiste en huis clos, le cinéaste s’essaie, à sa manière, à la comédie, en auscultant les relations complexes au sein d’une famille bourgeoise de Calais, les Laurent.


A sa tête, il y a Georges (Jean-Louis Trintignant), le père qui tente par tous les moyens d’en finir depuis la mort de sa femme. Anne (Isabelle Huppert), sa fille aînée, à la tête d’une entreprise de construction qu’elle gère tant bien que mal avec Pierre (Franz Rogowski), son fils dépressif. Thomas (Mathieu Kassovitz), le cadet, est un médecin bien sous tous rapports, jeune papa marié qui assouvit ses fantasmes SM avec une violoncelliste.

Un jeu de massacre savoureux

Ce petit microcosme, qui évolue en quasi vase clos avec ses domestiques, va être perturbé par l’arrivée de Eve (Fantine Harduin, troublante), la fille de Thomas, née d’un premier mariage. Une gamine adorable en apparence, si on ne l’avait pas vu empoisonner sa mère lors de la scène d’ouverture…  Ce  jeu de massacre,  Michael Haneke l’orchestre avec un plaisir non dissimulé, la beauté de la lumière et des cadres du chef opérateur Christian Berger contrastant avec les noirs desseins de ses protagonistes.

Les mauvaises langues reprocheront au cinéaste autrichien son cynisme et sa vision désespérée, sinon désespérante, de l’existence. Mais comme toutes les bonnes satires, Happy End appuie sur les défauts de ses personnages pour faire jaillir le malaise, l’ambiguïté… et l’humour noir, très noir, pour peu qu’on ait le cœur bien accroché. 


Filmés avec une précision chirurgicale, les comédiens livrent des performances monstrueuses, à commencer par Jean-Louis Trintignant, 86 ans, dont le personnage est un cousin tordu mais bouleversant de celui qu’il incarnait dans Amour auprès de la regrettée Emmanuelle Riva. Rien que pour lui, ce Haneke 2018 vaut le détour.

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