VIDEO - "Jackie Kennedy sentait la nécessité de protéger son époux", estime le réalisateur Pablo Larrain

FOCUS – En salles ce mercredi, "Jackie", nouveau long métrage du Chilien Pablo Larraín, plonge le spectateur dans le deuil de l’ancienne Première Dame des Etats-Unis. Un instantané fort et poignant, soutenu par la prestation impressionnante de Natalie Portman, sérieuse candidate aux prochains Oscars.

De l’excellent Tony Manero au tout récent Neruda, passionnant portrait d’un poète hédoniste, le cinéaste chilien Pablo Larraín n’a toujours eu qu’un souhait, qu’une ambition : se démarquer des codes narratifs. Son leitmotiv à trois temps : esquiver les ressorts normatifs, déconstruire pour mieux incarner ses sujets et singulariser son regard. Avec Jackie, il a remplacé in extremis Darren Aronofsky et posé ses valises Outre Atlantique pour la première fois de sa carrière. L’occasion de revenir avec force et émotion sur la destinée endeuillée de l’ex First Lady américaine, qu’incarne à l’écran la magnifique Natalie Portman. Son long métrage, très éloigné du biopic classique, se concentre sur la journée du 22 novembre 1963, date à laquelle John Fitzgerald Kennedy est assassiné à Dallas. Sans envolée lacrymale, Pablo Larraín scanne l’humanité qui sommeille sous la figure mythique le temps d’une peinture subtile et intimiste. Pour LCI, il revient sur son approche.

Trouver le bon ton

"Beaucoup de choses ont été dites ou écrites sur Jackie Kennedy. Il doit bien y avoir des milliers de livres, d’articles ou de photographies rattachés à elle. Des films, des téléfilms et même des séries, également. Mais malgré tout ça, personne ne sait réellement qui elle est. Parce que d’une part, elle tenait à préserver son intimité. Et d’autre part, c’était une personne très insaisissable. Elle a créé autour d’elle un nombre d’énigmes incroyable. Ce mystère s’est cristallisé dans ses yeux. C’est pour ces raisons que j’ai toujours été intrigué par elle, et par les temps sombres qu’elle a passés dès le jour de la mort de son mari. Réaliser ce film, c’était comme une danse, comme une relation avec quelqu’un. Il ne fallait ni être trop éloigné, ni trop proche. Le tout étant de ressentir et faire ressentir la rage, l’amour, les sentiments."

Changer d’angle

"Jackie le dit : ‘je n’ai jamais voulu être célèbre. Je suis juste devenue une Kennedy’. Je crois qu’elle a heurté de plein fouet un destin indéterminé, sans savoir parfois où aller. Elle a dû y faire face, rester droite… Elle est tombée amoureuse d’un homme et cet homme est devenu un sénateur et, plus tard, un président. Il a été assassiné, son frère aussi (Robert Francis Kennedy a été tué en 1968, ndlr). Ils ont eu une vie incroyable. En général, les longs métrages adoptent le point de vue de JFK. Pour moi, le gros challenge ici était d’être proche des émotions de Jackie, sans forcément chercher à la comprendre, car c’est une tâche ardue. Quand on m’a proposé le film, j’ai dit que je ne le ferai pas sans Natalie Portman. Elle a cette faculté d’être sophistiquée, élégante, stylée… Elle pouvait lui ressembler, parler comme elle et redonner vie à son regard."

Réhabiliter le combat de Jackie

"Le scénario était à la base non linéaire. En arrivant sur le projet, je l’ai voulu encore plus fragmenté. Je voulais que le film soit bâti avec des tranches de souvenirs, des morceaux d’idées, des choses pas nécessairement connectées mais qui se relient sous les yeux de Jackie. Elle a d’une certaine manière façonné l’héritage de JFK. Et en faisant ça, elle est devenue une icône. Vous savez, il y a un gap entre l’intention et le résultat. Et ce gap, on s’y engouffre. C’est la petite porte de cuisine où on se faufile en tant qu’artiste. Jackie sentait la nécessité de protéger son époux. Tous ses projets ont été interrompus et elle a eu peur qu’il n’y ait pas d’héritage. Elle l’a fait rentrer dans l’histoire. Ce film parle de ça, mais aussi du deuil, de ce que c’est d’être une mère, du rapport aux médias… Je ne sais pas si le mythe restera immortel… Les mythes sont hors de contrôle. Ce sont les gens qui les entretiennent."

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