VIDÉO - Qui est Harvey Weinstein, le magnat de Hollywood accusé de harcèlement sexuel et de viols ?

PORTRAIT - Le producteur Harvey Weinstein, l'un des hommes les plus puissants à Hollywood, est accusé de harcèlement sexuel et de viols. Surnommé "Harvey Scissorhands" par ses détracteurs, le nabab découvreur de talents, mais aussi brutal businessman, a toujours été une personnalité controversée dans la cité des rêves.

Le producteur de cinéma Harvey Weinstein, 65 ans, est accusé par 13 femmes d'agression sexuelle, dont deux qui disent avoir été violées, selon "The New Yorker".


Citée dans l'article du magazine, sa porte-parole, Sallie Hofmeister, affirme qu'il réfute ces accusations. Ni Harvey Weinstein ni les 13 femmes évoquées dans l'article n'étaient disponibles pour commenter ces informations.

De plus en plus de témoignages accablants

La police de New York et le ministère public de Manhattan ont quant à elle dit dans des communiqués séparés qu'Harvey Weinstein avait déjà fait l'objet d'une enquête en 2015. Selon le bureau du procureur de Manhattan, l'enquête a été abandonnée, les charges étant insuffisantes.


Depuis les premières révélations, début octobre, les langues de délient à Hollywood. Le New York Times rapporte ainsi que l'actrice Gwyneth Paltrow affirme avoir été agressée sexuellement par Harvey Weinstein il y a plus de 20 ans tandis qu'Angelina Jolie dit avoir eu une mauvaise expérience avec Harvey Weinstein dans sa jeunesse, ce qui l'a conduite "à ne plus jamais travailler avec lui".

Donald Trump "pas du tout surpris"

Harvey Weinstein étant un fervent démocrate, les républicains se sont saisis de ces accusations. Le producteur avait notamment organisé une levée de fonds pour l'ex-candidate à la présidentielle Hillary Clinton. Celle-ci a fait part de son dégoût, sans évoquer toutefois le sort des contributions financières qu'elle aurait pu recevoir d'Harvey Weinstein. De nombreux élus démocrates ont pour leur part promis de reverser les donations de Harvey Weinstein à des organisations caritatives.


De son côté, Donald Trump a déclaré ne pas être surpris par les accusations  : "Je connais Harvey Weinstein depuis très longtemps, je ne suis pas du tout surpris de voir cela", a dit le président à des journalistes. Donald Trump avait lui-même été au centre d'un scandale sexuel l'an dernier après la publication d'une vidéo le montrant tenir des propos obscènes pour décrire des femmes. Interrogé à nouveau samedi sur cette vidéo, il a répété qu'il ne s'agissait, selon lui, que de "propos de vestiaires"

En vidéo

De nouvelles accusations contre Harvey Weinstein

Parcours d'un businessman cinéphile

Pour comprendre l'ampleur du scancale, il faut remonter à la fin des années 70. En 1979, Harvey Weinstein, alors âgé de moins de trente ans, co-fonde, avec son frère Bob, les maisons de production Miramax et de The Weinstein Company. Il a depuis accumulé les récompenses les plus prestigieuses du septième art, à Cannes ou aux Oscars notamment. Sans lui et sans son frère, pas de Steven Soderbergh (Sexe, mensonges et vidéos) ni de Quentin Tarantino (Pulp Fiction). Mais Harvey est le plus roublard des deux. Il est aussi et surtout un lobbyiste doué, accumulant par exemple plus de 300 nominations aux Oscars et... s'appropriant parfois les films qu'il distribue et/ou produit avec sa société. 


Le triomphe de Shakespeare in Love en 1999, c'est lui. Les plébiscites du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain et de The Artist aux Oscars, c'est lui. Les coupes infligées au Gangs of New York de Martin Scorsese (une bonne heure de moins et un final cut retiré au réalisateur de Taxi Driver), c'est lui aussi. La pression sur Peter Jackson pour qu'il réduise la trilogie du Seigneur des anneaux en un seul film (!), c'est lui encore. Les petits effets cui-cui pour séduire les votants aux Oscars comme s'afficher avec les petites-filles de Charlie Chaplin pour The Artist, c'est encore et toujours lui.


Mi-cinéphile, mi-marchand de tapis, Weinstein a du succès dans les affaires mais on ne le surnomme pas "Harvey Scissorhands" ("Les mains ciseaux", en référence au film Edward aux mains d'argent, Edward scissorhands en version originale) pour rien. Dans une interview au Daily Beast, il balançait sans vergogne sur ses exploits en tant que producteur et distributeur avec cette phrase résumant la visée de l'homme : "La dictature, c’est mieux. La démocratie, ça marche pour les gouvernements, pas pour les films". 

Harvey Weinstein peut être très dur mais c'est toujours au service de ce qu'il pense être le mieux pour les intérêts du film, commercialement ou artistiquement.Meryl Streep

Plusieurs cinéastes ont connu de vifs démêlés avec lui, à commencer par le Français Jean-Pierre Jeunet qui lui a confié la promo de Amélie Poulain aux Etats-Unis (avec les retombées admirables que l'on sait) mais qui a également fort mal vécu la distribution de son film The Young and Prodigious T.S. Spivet par The Weinstein Company : "Harvey Weinstein avait acheté les droits du film et en avait bloqué la sortie. Après ça, il voulait le remonter. Pour moi, c'était hors de question (...) Il ne faut rien vendre à Weinstein. Voilà quelqu'un qui ne respecte pas le cinéma !" 


D'autres films récents comme Le Transperceneige de Bong Joon Ho ont connu d'autres coups de ciseaux de Harvey Weinstein qui pense agir au nom du bien du film et qui, selon lui, "oeuvre doucement".  La petite histoire veut  encore qu'au moment de l'achat des droits de The Artist par Weinstein, le producteur Thomas Langman et le réalisateur Michel Hazanavicius voulaient s'assurer qu'il ne toucherait pas au montage ; promesse qui n'avait pas été faite par le "staff Weinsteinien" - mais le magnat avait cependant rangé ses ciseaux au placard. 

Weinstein pourrait ne pas s'en relever

Celui que Madonna surnomme "the punisher" en référence au héros de comics Marvel, connait donc désormais une période très difficile dont il ne pourrait jamais se relever. Bible du secteur du cinéma, le magazine Variety le décrit même comme probablement fini à Hollywood.


D'après le New York Times, citant des membres de la Weinstein Company, le producteur aurait passé au moins 8 accords amiables avec des femmes. Parmi elles, une jeune assistante dans les années 90, une assistante à Londres en 1998, une mannequin italienne en 2015 ou encore Lauren O'Connor, une employée de sa société, peu après. 


Sur Twitter, l'actrice Rose McGowan mène quant à elle activement la lutte. 

Et reçoit des soutiens comme celui de l'actrice Patricia Arquette. 

Rose McGowan a également twitté: "Les femmes se battent. Et à tous les hommes: faites face. Nous avons besoin que vous soyez nos alliées".

Depuis licencié de sa propre société, Harvey Weinstein est la dernière personnalité en date déchue aux Etats-Unis en raison d'un scandale sexuel après l'acteur vedette Bill Cosby, le présentateur de Fox News Bill O'Reilly ainsi que le dirigeant de la même chaîne conservatrice Roger Ailes.


Il affirme qu'il va dorénavant "canaliser sa colère" en militant contre le lobby des armes à feu, la NRA, et en réalisant un film "sur notre président", Donald Trump, qui lui aussi a fait l'objet d'accusations d'atteintes sexuelles pendant la campagne présidentielle.

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Hollywood : le scandale Harvey Weinstein

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