Découvrez Jimini’s, l'entreprise française qui vous fait manger des insectes comme dans Koh-Lanta

Découvrez Jimini’s, l'entreprise française qui vous fait manger des insectes comme dans Koh-Lanta

CONSO - Penser grand en mangeant petit, protéger les générations futures, révolutionner notre manière de consommer. C’est le défi des fondateurs de Jimini’s, les créateurs d’"insectes-apéritifs" en France. Rencontre.

"Notre objectif est de faire entrer progressivement les insectes dans l’alimentation du quotidien", lance Clément Scellier, "fourmirecteur général" de Jimini’s. "On fait de l’achat, de la transformation et de la revente arthropode", complète Bastien Rabastens, le co-fondateur. Concrètement Jimini’s achète des insectes lyophilisés aux Pays-Bas, les assaisonne dans un atelier de quatre employés à Vaux-le-Pénil (Seine-et-Marne), et commercialise toute une gamme de produits en ligne, dans des épiceries fines et des points de vente à travers l’Europe.

Après la pause déjeuner et une partie de ping-pong dans les bureaux de Jimini’s, à Montreuil, les deux amis d’enfance donnent leurs directives pour l’après-midi à la "dizaine d’employés dans la fourmilière". Un tandem parfaitement complémentaire. Clément, le créatif, a fait des études de marketing alors que Bastien, le rigoureux, a étudié le droit.  "On se connaît depuis presque 20 ans. Notre amitié est basée sur la confiance. On respecte le terrain de l’un et de l’autre." 

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Et si on se régalait avec des insectes ?

Inspirés par Koh-Lanta

Ce qui les rassemble, c’est leur ouverture d’esprit, leur amour des défis et leur humour. "Nous pensons vraiment cette entreprise à deux têtes et c’est parfait", souligne Bastien, attablé dans le coin détente. Ce jeune patron à la barbichette ébouriffée s’occupe de la gestion du site de production et de l’administratif, tandis que Clément, barbe de trois jours et yeux rieurs, prend à sa charge la partie marketing, communication et commerciale. 

Ce dernier raconte comment un soir de 2012, devant un épisode de l’émission Koh-Lanta, le défi qui consiste à engloutir des insectes leur a donné l’idée d’en manger.  "On a commandé des insectes sur Internet, ils ont mis deux semaines à arriver. On a essayé avec un groupe d’amis, et on s’est rendu compte que ça pouvait être bon si c’était bien cuisiné." Ce fut le déclic.

Une alimentation alternative

"On a également pris en compte les différents rapports de la FAO, l’organisme pour l’alimentation et l’agriculture de l’ONU. En 2050, nous serons plus de neuf milliards sur terre et il n’y aura pas assez de ressources pour produire des protéines animales pour tous les êtres humains. L’alternative facile à mettre en place, c’est la protéine d’insecte." Fort apport énergétique et faible impact environnemental : les insectes sont une mine d’or. "On a fait une étude de marché afin d’estimer l’appétence du consommateur français. C’était positif. On s’est lancés, soutenus par l’incubateur de la Chambre du Commerce et de l’Industrie (Incubaschool)", complète Bastien. 

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En 2030, les insectes et les algues seront devenus incontournables dans nos assiettes

Apéros, barres, pâtes et steaks d'insectes

Pour attirer le consommateur, Jimini’s tient sur deux piliers. Le premier, le goût : Clément et Bastien ont créé des assaisonnements spécifiques pour les insectes afin de leur donner un côté "terroir" (Ail & fines herbes, Poivre & tomates séchées) et "tendance" (Sésames et Cumin, Oignon fumé BBQ). Le second, le packaging, à la fois vintage, rassurant, authentique et bourré d’humour.


Criquets, vers de farine, grillons. Les choix se déclinent pour des prix allant de 6,90 euros la boîte à 59,90 euros "le (super) pack ap héros".

Quatre ans après la première boîte vendue, Jimini’s en compte aujourd'hui plus de 400.000. "La consommation d’insectes n’est pas une niche. On le voit plutôt comme des petites branches de l’agro-alimentaire, comme la protéine végétale. On essaye désormais d’influencer le quotidien, en passant par les barres protéinées, les pâtes et demain on fera des steaks d’insectes. Il y a plein de voies possibles pour rendre le produit un peu plus grand public." 

Dans la tête de Clément, l'évolution des produits à concevoir est tracée depuis le début de l’aventure. De son côté, Bastien a géré les financements (BPI, CERVIA, et bourse à l’Innovation Grand Evreux Agglomération). Jimini’s a également reçu huit distinctions dont le Prix Moovjee 2015, qui récompense l'entreprenariat des jeunes. "Ce prix a été un accélérateur pour le réseau, plus de 500 entrepreneurs qui s’entraident et partagent différentes problématiques, ça apporte de nouvelles opportunités."

Malgré une idée solide sur le papier, la machine a mis du temps à tourner correctement, se rappelle Bastien. "Pour réussir, une start-up, il faut se lancer à fond dans le projet. On a quitté nos boulots respectifs et on a mis 10.000 euros chacun. Après un an et demi de boîte, on ne pouvait pas se développer. Ensuite, on a fait une petite levée de fonds. Quelques mois après, un financement participatif de 12.000 euros nous a permis d’acheter de nouvelles machines de production. Mais surtout ça nous a rassuré de voir qu’il y avait des clients potentiels." 

Une influence européenne

Les périodes de vaches maigres sont désormais loin. Il y a deux mois, l’entreprise a reçu un million d’euros de financement en fonds propres du Comptoir de l’Innovation. "Le marché de l’insecte, en tant que produit comestible pour l’homme est naissant et porteur en Europe", continue Bastien. Il doit jongler avec une législation en constante évolution au niveau européen et une autre naissante en France, celle de la "Novel Food".

Un nouvel aliment comme l’insecte nécessite une autorisation communautaire avant sa mise sur le marché. Il faut créer un dossier présentant, entre autres, une évaluation des risques démontrant l'innocuité des produits proposés. "Tout se décide à Bruxelles désormais, explique Bastien. Il faut être présent lorsque les lois de notre marché s’écrivent et se décident." L’entreprise s’associe avec les différents représentants du secteur, tel que leur fournisseur hollandais, pour avoir un poids, une influence, au niveau européen. 

Clément aussi pense à l’avenir, avec presque un million d’insectivores en France, "le plus compliqué reste la fidélisation du client. Inciter à renouveler son achat après avoir passé le cap de la simple curiosité." Il rêve également de conquérir la Corée du Sud, "un marché porteur pour les insectes transformés" et un autre défi de taille pour Jimini’s.  

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