"Libération fiscale" : ce curieux calcul qui affirme que vous avez seulement commencé à travailler pour vous (et non plus pour l'État) le 29 juillet

"Libération fiscale" : ce curieux calcul qui affirme que vous avez seulement commencé à travailler pour vous (et non plus pour l'État) le 29 juillet

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MÉTHODO - Selon l’institut Molinari, 57% de ce que les patrons versent à leurs salariés pendant un an finit dans les caisses de l'Etat. Il faudrait donc attendre le 29 juillet pour que ce que les travailleurs gagnent aille vraiment dans leur poche. Cela reste néanmoins à prouver. Explications.

A moins que vous ayez travaillé ce week-end, ce n'est que depuis ce lundi que l'argent que vous gagnez va réellement dans votre poche. Selon les calculs de l'Institut économique Molinari, un think tank libéral, ce n'est en effet que le 29 juillet que le salarié français moyen s'est libéré du "fardeau fiscal et social" qui pèse sur lui. Avant cette date pivot, il a d'abord travaillé pour remplir les caisses de l'Etat (qui le lui rend bien en finançant des infrastructures et des services comme l'école, la santé ou la défense).


L'institut a effectué ses calculs sur la moyenne française du salaire complet  brut annuel. Ce dernier est de 56 499 euros, y compris les charges patronales (18 707 euros) et les cotisations sociales (9516 euros). L'ensemble représente la somme que l'employeur débourse en une année pour payer un employé. Ce qui donne un salaire net de 28 276 euros par an, auquel il faut encore retrancher l'impôt sur le revenu (2542 euros) et la TVA (1673 euros) sur ce que le particulier consomme en un an. La facture atteint ainsi 32 437 euros en moyenne, soit 57,41 % du total.


Rapporté au calendrier de l'année, ce taux représente 210 jours, ce qui nous amène au 29 juillet. Cette date pivot est ainsi censée matérialiser, à l'échelle de l'année, le nombre de jours où le salarié travaille pour l'Etat avant de travailler enfin pour lui.

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Le calcul ne tient pas compte des aides reversées aux particuliers

Outre le fait que l'expression "libération fiscale" est connotée politiquement, la méthodologie en elle-même est contestée par certains économistes. Car la dépense publique, aussi élevée soit-elle en France, ne pioche pas dans les seules caisses alimentées par la pression fiscale et sociale qui pèse sur les particuliers (ce qui est pris en compte par l'institut) mais aussi dans recettes issues des prélèvements appliqués aux entreprises, des bénéfices des plus-values ou encore des successions. Or tout ceci n'est pas pris en compte par Molinari.


Sans oublier que le calcul s'appuie sur un  salarié moyen gagnant 2356 euros net mensuels alors que la moyenne se situe à 2225 euros. La situation du contribuable (célibataire, en couple, avec ou sans enfant) n'est pas non plus prise en compte. Or pour payer 2542 euros en impôt sur le revenu (comme prévu par la simulation), il faut qu'il soit célibataire sans enfant. Même flou concernant le calcul de la TVA.


Mais surtout, cet indicateur occulte les biens et les services que le salarié reçoit éventuellement à son tour, qu'il s'agisse des aides au logement, des allocations familiales, de l'allocation de rentrée scolaire ou toute autre aide de l'Etat.

 

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