Ségolène Royal : "Il faut changer de modèle énergétique"

Ségolène Royal : "Il faut changer de modèle énergétique"

INTERVIEW - Après l'entrée en piste, lundi 7 décembre, des ministres de l'Environnement des 195 pays participants à la COP21 pour parvenir à un accord visant à limiter le réchauffement climatique de 2°C d'ici à 2100, la ministre de l'Ecologie et du Développement durable a répondu aux questions de "metronews".

A la COP21, elle court de conférence en conférence, et de discussion en discussion. Chargée de faire la promotion de l'"Agenda des solutions", un ensemble d'engagements en matière de lutte contre le réchauffement climatique porté par les collectivités locales, les investisseurs, les entreprises, ou les ONG, en marge des négociations, qui attise les critiques de greenwashing , Ségolène Royal, la ministre de l'Ecologie et du Développement durable, se rend plus que jamais visible. 

Ce lundi 7 décembre, alors que les ministres des 195 pays participants à la conférence sur le climat ont repris en main les négociations climatiques, celle qui est aussi chef de la délégation française a répondu aux questions de metronews. Entretien.

Êtes-vous confiante quant aux chances de succès de ce sommet climatique au regard de l'ébauche de texte rendue samedi par les négociateurs ?
Oui, bien sûr, je suis confiante. Mais je tiens à souligner, comme cela a été fait par les chefs d’Etat et de gouvernement, que s’il y a un accord – et c’est évident qu’il y en aura un –, alors cet accord doit être le plus ambitieux possible. Il ne faut pas que cet accord soit un accord au rabais. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans la phase de reprise en main des négociations par les ministres à partir du travail fait par les négociateurs. C'était un travail très utile parce que nous pouvons désormais voir les points sensibles sur lesquels il faut encore travailler pour créer des points de convergence. C’est ce que nous avons fait ce (lundi) matin aussi au sein de la coordination de l’Union européenne.

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Quels sont encore les points sensibles à l’heure actuelle ?
D’abord, il y a la question des financements. Pour rendre crédible un quelconque accord, il faut vraiment que les pays émergents et les pays en voie de développement aient la garantie qu’ils pourront accéder aux énergies renouvelables à des prix aussi compétitifs que les énergies fossiles. Et puis, le second point, c’est qu’il faut qu’on équilibre bien toutes les questions comme l’adaptation [au changement climatique, ndlr], car les pays les plus pauvres, ceux qui subissent le dérèglement climatique, veulent aussi une réparation de ses conséquences dramatiques.

Parmi les annonces faites comme les financements de l'adaptation au changement climatique notamment en Afrique ou le projet du développement du solaire, quelles est/sont selon vous l’annonce ou les annonces les plus prometteuses ?
C’est l’accès de tous aux énergies renouvelables qui est le plus prometteur avec l’engagement des pays européens, et au-delà de l’Europe, pour accélérer l’électrification en Afrique. En Afrique, il y a encore 700 millions d’habitants qui vivent du bois, ce qui accélère de la déforestation. Des villages entiers n’ont pas accès à l’électricité, il s'agit d'un enjeu majeur pour l’accès à l’emploi, à l’éducation à l’eau. J’ai bon espoir que les choses s’accélèrent car la France a beaucoup œuvré pour qu’il y ait cette alliance pour l’accès à l’électricité et à la lumière dans toute l’Afrique. Ce qui est en bonne voie de réalisation.

Pourtant, le mot énergie renouvelable n'apparaît toujours pas dans le brouillon du texte d'accord…
Nous sommes encore en train de finaliser un certain nombre de choses. L’objectif est de rester en dessous des 2°C. Donc, par définition, pour rester en dessous des 2°C, il faut changer de modèle énergétique.

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Après le sommet des villes organisé par la mairie Paris, vendredi 4 décembre, jugez vous suffisant l'engagement des villes françaises et des collectivités locales pour réduire les émissions et la facture énergétique ?
Les villes françaises ont fait un formidable effort en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il y a eu ce sommet des villes organisé à la mairie de Paris vendredi. C’était un moment très fort de la COP21. A l’instant, je viens de signer un accord partenariat avec les trois gouverneurs des trois grands Etats américains – la Californie, Washington et le Vermont – pour la conduite de politiques publiques en matière de réchauffement climatique. On voit que les collectivités locales s’engagent, et c’est aussi le sens de mon travail en France avec les territoires à énergies positives [les TEPOS, c'est-à-dire des territoires labellisés et aidés par l’État pour réduire leurs émissions de CO2, ndlr].

Enfin, ne regrettez-vous pas l'interdiction des mobilisations citoyennes extérieures à la COP21, et l'assignation d'au moins 26 militants écologistes à domicile dont une perquisition chez des maraîchers bio ?
Les militants écologistes, ou ceux qui se disent écologistes, doivent être traités comme tout le monde. S’il y a des assignations à résidence, c’est sans doute parce qu’il y a des raisons à cela. Les choses se sont faites avec beaucoup de discernement. Je voudrais aussi saluer le travail des ONG et des associations parce qu’elles ont accepté avec le sens des responsabilités l’obligation que nous avions d’annuler les manifestations. J’ai pris beaucoup de soin à les rencontrer le plus souvent possible. Ce qui se passe ici à la COP21 est vraiment le fait du combat des associations depuis des années. Mais aussi de certains élus. Pour avoir combattu un certain nombre de projets destructeurs de l’environnement [ndlr, Ségolène Royal est par exemple hostile au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ], je sais ce que cela demande comme courage et comme détermination.

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