5 choses que vous ne saviez (probablement) pas sur "La Laitière" de Vermeer

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ART - "La Laitière" de Vermeer est actuellement présentée au Louvre dans le cadre de l’exposition "Vermeer et les maîtres de la peinture du genre". A cette occasion, le conservateur Blaise Ducos nous dévoile l’histoire de ce tableau devenu icône.

Elle est surnommée la Joconde du Nord. "La Laitière", peinte vers 1658, est l’œuvre la plus célèbre de Vermeer. Conservé au Rijksmuseum d'Amsterdam, ce tableau iconique voyage peu et n’était pas venu à Paris depuis 1966. Raison de plus pour aller l’admirer au Louvre, où il est présenté dans le cadre de l’exposition "Vermeer et les maîtres de la peinture du genre". Pour savoir à qui vous aurez affaire, nous avons demandé à Blaise Ducos, conservateur au musée du Louvre et commissaire de l’exposition, de nous faire part de 5 anecdotes que vous ne connaissiez (probablement) pas sur "La Laitière". 

La Laitière n’est pas en train de cuisiner du yaourt

Tordons le cou une bonne fois pour toutes à ce cliché : contrairement à ce qu’une certaine marque a toujours voulu nous faire croire, cette scène ne représente pas une femme en train de préparer du yaourt. "Elle est en train de faire du pain perdu. Elle recycle du pain posé devant elle et prépare un plat très humble. Cette humilité de l’activité est particulièrement signifiante. Il y a l’idée générale qu’une pauvre femme de cuisine peut être mise en avant et être exaucée par la grâce de la lumière au rang de reine", explique Blaise Ducos.

La Laitière a de nombreuses cousines

Comme le montre l'exposition du Louvre, Vermeer ne travaillait pas seul, isolé dans son atelier. Le peintre entretenait de fait d'étroites relations avec les autres grands artistes du Siècle d’or néerlandais comme Gerard Dou. "Vermeer n’a pas inventé le thème de la laitière. Il y a toute une tradition dans la peinture hollandaise de représentation des filles de peine, des cuisinières. Le tableau source de cette laitière est "La cuisinière hollandaise", de Gerard Dou, vedette absolue au XVIIe siècle. Mais si Gerard Dou accumule les détails avec une volaille, une botte de carottes volumineuse, un chou, qui cernent sa fille de cuisine, Vermeer, lui, rejette tout cela. Il crée du vide autour de son personnage et pratique un art de l’essence", déclare Blaise Ducos. 

La Laitière n’a jamais existé

Avec son magnifique tablier bleu, sa coiffe blanche, sa silhouette pleine et harmonieuse, son visage serein, la laitière aurait pu en séduire plus d’un si… elle avait vraiment existé. "Il ne s'agit pas du portrait d’une véritable personne. C’est d’ailleurs vrai pour tous les tableaux présentés dans cette exposition. Ce sont des œuvres de l’imagination. Nous sommes trompés par le réalisme des tableaux. On y entre de plain-pied, une familiarité s’instaure d’entrée de jeu mais c’est en réalité du théâtre, une forme de comédie rieuse ou grave. Inventer des compositions idéales fait partie du défi artistique de l’époque. Contrairement à ce qu’a voulu nous faire penser le film, "La Jeune fille à la perle" n'a de même pas de modèle. C’est une beauté idéale", assure Blaise Ducos.

Le mystère du carreau cassé n’en est pas un

D’aucuns y ont vu un symbole sexuel. Le carreau cassé de la fenêtre représenterait la perte de virginité de la laitière. Que nenni. "Vermeer a beau épurer, tamiser, filtrer, ses œuvres comportent de très nombreux détails et même des tics, dont ce carreau cassé. Alors qu'il est à Delft, Vermeer nous signifie là : 'Je suis de Leyde'. En effet, cette laitière est profondément leydoise car elle vient de l’art de Gerard Dou qui est le peintre de Leyde. Les artistes de cette ville avaient l'habitude de peindre des fenêtres avec un carreau cassé. Ce n’est pas juste un élément anecdotique. Il permet de montrer la lumière filtrée à travers un carreau et au même moment la lumière vierge traversant l’espace. C’est un espèce de défi artistique. Quand il le peint, Vermeer dit : 'Je suis capable de faire aussi bien que les gens de Leyde'", avance Blaise Ducos. 

La Laitière est une icône aguicheuse

Evocation de la grandeur passée des Pays-Bas, qui étaient alors la première puissance commerciale au monde, "La Laitière" est devenue une icône de la nation néerlandaise. Mais si la modestie transpire de cette femme, elle n’en dégage pas moins un fort pouvoir d’attraction. "Son regard est éternellement baissé. Il y a du mystère, de l’humilité. Mais c’est aussi une façon d’attirer le spectateur. Des yeux tournés vers le visiteur représentent la façon la plus directe d’attirer son attention mais c’est beaucoup plus fort quand on détourne le regard du personnage ou qu'on le représente de dos. Cela suscite la curiosité. Vous avez envie d’aller vers le tableau pour tourner sa figure et faire en sorte qu’elle vous regarde", s'enthousiame Blaise Ducos. 

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