Distribuer directement de l'argent aux citoyens : qu’est-ce que la "monnaie hélicoptère", qui siffle aux oreilles du patron de la BCE ?

Distribuer directement de l'argent aux citoyens : qu’est-ce que la "monnaie hélicoptère", qui siffle aux oreilles du patron de la BCE ?

IDÉE - Face aux difficultés persistantes de l’économie de la zone euro, le patron de la BCE, Mario Draghi, ne semble pas sourd aux appels de certains qui prônent le recours à une mesure radicale : la "monnaie hélicoptère". Explications.

L’idée, aussi étonnante soit-elle, semble faire son chemin en haut-lieu. Comme le soulignait ce mercredi le site de L’Obs, le patron de la Banque centrale européenne Mario Draghi a, à diverses reprises cette année, montrer une forme d’intérêt pour une mesure de relance économique peu orthodoxe répondant au nom énigmatique de "monnaie hélicoptère". 


Dernier exemple en date, la réponse écrite adressée le mois dernier par "Super Mario" à un député européen espagnol qui l’interrogeait sur le sujet. Dans son courrier, le patron de la BCE s'interroge ouvertement sur la faisabilité juridique de la chose. 

L’ultime recours ?

Le principe est on ne peut plus simple. Mais sa réalisation et ses effets plus complexes. Pour la BCE, il s’agirait, par un moyen ou un autre, de verser directement de l’argent aux citoyens européens dans le but de relancer la consommation, et donc l’économie. Ce concept a été popularisé par l’économiste libéral américain Milton Friedman, spécialiste des questions monétaires. Dans son ouvrage "The optimum quantity of money", paru  à la fin des années 1960, il décrit ainsi un hélicoptère qui déverserait sur la population des billets de banques, sans autre contrepartie. Soit le moyen le plus direct de créer de l’inflation. 


Encore illusoire il y a quelques temps, l’idée d’une telle relance n’apparaît plus aujourd’hui aussi farfelue. Pour comprendre cette évolution, il faut constater le relatif échec de la politique de soutien à l’économie de l’institution de Francfort sur une croissance et une inflation  désespérément atone en zone euro. Et pourtant la BCE a mis les moyens, dépensant actuellement la bagatelle de 80 milliards d’euros par mois dans le rachat de titres, principalement souverains, selon le plan massif de "quantitative easing" (QE) mis en place début 2015. 

Un apport financier pour tous ?

Si l’action de la BCE a permis de faire tomber les taux d’intérêt à des niveaux records, son effet sur la croissance semble très en-deçà des efforts consentis. Le signe d’une crise profonde qui interroge sur lesmoyens de relance nécessaires. C’est dans ce contexte que l’idée de "monnaie hélicoptère" fait son chemin. 

Une fois l’hypothèse posée, reste à en définir les modalités, la version aérienne du largage de monnaie ne devant a priori pas être retenue… Plus sérieusement, la BCE pourrait créditer directement les comptes des citoyens européens ou s’en remettre aux Etats pour mener l’opération à travers par exemple un crédit d’impôt. Quant au public visé, cela pourrait tout aussi bien concerner l’ensemble des citoyens de la zone euro comme se restreindre aux ménages les plus modestes, afin de se préserver d’un effet d’épargne et garantir le soutien à la consommation. D’autres hypothèses peuvent également être développées.


Alléchante de prime abord, la création de "monnaie hélicoptère" pose cependant de nombreuses questions, notamment sur son effet réel sur la croissance mais aussi, et en premier lieu, sur la capacité de la BCE d’y avoir recours. Cela reviendrait en effet à faire marcher la planche à billets sans contrepartie et entraînerait un trou dans les comptes de la Banque centrale européenne, au risque de la fragiliser très fortement. 

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