Uber : l’État français prêt à révolutionner le marché en imposant "un smic pour les chauffeurs de VTC"

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Des chauffeurs Uber manifestaient lundi pour interpeller les pouvoirs publics sur la déstabilisation du marché provoquée par ce nouvel acteur. Mais d’autres défendent la capacité d’Uber à faire entrer sur le marché du travail ceux qui en étaient exclus.

Au départ, ils avaient été la cause de blocages par les taxis, demandant à l’État français de réguler un marché bouleversé par l'arrivée des plates-formes de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC), les Uber et autre Chauffeur privé. Et puis, ironiquement, ces mêmes chauffeurs de VTC ont eux-mêmes organisé des blocages, à la veille des fêtes de fin d’année. En cause : l’augmentation de la commission d’Uber, leader omnipotent de ce marché en plein essor, sur les recettes des chauffeurs, actée en décembre 2016, et conjuguée à une baisse du prix des courses. En conséquence de quoi, le gouvernement a nommé un médiateur pour trouver une issue à ce conflit. Lequel médiateur, Jacques Rapoport,  a rendu, ce mercredi, ses conclusions. Et fait planer une menace, inédite, sur la société californienne.

"Je n’ai pas à commenter la stratégie d’Uber, qui souhaite élargir le marché en augmentant les volumes de courses, grâce à des prix bas, mais je pense que, pour rétablir la confiance avec ses chauffeurs, la plate-forme devrait faire un geste", a-t-il préconisé. Des recommandations en fait anticipées par Uber qui, dans la foulée, a annoncé "un dispositif financier, technique et humain d'envergure pour accompagner les chauffeurs en difficulté à améliorer leur rentabilité"… Sans donner le moindre détail, ni le moindre chiffre. Ce qui a été accueilli avec un certain scepticisme par les chauffeurs. En décembre, en plein cœur du conflit, Uber avait proposé un fonds de soutien de 2 millions d’euros pour les chauffeurs…

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"Là, les deux millions, on n'en parle plus. Aujourd'hui Uber sort autre chose du chapeau", note, persifleur, Jean-Luc Albert, président de l'association Actif-VTC, interrogé par l’AFP. Helmi Mamlouk, de l'association Capa-VTC, partage ce point de vue : "Cette pseudo-offre de Uber est un mirage, comme l'ont été les deux millions d'euros qui ont disparu." Reste que l’entreprise a obtenu ce qu’elle voulait : un report de la clôture de la médiation. Car il s’agit bien là pour elle de jouer la montre, avant d’autres mesures plus drastiques.

Un chauffeur de VTC gagne en moyenne 1700 euros par mois... En travaillant 60 heures par semaine

Concrètement : si l’effort "considérable" promis par Uber ne s’avère pas suffisant, M. Rapoport menace de demander à l’Etat de légiférer afin d’imposer "un prix plancher pour les courses" qui "permettrait aux chauffeurs de VTC d’obtenir une sorte de smic, que l’on pourrait appeler pour ces indépendants, un revenu minimum professionnel de croissance. Une telle mesure pourrait être prise au nom de l’ordre public social". De quoi bouleverser un marché reposant précisément sur l’indépendance totale de ses acteurs. "Les chauffeurs sont indépendants sur le papier, car ils ont la liberté de travailler, mais, dans les faits, ils sont très dépendants des plates-formes, a aussi souligné le médiateur. Ce sont ces dernières qui fournissent les clients, fixent les prix et encaissent les courses." Uber plus que les autres, puisque son influence s'étend même à d'autres pays.

Pour information, en France, le revenu d’un chauffeur s’élève, en moyenne, à 1700 euros par mois… En travaillant 60 heures par semaine. Dans le détail, l’idée de l’État français serait de fixer un temps de travail hebdomadaire maximal de 40 heures "au nom de la sécurité". Pour quel revenu minimal ? C’est toute l’épineuse question. Voilà en tout cas pourquoi Uber, dont tout le modèle économique serait ainsi sapé, opterait, lui, plutôt pour un dispositif de soutien aux chauffeurs en difficulté. Les chauffeurs, eux, insistent sur le problème des "déconnexions" (des mises à pied virtuelles, en fonction des notes données par les clients) par Uber et exigent, avec l’appui de l’État, la création d’une commission d’appel qui les jugerait au cas par cas. Une certitude : dans un monde où tout s’"uberise", la réponse de la France sera scrutée, voire imitée, par nombre d’autres pays.

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