Décoré par son ami Poutine, Rex Tillerson sera bien le chef de la diplomatie de Trump

NOMINATION - Comme attendu, Rex Tillerson, le PDG d'ExxonMobil, a été choisi par Donald Trump pour être le futur ministre des Affaires étrangères de son administration. Ses détracteurs lui reprochent notamment son manque d'expérience politique et sa proximité avec Moscou.

Son nom était sur toutes lèvres ces derniers jours. Le PDG du géant pétrolier ExxonMobil, Rex Tillerson, a été officiellement désigné cemardi comme futur chef de la diplomatie américaine du gouvernement de Donald Trump. Nombreux étaient les prétendants à ce poste de premier plan (Mitt Romney, Rudolph Giuliani, Newt Gingrich…), mais c’est finalement ce (sur)puissant patron texan, toujours tiré à quatre épingles, qui a été choisi. Avec cette nomination, Donald Trump ajoute un nouveau profil atypique à sa future administration


Bien qu’il n'ait aucune expérience gouvernementale, Rex Tillerson disposait d’un argument massue pour le poste. L’homme de 64 ans à la carrure imposante et aux cheveux blancs entretient en effet d’étroites relations d’affaires avec Vladimir Poutine. Le président russe lui a d’ailleurs remis en personne la décoration russe de l'ordre de l'Amitié en 2012. Une promiscuité sans doute déterminante pour Donald Trump puisque le président-élu espère bien voir l’entente entre Moscou et Washington s’améliorer.  

C'est une personnalité solide. Il est très professionnel dans son domaineUn porte-parole du Kremlin, réagissant à la nomination de Rex Tillerson

Le Kremlin n’a d’ailleurs pas tardé à réagir, saluant le futur secrétaire d’Etat (équivalent du ministre des Affaires étrangères, ndlr) comme pour son professionnalisme. "Les responsables russes, et pas seulement le président, ont de bonnes relations, des relations de travail avec Rex Tillerson. C'est une personnalité solide. Il est très professionnel dans son domaine", a déclaré un porte-parole de la présidence russe. 

Déjà des grincements de dents

Rex Tillerson et Vladimir Poutine ont fait connaissance dans les années 90 quand le premier supervisait un projet d'Exxon sur l'île de Sakhaline. Ils ont renforcé leurs liens quand le second a pris le pouvoir, comme Premier minsitre, le 31 décembre 1999 et plus encore depuis l’arrivée de l’Américain à la tête du géant énergétique en 2006. Cette "amitié" sera couronnée par un accord historique signé en 2011 pour explorer et forer l'Arctique et la Sibérie. Un accord actuellement gelé par les sanctions occidentales contre la Russie. Rex Tillerson s’était d’ailleurs prononcé contre ces sanctions lors de l'assemblée générale des actionnaires d'ExxonMobil en 2014.


Ces prises de position pourraient lui valoir une confirmation difficile au Sénat américain, dont des membres influents, à l’instar de John McCain, ont déjà exprimé publiquement leurs réticences sur le choix du président-élu. "Cet homme (Vladimir Poutine, ndlr) est un voyou et un assassin, je ne vois pas comment on peut être l'ami d'un ancien agent du KGB", a déploré l’ancien candidat républicain à la présidentielle en 2008, au moment de donner son avis sur Rex Tillerson.

Etre un ami de Vladimir n'est pas une caractéristique que j'espère chez un secrétaire d'EtatMarco Rubio, ancien adversaire de Donald Trump lors de la course à l’investiture républicaine

Même son de cloche du côté de Marco Rubio, ex-candidat à l’investiture du parti républicain face à Donald Trump : "Etre un ami de Vladimir n'est pas une caractéristique que j'espère chez un secrétaire d'Etat", a lancé celui que le président-élu  appelait "Little Marco" (Petit Marco, ndlr). "Il est l'Américain qui a eu le plus d'interactions avec Vladimir Poutine à l'exception d'Henry Kissinger (ndlr : l'ancien ministre américain des Affaires étrangères)", a de son côté déclaré John Hamre, directeur du Centre d’études stratégiques et internationales, un think tank basé à Washington. Au moment où la Russie est accusée par la CIA d'être intervenue dans l'élection américaine pour faire élire Donald Trump, cela pourrait faire mauvais genre.

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Un choix dans la droite ligne des positions de campagne de Trump

Le choix de cet homme de 64 ans va en tout cas dans le sens de la volonté affichée par le président-élu durant sa campagne d’améliorer les relations entre les Etats-Unis et la Russie. Rappelant parfois certaines heures de la guerre froide, l’entente entre les deux puissances est à son plus bas niveau depuis l'annexion de la Crimée et a continué à se détériorer parallèlement à l’enlisement de la situation en Syrie, en particulier à Alep.


"Je ne peux imaginer une personne mieux préparée et aussi dévouée pour servir en tant que secrétaire d'Etat à ce moment crucial de notre histoire", a souligné le futur locataire de la Maison-Blanche. "Il sera un avocat ferme et lucide des intérêts nationaux vitaux de l'Amérique et il aidera à changer des années de mauvaise politique étrangère et d'actions qui ont affaibli la sécurité et la place de l'Amérique dans le monde."

Outre la Russie, la Syrie, l’Iran, la Chine et le climat comme grands dossiers

En tant que secrétaire d'Etat, Rex Tillerson aura également à gérer le complexe dossier du nucléaire iranien – Donald Trump veut revoir l'accord de 2015 –, les querelles avec la Chine ou encore le dossier syrien. Il sera aussi très attendu sur le climat après avoir résisté, en sa qualité de patron d'ExxonMobil, à réduire les investissements dans l'exploration de nouveaux puits pétroliers pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce qui le place plus que jamais dans le viseur des écologistes. 

M. Tillerson est peut-être un ami de M. Poutine, mais ce n'est pas un ami de la planèteL’ONG écologiste 350.org

Cette nomination "est inimaginable", a ainsi dénoncé l'ONG environnementaliste 350.org. "Nous ne pouvons laisser M. Trump nommer le plus grand groupe pétrolier du monde en charge de notre politique internationale sur le climat. M. Tillerson est peut-être un ami de M. Poutine, mais ce n'est pas un ami de la planète."

Des conflits d’intérêts à venir ?

S'il n'est pas rompu aux usages et protocoles diplomatiques, Rex Tillerson est néanmoins habitué à rencontrer les grands de ce monde pour défendre les intérêts d'Exxon, présent dans plus d'une cinquantaine de pays, du Qatar à la Papouasie-Nouvelle-Guinée en passant par l'Arabie saoudite. Il a par exemple retiré son groupe du Venezuela à la suite de désaccords avec l'ex-président Hugo Chavez.


Sa position d'actionnaire d'Exxon, dont il détient plus de 150 millions de dollars de titres d'après des documents boursiers, pourrait générer des conflits d'intérêts. Ses décisions en tant que ministre des Affaires étrangères seraient en effet susceptibles d’influencer le cours de l’action en Bourse et donc l’avantager directement. Donald Trump – également confronté à de possibles conflits d’intérêts – et lui ont jusqu’au 20 janvier, date de l’investiture du président-élu, pour solutionner ce problème. 

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