Donald Trump veut-il vraiment abroger l'Obamacare ? Pas si sûr

Donald Trump veut-il vraiment abroger l'Obamacare ? Pas si sûr

ETATS-UNIS - Symbole de la présidence Obama, l'Obamacare a été l'objet du premier décret de Donald Trump. Si ce dernier a d'abord promis de l'abroger, il a ensuite sembler changer d'idée, en évoquant simplement un amendement. Explications.

A peine installé dans le bureau ovale de la Maison Blanche, Donald Trump a commencé à détricoter l'Obamacare. Ce fut l'objet de son premier décret, signé en plein pendant sa journée d'investiture, ce vendredi 20 janvier. Ce document ordonne aux diverses agences fédérales de "lever, reporter, décaler l'application ou octroyer des exemptions" de cette loi sur l'assurance-maladie, réforme emblématique de la présidence Obama.


Preuve de son attachement à ce "Affordable Care Act", qui vise à offrir à chaque citoyen américain une couverture santé, Barack Obama avait lancé une offensive pour vanter ses mérites avant de partir de la Maison-Blanche. Début janvier, il avait ainsi effectué une rare visite au Congrès pour battre le rappel des démocrates avant ce qui s'annonce comme le premier combat majeur de la prochaine présidence.

Un amendement plutôt qu'une abrogation

Pour comprendre l'enjeu que représente l'Obamacare, retour en 2010, l'année d'instauration de la réforme. Contrairement à plusieurs pays développés qui offrent une couverture santé universelle avec un guichet unique, les Américains ont longtemps dû passer par un système chaotique, où coexistaient les plans fournis par les employeurs et les programmes publics de sécurité sociale (Medicare et Medicaid), mais qui laissait des millions de personnes sans assurance. Pour y remédier, l'Affordable Care Act a rendu obligatoire la souscription d'une assurance et mis en place un système de subventions pour aider les plus défavorisés à en acquérir une. Résultat : près de 20 millions de personnes supplémentaires ont eu accès à une couverture santé, et les compagnies d'assurance ne peuvent plus rejeter des patients jugés "à risques".


Problème : la réforme, qui avait été plombée par des bugs lors de son lancement, continue de diviser profondément l'opinion selon les sondages. Surtout parce qu'elle a entraîné une augmentation du prix des assurances privées, ce qui pénalise les foyers modestes. Et selon le U.S. Census Bureau, le bureau des recensements américain, 9,1% des Américains n’avaient toujours pas d’assurance maladie en 2015.

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Trump va-t-il vraiment abroger l'Obamacare?

Coup de pression des assureurs

Face au tollé suscité par le dossier, Donald Trump s'est engouffré dans la brèche durant sa campagne. Sauf que, après avoir souhaité revenir à un système entièrement contrôlé par le secteur privé en faisant le pari qu'une concurrence accrue ferait baisser les prix, le républicain a finalement décidé - une fois élu - de simplement amender l'Obamacare. Mieux : il semble prêt à en conserver deux importants piliers, à savoir l'interdiction faite aux assureurs de refuser un patient en raison de son état de santé et la possibilité pour des parents de faire bénéficier plus longtemps leurs enfants de leur couverture santé.

Pourquoi cette volte-face ? Tout simplement car, pour être viable, le système instauré par Barack Obama repose sur l'inscription d'Américains en bonne santé, qui compensent la prise en charge plus onéreuse de patients malades. Or, si ce mécanisme est totalement démantelé, les assureurs perdront les revenus qu'ils percevaient des patients en bonne santé et augmenteront le coût de la couverture pour les autres, la rendant ainsi trop onéreuse pour un très grand nombre. 


Autre élément à prendre en compte (et non des moindres) : les assureurs, qui devront fixer le prix des primes d'assurance au début de l'année prochaine, ne savent pas encore si les subventions publiques destinées aux plus défavorisés seront maintenues. Histoire d'éviter une mauvaise surprise de la part du nouveau président, le lobby du secteur de l'assurance santé, l'America's Health Insurance Plans, a lui-même mis en garde contre des "perturbations soudaines" qui pourraient "compromettre la couverture" des Américains. De quoi renforcer le bouclier autour de l'Obamacare.

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