Valls contre son gifleur, Mélenchon contre le PS, Le Maire et NKM face... à la droite : les points chauds des législatives

CASTAGNE - Grande figure politique en péril, "trahisons" en passe d'être payées, ministres en danger, ex-candidats en quête de rachat... Les élections législatives des 11 et 18 juin prochains offrent nombre d'affiches des plus intéressantes. Tour d'horizon.

Au-delà de dessiner une hypothétique majorité en faveur d'Emmanuel Macron, les élections législatives des 11 et 18 juin prochains réservent une belle quantité de duels, combats multiples ou à la symbolique politique très forte. Il y a des situations exceptionnelles, des batailles médiatiques, des circonscriptions qui révéleront un progrès, une régression... En attendant le scrutin, LCI fait un point (non-exhaustif) sur les affiches qui se dessinent pour les 11 et 18 juin prochains.

Henri Guaino se présente face à Nathalie Kosciusco-Morizet, à Paris

Henri Guaino, député LR sortant des Yvelines et ex-plume de Nicolas Sarkozy, est candidat aux élections législatives dans la 2e circonscription de Paris face à Nathalie Kosciusko-Morizet, ont indiqué vendredi soir plusieurs sources LR.  À 60 ans, l’ex-plume de Nicolas Sarkozy, à qui son parti Les Républicains avait refusé d'accorder l'investiture dans la 3e circonscription des Yvelines, dont il est le député depuis 2012, a déposé vendredi 19 mai en fin de journée sa candidature dans la 2e de la capitale qui regroupe le Ve arrondissement et et des parties des VIe et VIIe. Avec le candidat déçu à la présidentielle, NKM pourrait avoir à faire face à une autre candidature dissidente, celle de Jean-Pierre Lecoq, maire LR du VIe arrondissement.

Valls, sans étiquette mais face à Dieudonné, Francis Lalanne et son gifleur

Recalé-épargné par la République en marche et non investi par le PS, Manuel Valls se présente dans son fief d'Evry sans étiquette, se plaçant tout de même sous la majorité présidentielle. Fermement installé sur place depuis le début des années 2000, il y est régulièrement réélu depuis 2002, battant d'abord le notable local Serge Dassault, et écrasant la concurrence en 2007 (60%) et en 2012 (66%). Mais les circonstances ne sont pas favorables à l'ancien chef du gouvernement, ressorti en mauvaise posture de la primaire de la Belle alliance populaire, et dont la ville a largement porté en tête Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle... malgré l'engagement de Manuel Valls pour Emmanuel Macron. Pour pimenter le tout, Manuel Valls fera faire face à Nolan Lapie, son gifleur de Lamballe, ainsi que les suppléants Francis Lalanne et... Dieudonné.

Mélenchon-Mennucci, duel des gauches à Marseille

A son annonce, l'affiche promettait d'être explosive. Promesse tenue. Entre le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon et le soutien de Benoît Hamon Patrick Mennucci, qui s'opposent dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, la tambouille a mal pris. Du côté du numéro 1 du PS à Marseille, la pilule passe très mal : il considère qu'avec les scores du FN et de la droite au premier tour de l'élection présidentielle dans cette circonscription, Jean-Luc Mélenchon veut "battre la gauche". L'insoumis, 4e de l'élection présidentielle, ne dit pas autre chose : "Je ne veux pas affaiblir le PS, je veux le remplacer." Avec plus de 39% à la présidentielle dans cette circonscription, la partie est loin d'être perdue.

Ruffin, merci l'insoumis ?

L'ancienne ministre socialiste Pascale Boistard, le journaliste, réalisateur césarisé et soutien des Whirlpool François Ruffin et l'acteur propulsé par le FN Franck de Lapersonne : le casting de la bataille législative de la première circonscription de la Somme, où se situe la fameuse usine d'électroménager, est alléchant. Le 11 juin, ces trois-là se livreront à un duel à couteaux tirés, dans un fief où Marine Le Pen a réalisé de sacrés scores au premier tour de l'élection présidentielle, et que le candidat de Picardie debout !, qui a réussi à réunir derrière lui toute la gauche hors-PS, labourre depuis plusieurs mois. La députée sortante Pascale Boistard, proche de Manuel Valls, aura fort à faire, d'autant que la République en marche ne l'a pas épargnée, en investissant l'ex-PS Nicolas Dumont.

Vallaud-Belkacem, Le Foll, El Khomri... destins contraires pour les ex-ministres de Hollande

Membres du gouvernement jusqu'au bout, ils ou elles ont décidé de se présenter aux élections législatives. C'est le cas de Najat Vallaud-Belkacem, dans la 6e circonscription du Rhône. Mais pour l'ex-ministre de l'Education nationale, l'affaire n'est pas mince, puisqu'elle devra faire face à l'entrepreneur Bruno Bonnell, candidat de la REM, tout comme Jean-Marie Le Guen (9e circonscription de Paris) ou Axelle Lemaire (3e des Français de l'étranger). A l'inverse, Stéphane Le Foll (4e de la Sarthe), Marisol Touraine (3e d'Indre-et-Loire), Georges-Pau Langevin (15e de Paris), Ericka Bareigts (1ère de La Réunion) et Myriam El Khomri (18e de Paris) n'auront aucun candidat marcheur face à eux. L'affaire s'annonce toutefois délicate pour l'ex-ministre du Travail, marquée par le combat contre la loi Travail, et qui fera face à l'une de ses têtes de gondole Caroline de Haas.

Le Maire, Mahjoubi... six ministres Macron en sursis

Invité sur France Inter jeudi 18 mai, le Premier ministre Edouard Philippe n'aurait pas pu délivrer message plus clair à l'endroit de ses ministres : ceux d'entre eux qui n'emporteraient pas leur bataille législative devraient démissionner de leur poste. Bruno Le Maire (1ère circonscription de l'Eure), Annick Girardin (Saint-Pierre-et-Miquelon), Christophe Castaner (2e circonscription des Alpes-de-Haute-Provence), Mounir Mahjoubi (16e circonscription de Paris), Richard Ferrand (6e du Finistère) et Marielle de Sarnez (11e circonscription de Paris). 

Dupont-Aignan, la présidentielle en boulet

Réélu avec aisance depuis 1997, qu'importe qu'il se soit présenté avec l'étiquette UMP ou non, Nicolas Dupont-Aignan pourrait bien ne pas avoir la partie aussi facile cette année, dans la 8e circonscription de l'Essonne. En effet, le président de Debout la France s'est vu vertement reprocher son alliance avec le Front national le propulsant Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen. Plusieurs manifestations de Yerrois s'opposant à cette alliance avaient alors eu lieu, regroupant quelques centaines de personnes. Mais Nicolas Dupont-Aignan peut d'autant plus s'inquiéter que, lors du second tour, son positionnement n'avait pas franchement payé pour Marine Le Pen. Emmanuel Macron était arrivé en tête... avec 68,5% des voix. Pour ne rien arranger, le candidat Debout la France, certes arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle (28,6%), devra faire face à un candidat frontiste.

Le Maire, NKM, Solère... la droite pro-Macron menacée par son propre camp

Il y a des "mains tendues" qui pourraient coûter cher. En nommant un Premier ministre de droite, Emmanuel Macron a suscité une vague d'adhésions en provenance des Républicains qui englobe Nathalie Kosciusko-Morizet (2e de Paris, voir plus haut), Bruno Le Maire (1ère de l'Eure), Thierry Solère (9e des Hauts-de-Seine) ou encore Franck Riester (5e de Seine-et-Marne). Pour chacun d'entre eux, les répercussions pourraient être lourdes à l'occasion des législatives. Ainsi, Thierry Solère devra faire face à une adjointe à la mairie de Boulogne. La partie s'annonce très difficile pour Bruno Le Maire qui aura face à lui la maire-adjointe d'Evreux Coumba Dioukhané. Avec une menace : s'il perd, il devra quitter le gouvernement. Après avoir été exclu de LR... Au premier tour de l'élection présidentielle, dans la ville principale de la circonscription, Emmanuel Macron arrivé en tête, d'un peu plus d'un point, devant Jean-Luc Mélenchon.

Montreuil, la guéguerre du PCF et de la FI

La 7e circonscription de Seine-Saint-Denis, à cheval entre Montreuil et Bagnolet, symbolise à elle seule les difficultés que la gauche qui refuse de s'allier à Emmanuel Macron éprouve pour s'allier. C'est ainsi que le lieutenant de Jean-Luc Mélenchon Alexis Corbière, une des figures médiatiques de la France insoumise, va devoir batailler ferme contre l'adjoint au maire communiste de la ville, le candidat Front de Gauche Gaylord le Chequer, et le député sortant PS Ramzy Hammadi. Cette division ne devrait pas empêcher la gauche de remporter l'élection, dans deux villes où Jean-Luc Mélenchon a remporté 40% des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, et Benoît Hamon, 10 et 12%. Soit la majorité absolue.

Fin de chute libre pour Benoît Hamon ?

Après une campagne présidentielle cauchemardesque, Benoît Hamon repart au combat dans la 11e circonscription des Yvelines, dont il est le député sortant. Malgré ses 6% à l'élection présidentielle, le frondeur a lancé sa campagne le 10 mai à Trappes, où son rival de gauche Jean-Luc Mélenchon l'avait devancé de huit points au premier tour de l'élection suprême. Pour digérer l'échec des derniers mois et donner du souffle au mouvement transpartisan qu'il compte lancer début juillet, celui qui n'épargne pas ses critiques au PS et aux socialistes partis rallier Emmanuel Macron ne peut pas se permettre une défaite.

Quel sort pour Marine Le Pen et les députés FN ?

Malgré les près de 11 millions de voix récoltées au second tour de l'élection présidentielle par Marine Le Pen (soit le double des voix obtenues par son père en 2002), le FN ne se présente pas aux législatives dans la meilleure forme possible. Après avoir laissé planer le suspense, Marine Le Pen a confirmé sur TF1 qu'elle serait candidate dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Avec un impératif, alors que la stratégie choisie pour son débat et pour la campagne présidentielle divise le parti entre son aile souverainiste et son aile identitaire : gagner. En 2012, elle avait loupé le coche pour 150 voix. 


Ce n'est pas le seul enjeu pour le Front national, qui espère faire fructifier sa récolte de voix de l'élection présidentielle, et la quarantaine de circonscriptions où il est arrivé en tête. De quoi conforter le successeur de Marion Maréchal Le Pen Hervé de Lépinau (3e du Vaucluse) ou Gilbert Collard (2e du Gard), Damien Philippot (frère de et candidat dans la 1e de l'Aisne) ou Emmanuelle Ménard, femme du maire de Béziers (6e de l'Hérault). D'autres figures du FN pourraient bénéficier de la multitude des candidatures face à eux, tels Florian Philippot (6e de Moselle), ou Stéphane Ravier (3e des Bouches-du-Rhône). Le regard se portera également du côté de l'ancienne région Picardie, où Marine Le Pen est arrivée en tête dans huit circonscriptions sur 17.

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