Discrimination positive, dépenses publiques, assurance-chômage... pourquoi Macron inquiète à droite

La présidence Macron

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SOCIALISSSS - Le programme d'Emmanuel Macron comporte, à la marge, des mesures économiques et symboliques susceptibles de hérisser certains poils, du côté des élus Les Républicains et de leurs électeurs. Décryptage de ce qui pourrait crisper à la droite du chantre de dépassement des clivages.

S'il fait déjà pousser des boutons à la gauche, des syndicats aux déçus du quinquennat Hollande qui s'étaient mobilisés contre la loi Travail, Emmanuel Macron dispose aussi, dans son programme, de quelques points qui pourraient faire frémir chez les puristes situés à droite de l'échiquier politique. Ces derniers, à l'image des proches de François Fillon, n'avaient d'ailleurs pas manqué de brocarder celui en qui ils voyaient, tout au long de la campagne, l'héritier de François Hollande.

Discrimination positive

A la mi-mars 2017, Emmanuel Macron, en déplacement en banlieue, balançait une bombe susceptible de hérisser les poils de la droite. Il expliquait "assumer totalement" une politique de discrimination positive, afin de désenclaver les quartiers populaires de leurs difficultés, notamment en matière d'éducation et d'emploi. De quoi l'amener à vouloir formuler deux mesures pour résoudre ce problème. Sur le plan du travail : 15.000 euros de prime sur trois ans par entreprise pour l'embauche en CDI d'un salarié issu des quartiers défavorisés. Sur le plan de l'éducation : limiter, en zone prioritaire, "à 12 élèves par enseignant la taille des 12.000 classes de CP et de CE1". Des niveaux scolaires charnières dans la mesure où c'est là que se parfait l'apprentissage des savoirs fondamentaux.

Vu de droite, la philosophie d'action fut forcément décriée, les proches de François Fillon et l'extrême droite dénonçant chacun une entorse à "l'égalité républicaine" et "la méritocratie" telles qu'ils la conçoivent. Sans parler des nécessités de financement que supposeront ces mesures, la droite étant toujours particulièrement sourcilleuse  en matière de dépense publique. Ce que le patron du Medef, Pierre Gattaz, traditionnellement du côté de la droite dès qu'il s'agit de questions économiques, n'avait pas manqué de souligner quelques semaines avant le premier tour : "Macron ne va pas assez loin sur la baisse des dépenses publiques". François Baroin, futur chef de la droite parlementaire, ne disait pas autre chose en craignant que ce ne soient "les retraités et les fonctionnaires" qui financent ces dépenses.

50 milliards de dépense sur cinq ans

15 milliards pour la transition écologique, 15 milliards pour un plan de formation des jeunes et des demandeurs d'emplois, et quatre fois cinq milliards pour doper l'agriculture, la santé, le numérique dans les administrations publiques et les transports locaux. Pour un libéral, Emmanuel Macron a le portefeuille public assez ouvert. Des dépenses qu'il compte financer en bénéficiant "de taux d'intérêt très bas", détaillait-ils aux Echos, mais aussi en faisant de substantielles économies (fonction publique, baisse des dépenses des collectivités et dans le système d'assurance-maladie) et en développant d'autres sources fiscales, comme par exemple la hausse d'1,7 point de la CSG pour 60% des retraités (ceux qui touchent plus de 1200 euros par mois seront sollicités à hauteur de 20 euros par mois en moyenne).


Une hérésie pour la droite, notamment pour l'ex-Premier ministre en puissance de François Fillon, Henri de Castries, qui avait vu dans le programme présidentiel "le transfert de l'égoïsme d'une génération à l'autre, via de multiples dépenses nouvelles et des économies insuffisantes". Quant à François Baroin, il juge dans une interview au Point qu'Emmanuel Macron "est resté un homme de gauche" sur le plan économique, ne lui pardonnant pas d'avoir été "l'auteur de la politique fiscale qui a massacré les classes moyennes". 

Universalité de l'assurance-chômage

C'est une des mesures de gauche du Président Macron, qui souhaite "ouvrir les droits à l'assurance-chômage aux salariés qui démissionnent". Un droit qui ne sera ouvert qu'une fois tous les cinq ans, mais qui, symboliquement, se veut être un filet de sécurité pour qui voudrait quitter un emploi où il ne s'épanouit pas et est à la recherche d'une "meilleure qualité de vie dans le cadre d'organisation du travail en entreprise qui reconnaissent [son] autonomie", précise le candidat. Une assurance-chômage qui serait également ouverte "aux artisans, commerçants indépendants, entrepreneurs, professions libérales et agriculteurs" et qui, jusqu'à présent gérée par le patronat et les syndicats, serait alors nationalisée. 


Une mesure difficile à avaler pour la droite, soucieuse de lutter contre ce qu'elle nomme "le piège de l'assistanat". Doit-elle pour autant s'en faire tant que ça ? Les craintes qui reposent sur cette réforme sont dégoupillées par le nouveau Président. Ainsi Emmanuel Macron rappelle-t-il que ces nouveaux droits auront une contrepartie : la restriction concernant les droits existants et un plus dur contrôle des conditions d'attribution des allocations. Le patron de la CGT, Philippe Marinez, se méfiait déjà, dans Libé : "Si on indemnise les chômeurs à un niveau moindre ou moins longtemps pour partager l'enveloppe actuelle avec les indépendants ou les salariés démissionnaires, ça revient à partager la misère." 


Une méfiance d'autant plus justifiée que cette réforme s'accompagne d'une suppression des cotisations salariales (en vue de doper le pouvoir d'achat). Lesquelles permettent au salarié de financer indirectement son chômage. A La Croix, le directeur de l'Institut des politiques publiques expliquait que pareille mesure ouvrait "potentiellement la porte à la réduction des prestations chômage, car un salarié ne pourrait plus revendiquer un certain montant d'indemnisation au motif qu'il a beaucoup cotisé."

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