Emplois présumés fictifs du FN : Marine Le Pen soupçonnée d’avoir fabriqué un faux contrat de travail

Marine Le Pen dans la course à l'Elysée

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EMPLOIS FICTIFS - François Fillon n’est pas le seul candidat empêtré dans une sombre affaire d’emplois fictifs. La patronne du FN est visée par les mêmes reproches, au Parlement européen cette fois. "Mediapart" et "Marianne" ce jeudi dévoilent des extraits du rapport de l’Office antifraude européen qui accable la candidate.

C’est LE document qui a mis le feu aux poudres. Celui qui a conduit le Parlement européen à réclamer près de 300.000 euros à Marine Le Pen. Celui qui a mené à l’ouverture d’une information judiciaire contre X par le parquet de Paris pour "abus de confiance", "recel d'abus de confiance", "escroquerie en bande organisée", "faux et usage de faux" et "travail dissimulé". Celui qui vaut à la candidate frontiste de faire face à un nouveau scandale politique, en pleine campagne présidentielle : le rapport de l’Office antifraude européen (Olaf).


Mediapart et Marianne ont pu se procurer ce document confidentiel et en dévoilent certains extraits ce 16 février. Alors que la députée européenne ne cesse de clamer son innocence et de dénoncer un complot des "technocrates européens" (elle vise notamment l'ancien patron [socialiste] du Parlement européen Martin Schulz), de nouveaux éléments viennent mettre à mal sa défense.

L'Olaf a mené son enquête pendant deux ans, avant de confier ses résultats au Parlement européen et à la justice française, estimant que des poursuites étaient justifiées. Cet organisme administratif s'est penché sur le cas de quatre de ses douze assistants parlementaires, après avoir reçu un courrier de dénonciation anonyme début 2014.

Thierry Légier, mi-garde du corps, mi-assistant parlementaire

Le rapport révèle que le garde du corps de la famille Le Pen a été rémunéré par l'Union européenne de septembre à décembre 2009 - 1620 euros net par mois pour 12 heures de travail par semaine - puis de octobre à décembre 2011 - près de 7240 euros net par mois pour un trois quart temps. Son poste : assistant européen "local", c'est à dire opérant depuis le pays d'origine, la France. 


"Léger" problème : lors de son premier contrat, Thierry Légier était également le garde du corps de Jean-Marie Le Pen, comme il le déclare lui-même dans son autobiographie. L'Olaf révèle la "contradiction" et l'"impossibilité matérielle" d'un tel emploi du temps et estime qu'il "est probable que ce contrat a permis d’épuiser les crédits encore disponibles sur l’enveloppe budgétaire annuelle de 2009 de Mme Le Pen et de payer une rémunération complémentaire à l’agent de protection rapprochée de M. Le Pen qui l’employait lui aussi alors comme agent de protection."

Le bulletin de salaire établi pour le mois d’octobre 2011 (...) constituerait un faux.Office européen de lutte contre la fraude

Concernant la deuxième période d'embauche, Marine Le Pen aurait bel et bien expliqué qu'elle "n'avait pas employé M. Légier pendant ces trois mois. L'objet de cette opération aurait été d'obtenir du Parlement la régularisation de dépenses (…) antérieures qui n'avaient pas été payées par ce dernier." Mais pour le Parlement européen, aucun contrat n'a été accepté comme moyen de régularisation, l'Olaf estime donc que "le bulletin de salaire (...) constituerait un faux".


Une information reprise et développée par l'avocat de Marine Le Pen ce vendredi. "Ma cliente n'a jamais reconnu avoir salarié fictivement son assistant mais a fait procéder à une régularisation comptable", précise Maître Marcel Ceccaldi. "Les sommes versées au tiers-payant (seul habilité à rédiger les feuilles de paie et à verser leurs salaires aux assistants) et non reversées au salarié l’ont été au titre d’une régularisation tout à fait légitime", détaille-t-il dans un communiqué dans lequel figure la lettre que la présidente du FN a envoyé à l'Olaf en mars 2016. Des précisions qui ne contredisent aucunement les allégations portées par l'Olaf. 

Catherine Griset, au Parlement européen 12 heures par an

L'ancienne belle-soeur de Marine Le Pen fait également partie des assistants parlementaires de Marine Le Pen. Elle aurait ainsi travaillé à temps plein de décembre 2010 à février 2016 comme assistante "accréditée" (c'est-à-dire travaillant à Bruxelles ou Strasbourg) tout en étant l'assistante de la présidente du FN depuis 1993 puis sa cheffe de cabinet dès 2015. 


L'Olaf s'étonne donc que Catherine Griset ait "toujours résidé dans les environs de Paris" bien loin du Parlement. Son relevé de badge révèle aussi "une très faible présence" autour de l'Assemblée 12 heures environ de septembre 2014 à août 2015. Mais Marine Le Pen refuse de laisser dire que son assistante était payée par le Parlement pour travailler en réalité pour son parti. Dans un entretien au Monde, elle estimait tout simplement qu'il n'y avait pas de différence entre les postes : "Elle s’occupe absolument de tout : mes déplacements quand je vais au Parlement, les interviews. Quand les gens m’appellent, ils veulent voir qui ? La présidente du Front national ou la députée européenne ?"


Pas de quoi convaincre l'Olaf qui voit dans ces "irrégularités répétées"  "les caractéristiques d'un emploi fictif".

Pas de confirmation concernant Louis Aliot et Florian Philippot

Les cas de Louis Aliot, le compagnon de Marine Le Pen, et de Florian Philippot n'ont pas pu être étudiés faute de "moyens d'enquête". L'Olaf soulève notamment un descriptif des tâches trop "vague" qui rend difficile la distinction entre "les activités d'assistant local de celle de militant du parti". Et si les députés européens n'ont pas le droit d'employer leur conjoint, Marine Le Pen se défend en rappelant qu'elle n'est pas mariée.


En attendant les résultats de l'enquête de la justice française, la député europénne a déjà été condamnée à rembourser près de 300 000 euros au Parlement, soit les salaires de Thierry Légier et Catherine Griset. Devant son refus de rembourser sa dette, la somme lui est prélevée chaque mois sur son salaire.


Marine Le Pen a tout essayé pour s'y opposer mais la justice européenne vient de rejeter ce jeudi sa demande de suspension des retenues de salaire (tout comme celles de Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch, condamnés quant à eux dans deux autres affaires.)

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