Macron, Hollande, Sarkozy : l'état de grâce des présidents est-il en train de disparaître ?

ÉLECTION - Selon plusieurs études d'opinion, la popularité d'Emmanuel Macron est en chute libre à l'approche de ses "100 jours". Plus basse même que celle de François Hollande au même moment. Le traditionnel "état de grâce" ne lui aurait bénéficié, au mieux, que quelques semaines. Un coup d’œil aux archives montre que la courbe de popularité des présidents plonge de plus en plus vite.

Au moment de l'élection d'Emmanuel Macron, en mai, tous les commentateurs ou presque s'accordaient là dessus : le nouveau président et son Premier ministre Edouard Philippe ne bénéficieraient pas d'un "état de grâce". Cet état de grâce, c'est la période en début de mandat pendant laquelle l'exécutif affiche de bons scores de popularité dans les sondages et se trouve ainsi légitimé dans son action.


À l'approche des "100 jours" d'Emmanuel Macron, qu'il fêtera mardi 15 août, ces prédictions se trouvent confirmées. Le 12 août, une enquête Ifop affirmait que 36% des Français se déclarent satisfaits de l'action du président de la République durant ses 100 premiers jours à la tête du pays, soit moins que François Hollande au même moment (46%). Une semaine auparavant, on apprenait que la courbe de popularité du chef de l'État avait chuté de 10 points en juillet, soit presque autant que le recordman en la matière : Jacques Chirac en 1995.

Dans l'histoire de la cinquième République, presque tous les débuts de mandats ont été marqués par ce fameux "état de grâce". Sauf que le tandem Macron-Philippe n'y a pas eu droit. Un sondage Elabe pour Les Echos et Radio classique donnait en mai à Emmanuel Macron une cote de confiance de 45% (46% des sondés ne lui font pas confiance, et 9% sont sans opinion). Un niveau nettement moins élevé que celui atteint par ses prédécesseurs au lendemain de leur investiture.


Edouard Philippe, tout juste nommé, bénéficiait pour sa part d'une cote de confiance de seulement 36%. Quant à la composition du gouvernement, elle recevait à ce moment 43 % d'approbation pour 23 % de mécontents, et 34% qui ne se prononcent pas, selon un sondage OpinionWay pour Tilder-LCI.

Un duo exécutif sous les 50% dès le début de mandat, ça ne s'est vu qu'une fois dans l'histoire de la Cinquième république. Et la situation était assez semblable à celle d'aujourd'hui : il s'agit de Valéry Giscard d'Estaing, président centriste élu en 1974, et de son Premier ministre de droite... Jacques Chirac. Selon le baromètre IFOP de l'époque, "VGE" bénéficiait en début de mandat d'une cote de popularité de 44%, et son chef de gouvernement de 34%. 


Ironie du sort, Valéry Giscard d'Estaing "est le premier à avoir introduit ce mythe des 100 jours et l'idée qu'il fallait aller vite, sur le modèle américain de Roosevelt et Kennedy. Il estimait que le temps de l'audace était court et nécessitait une urgence avant que les conservatismes n'empêchent l'action", analyse dans Les Échos Vincent Martigny, professeur de science politique à l'Ecole polytechnique et auteur du livre "Dire la France. Culture(s) et identités nationales (1981-1995)".

En 2002, Jacques Chirac affiche un taux de confiance de 53% après sa victoire contre Jean-Marie Le Pen

De nombreux analystes avaient prévu l'absence d'état de grâce d'Emmanuel Macron à cause de son score relativement faible face à Marine Le Pen au deuxième tour. Preuve que son projet n'aurait pas su suffisamment mobiliser, le taux d'abstention record : 25,44% (plus de 12 millions de personnes). Sans oublier le taux de votes blancs de 8,51 % et celui des votes nuls : 2,96%.


Si on se réfère à l'élection de 2002 et à la victoire de Jacques Chirac sur Jean-Marie Le Pen avec plus de 82% des voix et environ 20% d'abstention, le taux de confiance du président au début de son deuxième mandat était de 53%, soit 9 points de plus qu'Emmanuel Macron. 

Un état de grâce de plus en plus court

Le taux de confiance en début de mandat est mesuré depuis plus de 50 ans par l'Ifop, et c'est Charles De Gaulle qui détient le record, avec 67% de confiance en 1959. Il est suivi par Nicolas Sarkozy (65% en 2007), François Hollande (61% en 2012), Jacques Chirac (59% en 1995), François Mitterrand et Georges Pompidou (54% en 1981 et 1969) et "VGE" (44% en 1974). Emmanuel Macron ferme donc la marche. 


Autre institut de sondage, autre leçon : les cotes de popularité mesurées par TNS Sofres depuis 1978. Ce qu'on y apprend, c'est que l'état de grâce est de plus en plus court au fil de l'histoire. Par exemple, la courbe d'impopularité de "VGE" passe au dessus de sa courbe de popularité en janvier 1981, à la toute fin de son mandat.


Chez Mitterrand, les deux courbes se croisent en mai 1983, 2 ans après son élection. Pour Jacques Chirac, elles se croisent dès octobre 1995 ; pour Nicolas Sarkozy, dès décembre 2007 ; et pour François Hollande, dès septembre 2012, soit un "état de grâce" de quelques mois seulement.


Si les courbes de popularité et d'impopularité d'Emmanuel Macron ne se sont pas encore croisées, celui-ci a déjà prévu le coup. La veille de son élection, il prévenait qu'il n'y aurait "pas d'état de grâce" et qu'à "la minute d'après, rien ne sera acquis". 100 jours plus tard, les chiffres lui donnent raison. 

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