Valls dézingue Hamon dans "Le Canard enchaîné" : "Il finira en-dessous des 10%"

Benoît Hamon, candidat du PS à la présidentielle

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DESUNION - Après Jean-Marie Le Guen qui ne donnera pas son parrainage à Benoît Hamon car il le trouve "trop gauchiste", Manuel Valls serait en train d’organiser la résistance des réformateurs qui ne se reconnaissent pas dans le programme du candidat socialiste à l’élection présidentielle. Au point de se mettre en marche vers Macron…

Que cette journée de mardi a dû paraître longue et éprouvante pour Benoît Hamon ! Le candidat socialiste à la présidentielle a essuyé les attaques de toutes parts de son propre camp et vu réapparaître un socialiste dont il se serait bien passé. 


Cela a commencé tôt, sur RTL. "Aujourd'hui, Benoît Hamon, je le constate dans le programme qui était le sien mais surtout dans celui qu'il a passé avec les Verts, est en rupture avec sa famille politique. C'est un programme de gauche radicalisée", a lâché Jean-Marie Le Guen. Comme le secrétaire d’Etat, soutien de longue date de Manuel Valls, une "dizaine de parlementaires socialistes" tendance réformateurs ne donneront pas leur parrainage au candidat PS dont ils pointent du doigt un manque de respect de toutes les sensibilités du parti. Une "stratégie" qui va l’exclure, selon lui, du second tour de la présidentielle s’il ne "rectifie" pas sa ligne.


Cofondateur du pôle des réformateurs du PS, le député du Val-d'Oise Philippe Doucet a, lui, déploré sur BFMTV le temps consacré à Yannick Jadot pour "un accord pour 1 à 2% de son électorat", celui "infini à vouloir prendre un café avec Jean-Luc Mélenchon" et juge "incompréhensible" que Benoît Hamon ne s’occupe pas "des centaines de milliers de Français (qui partent) vers Emmanuel Macron". "Il y en a qui sont tentés de rallier Macron tout de suite, d'autres plus tard, d'autres sont plus attentistes…", reconnaît le député Gilles Savary, qui dit attendre la présentation du programme de l’ancien ministre de l’Economie jeudi.

Les ex-pro-Valls en ordre de marche

Une mise en bouche pour Hamon en attendant le morceau de choix : le retour de Manuel Valls sur le devant de la scène, un mois après son revers à la primaire citoyenne de la gauche. Selon Le Canard Enchaîné à paraître ce mercredi, l’ancien Premier ministre et ses proches voudraient même mettre un peu de pression sur l’ex-frondeur, devenu fer de lance des socialistes. Alors, après les petites phrases, les grandes manœuvres se préparent.


Valls a ainsi réuni ses soutiens au ministère de la Famille (tenu par une proche, Laurence Rossignol), après avoir rassemblé les députés réformateurs à l’Assemblée nationale pour débattre. D’après Europe 1, le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas, la secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes Juliette Méadel, Jean-Marie Le Guen ou encore le député Malek Boutih (qui avait sévèrement critiqué le discours de Hamon sur la laïcité) étaient présents pour faire le point sur la marche à suivre.

Une reprise des revendications de zadistesValls sur l'accord Hamon-Jadot

Et dans le collimateur de l’ancien pensionnaire de Matignon et ses soutiens, l’accord Hamon-Jadot. "C’est mon rôle de dire attention !", estime Manuel Valls devant ses troupes. Pour lui, toute cette situation pourrait être le début d’un exode de socialistes en marche pour rejoindre Emmanuel Macron. "Hamon a rompu avec la ligne réformiste du PS. Il est sur un programme écolo-gauchiste qui tourne le dos non seulement à ce que nous avons fait depuis trois ans, mais aussi au discours de Montebourg sur la gauche industrielle et la gauche du travail. C’est une reprise des revendications de tous les zadistes du monde", explique Valls dans le Canard Enchaîné.


Pour Valls, les militants socialistes auraient dû être, comme leurs homologues écologistes, consultés sur l’accord et l’entériner ou non. "Puisque les militants d’Europe Ecologie ont été consultés sur l’accord avec le PS, pourquoi les militants socialistes ne le seraient-ils pas ?", rapporte l’hebdomadaire des propos de Valls. Ce dernier attaque même directement le programme de son ancien rival à l’investiture, jugeant qu’il s’apparente à "celui de Terra Nova, qui prônait l’alliance entre les bobos et la banlieue. C’est un recyclage de l’écologie d’extrême gauche." Pour lui, la sentence est sans appel : Hamon finira "au-dessous de 10%".

(En) marche ou explose ?

Quid alors de l'avenir du PS ? Selon un député socialiste qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès de LCI, l’éclatement du PS, "ce sera en juin avec le choix du groupe : PS ou En marche ?". 

"Il faut se préparer à la recomposition de la scène politique, de la gauche", prédit Valls, qui appelle aussi à "rester ensemble pour que le réformisme puisse continuer à être incarné". Du côté de l’ancien ministre de l’Education, cette "fronde" n’est pas du meilleur goût et les sourires sont de plus en plus crispés face au déluge de critiques. S’ils ne veulent pas se rallier à Hamon, on enjoint désormais les "réformateurs" à avoir "le courage de rejoindre directement Emmanuel Macron". "On ne peut pas rester dans cette espèce d'entre-deux et passer plus de temps à torpiller son propre camp", déplore Jérôme Guedj, porte-parole du candidat PS, sur RTL.


Mais mardi soir, l’ex-chef du gouvernement et ses soutiens ont accepté de "jouer collectif" si Benoît Hamon revenait sur sa ligne idéologique jugée "trop radicale", révèle Europe 1. Loin d’eux l’idée de tout faire imploser, mais plutôt la recherche d’une solution pour soutenir tout en pesant aussi sur la campagne du candidat. "Nous avons conclu sur la nécessité de jouer collectif," reconnaît un député vallsiste auprès de Reuters. "On fait le maximum pour essayer de ramener le candidat au centre". Le recentrer ou partir en somme.

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