Nucléaire : quelle que soit la position des candidats, elle leur coûtera cher

Présidentielle : le Grand débat

Voir
ÉNERGIE - LCI fait le point sur les programmes des prétendants à l'Élysée en matière d'énergie. Qu'il ou elle soit en faveur d'une sortie du nucléaire ou pas, le ou la futur(e) président(e) de la République sera confronté(e) à des investissement très lourds.

Sortir ou rester ? Pour une fois, il ne s'agit pas de l'UE ni de l'euro, mais de l'atome. En choisissant leur prochain président ou présidente, les Français vont également choisir d'abandonner ou non l'énergie nucléaire. Sur ce point, les candidats proposent des politiques énergétiques très différentes.


Mais dans tous les cas, la France devra investir énormément, que ce soit pour construire les prochaines centrales nucléaires, ou pour les remplacer par des sources d'énergie renouvelables. L'équation s'est posée à propos de Fessenheim, la doyenne des centrales françaises. Après que le conseil d'administration d'EDF avait décidé de suspendre la fermeture de la centrale, François Hollande avait dans la suite émis un décret décidant de sa fermeture.

Pour une sortie totale du nucléaire en 2050 : Mélenchon et Hamon

Les projets de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon sont assez proches sur la question du nucléaire, en particulier depuis que le candidat du PS a conclu un accord avec l'écologiste Yannick Jadot. D'abord seul à prévoir une sortie intégrale du nucléaire à l'horizon 2050, Jean-Luc Mélenchon a été rejoint par Benoît Hamon et ses alliés écologistes sur cette question. Le candidat socialiste précise que, dans un premier temps, il souhaite tenir l'engagement de François Hollande de baisser la part du nucléaire dans le "mix énergétique" français à 50% d'ici 2025. Tous deux souhaitent aussi abandonner le projet de site d'enfouissement profond de déchets nucléaires à Bure.


Des nuances importantes subsistent cependant. Sur la centrale nucléaire de Fessenheim : Jean-Luc Mélenchon écrit clairement qu'il souhaite la fermer, tandis que l'accord Hamon-Jadot se contente d'annoncer une fermeture des premiers réacteurs nucléaires pendant le mandat présidentiel. Quant au projet de réacteur nucléaire de troisième génération EPR à Flamanville, il n'est pas évoqué dans le projet de Benoît Hamon, alors que Jean-Luc Mélenchon promet son abandon.

Pour une sortie partielle : Macron

Emmanuel Macron, le candidat d'En marche !, s'en tient à l'engagement de la majorité actuelle : ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% d'ici 2025, contre environ 75% actuellement. Il s'engage également à atteindre 32% d'énergies renouvelables, et à doubler la capacité en éolien et solaire d'ici 2022. Aucune mention d'une sortie totale de son côté.

Contre la sortie du nucléaire : Fillon, Dupont-Aignan, Le Pen, Cheminade

François Fillon opte, dans son projet, pour "prolonger la durée d'exploitation" des centrales nucléaires (dont celle de Fessenheim) à 60 ans contre 40 actuellement, et prone une "modernisation" de la filière. Parallèlement, il souhaite développer la production décentralisée d'énergie, l'autoconsommation et "de véritables filières industrielles françaises des énergies renouvelables". Il s'oppose à la loi de transition énergétique qui fixe à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici 2025.


Nicolas Dupont-Aignan veut également revenir sur cet objectif de 50% et développer le nucléaire. Il mise notamment sur des centrales de nouvelle génération, dont il estime qu'elles pourront prendre le relais en 2050.


Marine Le Pen décline son projet énergétique à la page 22 de sa liste d'engagements. Celle qui considérait la sortie du nucléaire comme "un objectif" en 2011 est revenue de cette position. Elle considère désormais qu'il faut "maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française", tout en "développant" le renouvelable, sans donner d'objectifs précis, et sans fermer la centrale de Fessenheim.


Jacques Cheminade apparaît clairement comme le candidat le plus favorable au nucléaire. Sur son site, il assume tout miser sur cette filière et ses améliorations espérées, notamment pour régler le problème du combustible, de la gestion de déchets et de la sécurité.

On ne sait pas trop ce qu'ils veulent : Lassalle, Arthaud, Asselineau

Ces trois candidats ne donnent pas une place importante à la question du nucléaire dans leurs programmes respectifs. Jean Lassalle veut mettre "au service de la transition énergétique les moyens consacrés aujourd’hui à la 'dérégulation' et la privatisation de l’énergie. Nathalie Arthaud considère que "le principal danger du nucléaire ne réside pas dans la technique elle-même mais, comme Fukushima l’a montré, dans l’irresponsabilité des entreprises qui la mettent en œuvre". Quant à François Asselineau, il écrit que, pour l'instant, "la question du nucléaire introduit un clivage inutile parmi les Français".

Et le coût ? Dans tous les cas, il pourrait être élevé...

Chez tous les candidats - du moins ceux qui ont des objectifs précis -, le programme énergétique repose sur des prédictions qui ne font pas consensus chez les scientifiques. L'Institut Montaigne, un think tank libéral, a récemment estimé qu'une sortie totale du nucléaire d'ici 2035 coûterait 217 milliards d'euros. Contacté par LCI, l'économiste Christian De Perthuis trouve la méthodologie de cette étude "peu claire". Surtout, il ajoute que "certains coûts sont aussi des investissements, qui vont dégager des bénéfices" sur le long terme.


La Cour des Comptes, elle, calcule régulièrement le coût de la rénovation des centrales nucléaires actuelles. Une remise à niveau qui coûterait 100 milliards d'euros et qui permettrait de prolonger leur durée. Ce chiffre n'inclut donc pas le coût de construction de nouvelles centrales dans le cas d'une politique pro-nucléaire pendant les prochaines décennies.

Il y a consensus sur la nécessité de baisser la part du nucléaireChristian De Perthuis, professeur d’économie associé à l’Université Paris-Dauphine

Alors, entre garder ou jeter le nucléaire, quelle est la solution la moins chère ? Pour Christian De Perthuis, les chercheurs ne se mettent pas d'accord car "il existe d'énormes incertitudes sur les technologies de 2050". Néanmoins, "il y a consensus sur la nécessité de baisser la part du nucléaire", estime-t-il. Mais dans quelle proportion ? Là est la question. 

En vidéo

JT 20H - Nucléaire : le feuilleton Fessenheim se poursuit

Ce que les experts constatent, c'est qu'aujourd'hui, le prix de l'énergie nucléaire augmente, tandis que celui des énergies renouvelables baisse. Cependant, l'économiste Patrice Geoffron nuance : "Il ne faut pas comparer que le coût de production du kilowattheure, mais les effets sur le système électrique dans son ensemble". Par exemple, la question du stockage de l'électricité quand les éoliennes manquent de vent, ou quand les panneaux solaires manquent de lumière... 


Finalement, la question est d'abord politique, affirme Patrice Geoffron : "Il faut bien comprendre que ce qui se dessine est un changement profond dans l’organisation de nos sociétés, de sorte qu’il est difficile de faire émerger un consensus, qui ne dépend pas que d’une vision 'd’ingénieur', mais également de ce que voudront les citoyens : vaut-il mieux garder des centrales nucléaires, sans doute en bien moins grand nombre, ou bien déployer massivement des éoliennes ?" En clair : plustôt les Français se mettront d'accord, plus tôt ils pourront travailler pour réduire l'addition.

Suivez toute l’actualité sur notre page dédiée à l’élection présidentielle


Découvrez comment votre commune a voté sur nos pages résultats de l’élection présidentielle

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Présidentielle : le Grand débat

Plus d'articles

Sur le même sujet

En ce moment

Rubriques