Présidentielle 2017 : qui a remporté la grande bataille des réseaux sociaux ?

ET LE GAGNANT EST... - Dans cette présidentielle 2017, les réseaux sociaux sont devenus toujours plus incontournables. Mais la popularité virtuelle d'un candidat ne signifie pas forcément qu'il sera majoritaire dans les urnes.

Le clic n’a pas encore mis au placard le bulletin de vote. Il n’empêche, c’est en partie sur le web, par le bais des réseaux sociaux, que se joue désormais la course à l’Elysée. Si les électeurs ont tendance à déserter les bureaux de vote, ils sont, dans le même temps, de plus en plus actifs sur ces plateformes de conversations virtuelles. Signe de notre époque, ils s’informent de moins en moins dans les journaux ou à la télévision, mais de plus en plus via Facebook, Twitter ou encore YouTube. Pour comprendre l’enjeu, un chiffre suffit : les réseaux sociaux constituent la première source d’information pour près de 30% des jeunes électeurs (18-24 ans) selon une étude menée par l'Université d'Oxford dans 26 pays dont la France.


C’est donc sans surprise que tous les politiques ont choisi de les placer au cœur de leur stratégie électorale, avec plus ou moins de succès. "Le plus grand changement dans la campagne de 2017 par rapport aux deux précédentes, c'est le nombre de Français connectés", relève Bénédicte Matran, responsable communication de Visibrain, un cabinet d'étude qui analyse le "bruit" sur les réseaux sociaux. Selon cette plateforme de veille, plus de 25 millions de tweets ont été consacrés à  la campagne présidentielle depuis le 6 avril sur la plateforme de microblogging. Du jamais-vu lors d'un événement médiatique en France.

La course aux likes des candidats à la présidentielle

Avec ses 30 millions d’utilisateurs actifs, Facebook s'impose logiquement comme la première plateforme susceptible de multiplier la visibilité d’un candidat. Avec plus de 1.312 390 "J'aime" sur sa page Facebook, Marine Le Pen est celle qui dispose de la plus grande popularité sur le réseau. La candidate du Front national devance Jean-Luc Mélenchon qui, lui, totalise 924.900 "J'aime". Arrivent ensuite, très loin derrière, François Fillon (354.319 "J'aime"), Emmanuel Macron (286.447 "J'aime") et Benoit Hamon (174.762 "J'aime").


Sur le réseau social Twitter, le classement de popularité des candidats est quasiment semblable à celui du site de Mark Zuckerberg. On trouve de nouveau en tête Marine Le Pen, avec 1,39 million d’abonnés, suivie de près par Jean-Luc Mélenchon et ses 1,1 million d’abonnés. Les trois autres principaux candidats à la présidentielle sont dans un mouchoir de poche. Emmanuel Macron totalise 659.000 abonnés, tandis que François Fillon et Benoit Hamon comptabilisent respectivement 502.000 abonnés et 375.000 abonnés (ndlr : chiffres constatés le 21 avril 2017). 

Le grand palmarès numérique de la campagne 2017

Nombre de mentions des noms des candidats sur les réseaux sociaux

DÉCRYPTAGE. "Au cours de cette dernière semaine de campagne, trois candidats se détachent des autres, relève Bénédicte Matran, responsable communication du cabinet français d'étude des réseaux sociaux Visibrain. François Fillon reste celui qui suscite le plus de conversations sur les réseaux sociaux, en positif comme en négatif. Mais les deux candidats qui génèrent le plus d’engagement auprès des internautes sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. La communauté des partisans du Front national est très bien organisée sur Twitter, alors que les sympathisants du candidat de La France insoumise sont les plus actifs sur Facebook et YouTube".  

Le tweet d'un candidat le plus "retweeté"

DÉCRYPTAGE. Pour les non-inités, "Kage bunshin no jutsu" est une formule utilisée par un personnage du manga Naruto pour déclencher une technique qui lui permet de se démultiplier, tel Jean-Luc Mélenchon avec six hologrammes, ce mardi 18 avril.

La vidéo YouTube d'un candidat la plus vue

Le post Facebook d'un candidat le plus partagé

Une campagne 2.0 qui réinvente le militantisme

"Si Marine Le Pen et, plus récemment, Jean-Luc Mélenchon ont choisi de s’installer sur Internet, c’est d’abord parce que, comme d’autres candidats qui se réclament de l’anti-système, ils y ont vu le moyen de contourner les médias traditionnels", décrypte Anaïs Theviot, politologue et spécialiste de l'usage du web en politique. En effet : s’exprimer sur les réseaux permet d’installer un dialogue direct avec le public, de lancer une opération de séduction, sans médiation et sans filtre, en utilisant les méthodes classiques du marketing. " C'est un moyen pour eux de s'exprimer autant qu'ils le souhaitent, de réagir sur tout et n'importe quoi", regrette Emile Josselin, ancien responsable numérique au sein du Parti socialiste.


Pour mener à bien cette course effrénée aux "likes", la plupart des candidats se sont entourés de millenials, ceux-là même qui sont nés à la fin des années 80 et ont grandi au milieu d’Internet et des réseaux sociaux. "Depuis la campagne Obama de 2008, plus aucun candidat à une élection ne fait l’économie d’une stratégie numérique. Les stratégies des cinq grands candidats ne diffèrent pas tellement les unes des autres, mais il existe néanmoins des approches différentes", constate Anaïs Theviot, qui a notamment étudié l’usage du Web par les militants, ainsi que les stratégies numériques du Parti socialiste.

Mélenchon, révélation numérique de la campagne

Sur les 45 millions de conversations en ligne concernant les cinq principaux candidats analysées par le site Linkfluence depuis septembre, 40% parlent de François Fillon, dont près de la moitié sur ses affaires judiciaires, en positif comme en négatif. "Le premier gagnant, c’est sans conteste et malheureusement le FillonGate, analyse Guilhem Fouetillou, cofondateur de Linkfluence, agence spécialisée dans l'analyse des conversations sociales. Dans la bataille des militants activistes, c’est Fillon. Les escouades macroniennes n’arrivent pas à faire face aux escouades mélenchonniennes et fillonistes. Sans doute, parce qu’elles sont moins nombreuses, moins bien organisées et aussi moins belliqueuses. Malgré ce manque de ferveur militante, il (Macron) fait quasiment autant de bruit que François Fillon sur le web social, à la différence qu’il ne bénéficie pas du FillonGate ».


Historiquement, c'est une vraie nouveauté, le Front National n’avait jamais été détrôné de sa place de leader sur les réseaux sociaux. "En matière d’occupation du terrain numérique, le candidat de la France Insoumise a fait très fort cette année. Sa chaîne YouTube cumule plus de 20 millions de vues, les commentaires y sont innombrables, estime Anaïs Theviot. Jean-Luc Mélenchon a fait appel à un jeune YouTubeur de 27 ans, Antoine Léaument. Grâce à des formats plus courts, en reprenant les codes des youtubeurs, elle est passée de 30.000 abonnés en octobre dernier, à plus de 300.000 aujourd’hui."

En quête du ton juste pour s'exprimer sur les réseaux

Des extraits de ses discours, de ses interviews dans les médias, des photos, des morceaux de vidéos sont repris, remontés, détournés, remixés par des YouTubeurs sur leurs propres chaînes, puis relayés sur des forums de jeuxvideo.com, ce qui a contribué à viraliser l’image de Jean-Luc Mélenchon. "Jean-Luc Mélenchon a fait le pari de l’humour, et ça fonctionne ! A droite, on observe au contraire une plus grande difficulté à trouver le ton juste, note la chercheuse. Chez François Fillon, tout comme Emmanuel Macron, le discours est très institutionnel. Tous deux reprennent principalement les codes classiques de la télévision. On retrouve aussi cette difficulté à trouver le ton juste, sans paraître faux ou artificiel, à l’image de la vidéo de Florian Philipot, qui a été rayée par les internautes." 

Être le premier sur les réseaux sociaux ne signifie pas être favori pour remporter l'élection présidentielleAnaïs Theviot, politotologue et spécialiste de l'usage du web en politique.

Cette course aux "J'aime" entre les candidats peut sembler dérisoire. En réalité, plus une personnalité est "likée", plus le contenu publié sur la page sera diffusé et plus elle bénéficiera d'une grande visibilité pour diffuser ses idées. Une popularité virtuelle qui a néanmoins ses limites d'un point de vue strictement politique. "Être le premier sur les réseaux sociaux ne signifie pas être favori pour remporter l'élection présidentielle, relève Anaïs Theviot. En revanche, cela augmente l'influence, et donc les chances de sensibiliser le plus d'électeurs possible." Réponse dimanche soir dans les urnes !

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