Présidentielle 2017 : pour qui vont voter les indécis ?

CASSE-TÊTE - A quelques jours du premier tour du scrutin présidentiel, les études d'opinion démontrent une incertitude grandissante chez les électeurs. LCI s'est demandé quel(le) candidat(e) était en situation d'en profiter le plus, quand le moment viendra de glisser son bulletin dans l'urne.

C'est un des chiffres-phare des dernières études d'opinion publiées ces dernières semaines. Si le premier tour de l'élection présidentielle devait se dérouler ce dimanche, les électeurs ne se déplaceraient pas en masse pour aller voter. Ainsi un sondage du 28 mars de l'institut Ipsos pour France Info nous situe  le niveau d'abstention à 35% du corps électoral. Un record pour le scrutin suprême de la Ve République qui, en l'état, situerait l'élection de 2017 en deça du vote de 2002, où 28,4% des électeurs s'étaient abstenus.


La situation n'est toutefois pas figée et le passé nous enseigne que le spectre de l'abstention alimenté par ces mêmes études d'opinion se dissipe à mesure que le scrutin approche : "C'est pour cela que les sondages les plus proches du scrutin sont les plus corrects", confirme la sociologue Christine Fauvelle-Aymar. En 2012, plusieurs sondages prédisaient une abstention proche des 30% : 27,5% pour Opinionway, à une semaine du premier tour ; 32% d'après l'Ifop, trois semaines avant l'échéance. Finalement, ils seront moins de 21% à refuser de faire un choix entre les dix candidats à la magistrature suprême, finalement remportée par François Hollande.

Ne pas oublier le FN

Combinée à la forte volatilité de l'électorat, évaluée à un tiers des votants à une semaine du premier tour, le scrutin de 2017 semble d'autant moins joué d'avance. Des cinq candidats les mieux notés dans les sondages, seuls Marine Le Pen et François Fillon peuvent compter sur un soutien sûr de leurs électeurs. Ils étaient ainsi trois sur quatre, expliquait l'institut Kantar-Sofres pour LCI, à être certains d'apporter leur suffrage à leur champion(ne). Le tout pour une moyenne bien volatile de 58% d'électeurs sûrs de leurs choix. Dans le même temps, une enquête d'Odoxa chiffrait à 43% la part d'électeurs hésitant devant l'offre électorale de la gauche.


Mais alors, pour qui vont voter ces électeurs indécis qui finissent historiquement par redonner un souffle à la participation ? Contrairement aux idées reçues, Marine Le Pen est à compter parmi les bénéficiaires potentiels de cette remobilisation : "Il existe une hésitation entre le FN et l'abstention", confirme à LCI Emmanuel Rivière, directeur de l'institut Kantar-Sofres, qui cite "des similarités entre une catégorie d'abstentionnistes et le vote FN : écartés de la vie politique, peu diplômés et plutôt jeunes". Exemple à l'appui avec les élections régionales de 2015 où l'on avait observé, entre les deux tours, en même temps qu'une hausse de la participation, une hausse du nombre d'électeurs frontistes.

La gauche, bénéficiaire surprise ?

Autre catégorie d'abstentionnistes traditionnels à surveiller : l'électorat populaire des banlieues, traditionnellement à gauche où, lors des dernières élections intermédiaires, la faible participation a fait basculer des collectivités entières à droite. Leur "ras-le-bol de la vie politique", estime auprès de LCI la sociologue des comportements politiques Jessica Sainty, pourrait être surmonté par un "sens du devoir citoyen". 


La chercheuse pointe aussi du doigt le calendrier : "Nous sommes encore tôt dans la campagne et la liste des candidats est assez neuve, sans parler des affaires qui, à gauche comme à droite, génèrent beaucoup d'incertitudes. Certains abstentionnistes attendent encore de voir avant de se prononcer." Un argument enthousiasmant pour Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, qui peuvent espérer une réserve de voix chez les électeurs de gauche qui ne se sont toujours pas décidés entre eux. "Leur électorat a beaucoup de points communs", appuie Jessica Sainty, qui note toutefois que "l'électorat modéré du PS aura du mal à aller vers Mélenchon". 

Les abstentionnistes et les votants, même combat ?

La question du vote secret des abstentionnistes à beau griser les états-majors politiques, elle reste, en tout état de cause, sans réponse. Remettraient-elles en cause le résultat de l'élection ? Pas nécessairement, si l'on en croit une enquête menée en 2014 par l'Ifop. Conduit pour le magazine conservateur Valeurs actuelles à l'occasion des élections européennes, le sondage démontrait que les abstentionnistes auraient voté peu ou prou... comme le reste électeurs. Mais le caractère exceptionnel de cette élection présidentielle interdit toute conclusion définitive. Après tout, note Emmanuel Rivière, "l'abstention est le comportement le plus difficile à cerner".

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Benoît Hamon, candidat du PS à la présidentielle

Plus d'articles

Sur le même sujet