Air cocaïne : où en est l'enquête française ?

Air cocaïne : où en est l'enquête française ?

ENQUETE - Le trafic de drogue pour lequel les deux pilotes français ont été condamnés à vingt ans de prison à Saint-Domingue avant de s'évader fait également l’objet d’investigations en France. L'enquête française porte sur un vaste réseau d'une douzaine de personnes.

Comment démarre l'affaire Air cocaïne ?

Si la France n'extrade pas ses ressortissants hors Union européenne, Pascal Fauret et Bruno Odos pourraient être prochainement entendus dans le volet français de l'affaire. Le trafic de drogue pour lequel ils ont été condamnés à vingt ans de prison en République dominicaine fait en effet l'objet d'une enquête dans l'Hexagone. Dès 2012, les gendarmes s'intéressent à l'étrange aller-retour d'un avion d'affaires, propriété du lunetier Alain Afflelou qui le loue pour amortir les coûts. De lourdes valises débarquent sur le petit aéroport privé de La Môle. Un deuxième vol à vide entre la France et l’Equateur se déroule en février 2013. Les enquêteurs anticipent alors l'arrivée du troisième vol prévu un mois plus tard. Mais le Falcon ne se posera jamais. Il est intercepté par la police dominicaine sur le tarmac de l'aéroport de Punta Cana. A son bord, un équipage français et 26 valises contenant 680 kilos de drogue. C'est le début de l'affaire "Air cocaïne".

Pourquoi le nom de Sarkozy apparaît ? 

Le dossier prend rapidement une tournure politique avec l'apparition du nom de Nicolas Sarkozy. Le Falcon appartenant à Alain Afflelou affrété par la Société Nouvelle Trans Hélicoptère Service (SNTHS) avait en effet transporté l'ancien président entre décembre 2012 et février 2013. Cette partie de l'affaire sera finalement jugée sans lien avec le trafic de stupéfiants et a depuis été confiée à des juges financiers à Paris. Lesquels enquêtent sur un possible abus de bien social au préjudice de Lov Group, la société de l'ami de Nicolas Sarkozy Stéphane Courbit, société à laquelle les vols ont été facturés.

Combien de vols concernés ?

Si le vol du 19 mars 2013 est le plus connu médiatiquement, il n'est pourtant pas le seul à faire l'objet d'investigations. L'enquête ouverte en France menée par la juge d'instruction marseillaise Christine Saunier-Ruellan, également vice présidente à la juridiction interrégionale spécialisée, en charge des affaires de grand banditisme, porte sur un trafic bien plus vaste : une dizaine de vols transatlantiques suspects avec des départs de Punta Cana ou Quito et à destination de la Belgique ou de la France.

Combien de personnes impliquées ?

Au total, une douzaine de personnes sont mises en examen en France pour "importation de stupéfiants en bande organisée" et "association de malfaiteurs". Outre les pilotes en fuite Pascal Fauret et Bruno Odos, on retrouve le passager du vol Nicolas Pisapia et Alain Castany, considéré comme le "porteur d'affaire". En août 2015, ces deux Français ont également été condamnés aux côtés des pilotes à vingt ans de prison en République dominicaine. Mais pour Jérôme Pierrat, auteur d'une co-enquête fouillée sur l'affaire, les quatre Français sont loin d'être les têtes pensantes du réseau. "Aucun n'a le profil d'un baron de la drogue (...) Pour ce qui concerne les organisateurs du trafic, il faut se pencher du côté de l'enquête française".

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Qui est le cerveau présumé ?

La figure centrale présumée du dossier se nomme Franck Colin. Le jet-setteur est soupçonné d'être l'instigateur du réseau pour le compte de trafiquants espagnols. C'est le seul mis en examen toujours placé en détention provisoire en France. Également mis en examen dans cette affaire, un douanier français basé dans le Var, le responsable de la société de location d'avions SNTHS, Pierre-Marc Dreyfus, ainsi qu'un autre responsable de l'entreprise qui avait affrété l'avion.

C'est quoi "non bis in idem" ? 

Selon l'avocat français de Nicolas Pisapia, Me Julien Pinelli, l'enquête française serait en "voie d'achèvement". Les pilotes se sont dits eux à la disposition de la justice française. Mais ils pourraient ne pas être inquiétés. S'ils sont condamnés lors de leur procès en appel en République dominicaine, qui aura sans doute lieu en leur absence, le principe "non bis in idem" pourrait prévaloir. Le droit international interdit de juger deux fois quelqu’un pour les mêmes faits. Cependant, pour le juge d’instruction à Créteil Matthieu Bonduelle, interrogé par Libération , il "paraît envisageable qu’ils soient jugés pour certaines ramifications de l’affaire en République dominicaine, et pour d’autres en France". Le parquet de Marseille, contacté par metronews, n'a pas souhaité commenter l'affaire, précisant simplement que des décisions étaient "en gestation"

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