Antoine, Fiona, Didier Barbot : quand les criminels "mènent l'enquête"

Antoine, Fiona, Didier Barbot : quand les criminels "mènent l'enquête"

ENQUÊTE – Un an après la disparition d’Antoine, un lycéen de Gonnehem (62), son beau-père vient d’avouer le meurtre. Ce dernier avait pourtant participé aux recherches pour retrouver le corps de l’adolescent. Il avait aussi lancé des appels pour que la ville se mobilise. Retour sur quatre affaires où les protagonistes ont utilisé la presse pour se tailler un costume de victime.

Feindre la tristesse. Montrer de l’intérêt aux recherches. Mais pas trop, pour ne pas éveiller les soupçons. Les meurtriers se cachent parfois dans les marches blanches, les battues ou les reportages de télévision. "Il est primordial de fouiller l’entourage de la victime. Parfois, les proches peuvent avoir le sentiment d’être mal considérés. Voire d’être suspectés. Dans une enquête criminelle, on ne doit rien laisser de côté", explique à metronews un enquêteur spécialisé. Voici quatre affaires dans lesquelles les tueurs ont en fait "joué" les victimes.

Antoine Dupond : le beau-père lance des "ratissages"

Marc Demeulemeester a avoué cette semaine aux gendarmes le meurtre de son beau-fils, Antoine, un lycéen de Gonnehem (Pas-de-Calais) disparu en janvier 2015. Il a été mis en examen pour assassinat. En avril 2015, soit trois mois après la disparition d’Antoine,  il est interviewé par France 3 . "Vous n’avez aucune idée d’où est Antoine ?", lui demande la journaliste. Face caméra, assuré, Marc Demulemeester répond avec aplomb : "Non. On cherche tous les jours. Avec sa maman, on fait nous-même des petits ratissages." En fait, entre deux "battues", Marc Demulemeester ira rajouter des parpaings pour empêcher que le corps d’Antoine, dissimulé sous un filet au fond du canal d’Aire, ne remonte à la surface. A-t-il détourné les recherches des habitants pour les éloigner du plan d'eau? L'enquête des gendarmes, relancée par ces aveux, devra le déterminer.

A LIRE AUSSI >>  Pas-de-Calais : toujours sans nouvelles d'Antoine, 15 ans

 Affaire Fiona : la mère lance un "appel au secours"

Pour mieux écarter les soupçons, les criminels n’hésitent pas à se mettre en scène. Ce fut le cas dans l’affaire Fiona à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Sa mère, Cécile Bourgeon avait déclaré sa disparition le 12 mai 2013 assurant que l’enfant jouait avec sa petite sœur dans un parc de la ville. Selon son récit, la fillette se serait volatilisée. La France entière tombe dans le mensonge et croit à un enlèvement. La jeune mère éplorée lance alors "un appel au secours dans les médias" pour retrouver sa fille. Quatre mois plus tard, elle et son compagnon, Berkhane Makhlouf, reconnaissent le décès de la petite Fiona qui aurait été battue et enterrée. Le corps n’a jamais été retrouvé. "Si les meurtriers sont proactifs dans les recherches ou crient au scandale dans les médias, c’est avant tout une réaction de défense. L’accusateur pense qu’il risque moins d’endosser le costume de l’accusé", commente un policier qui a mené un nombre important d’enquêtes criminelles.

EN SAVOIR + >> Notre dossier complet sur l'affaire Fiona

► L’affaire Flactif : le voisin suspecté après un reportage sur TF1

En se rapprochant des médias, d’autres se "grillent" d’eux-mêmes. Au début de l’enquête de la tuerie du Grand Bornand (Haute-Savoie), David Hotyat participe à la marche blanche en l’honneur de la famille Flactif, assassinée dans son chalet.  Il est ensuite interrogé dans l’émission Sept à huit sur TF1 . Le mécanicien et sa compagne critiquent à demi-mot le mode de vie des victimes. Cette attitude teintée d’animosité envers les Flactif fera mouche auprès des gendarmes. Le couple est alors placé sur écoute téléphonique. Au cours d’une conversation, les enquêteurs apprennent que David Hotyat n’est pas vraiment volontaire pour se soumettre aux tests ADN. Ce qui renforce alors les soupçons des gendarmes à leur encontre.

 Didier Barbot : proactif avec les médias

Si l’assassin revient sur la scène du crime, c’est, dit-on, pour ressentir à nouveau la jouissance qu’il a éprouvé lors du passage à l’acte. Didier Barbot, condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour l’assassinat de sa femme, a-t-il éprouvé une certaine satisfaction lorsqu’il faisait venir les médias chez lui pour leur remettre les avis de recherche de sa femme ? Au cours de son procès en janvier, à Nantes, la présidente lui fait remarquer son rôle actif dans l’enquête, notamment auprès des journalistes : "Mais c’est vous qui êtes allé au-devant des médias. Vous auriez pu rester enfermé chez vous…" Réponse de l’accusé : "Y’avait tellement de monde qui venait pour m’aider à chercher Anne que j’étais dans cet élan-là… J’étais quelqu’un d’autre".

EN SAVOIR + 
>> 
Assassinat d'Anne Barbot : les amants diaboliques jugés à Nantes >>  Didier Barbot : "J'étais incapable de la quitter"

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques