Attentats de Paris : près du Bataclan, une famille de héros ordinaires

Attentats de Paris : près du Bataclan, une famille de héros ordinaires

SOLIDARITE - Une famille parisienne dîne tranquillement devant la télévision, dans son appartement du 11e arrondissement, vendredi 13 novembre, vers 22 heures, quand un groupe de dix personnes, dont un blessé au Bataclan, surgit dans son salon. Ces témoins ont consenti à raconter à Metronews cette bouleversante rencontre.

Du sang macule encore une marche de l’escalier qui mène à l’appartement de cette famille parisienne, qui a souhaité conserver son anonymat. Des bougies éclairent les lieux, tout semble calme ce dimanche soir. Pourtant, 48 heures plus tôt, à 22h05, l’horreur s’est invitée dans ce salon. "Nous étions tous devant le match France-Allemagne, quand la sonnette a retenti", explique François*, le père de famille. "Jamais personne n’arrive jusqu’ici à une heure pareille."

L’immeuble est une forteresse imprenable, bloquée par quatre codes. "Sur le palier, des jeunes hurlaient 'au secours'", raconte la fillette, Alice,10 ans. Marie, la mère, poursuit le récit de la soirée : "J’ai contrôlé l’œilleton, ouvert la porte. Dix jeunes ensanglantés, affolés, ont pénétré dans l’appartement". Le plus âgé devait avoir 30 ans. La mère de famille poursuit calmement : "Mathilde, Frédéric, Jenny et son mari irlandais, ainsi que tous les autres venaient directement du Bataclan." Ā plus de 300 mètres de l’immeuble.

"Le Samu devait envoyer des secours dans l’heure, mais personne n’est arrivé"

Comment sont-il entrés ? "Ils ont forcé le barrage de la gardienne, suivi un résident, atteint le dernier étage. Ils ne pensaient qu’à fuir, le plus loin possible de l’horreur". La voisine, Véronique, présente avec la famille, intervient : "L’Irlandais avait reçu une balle dans le pied. Avec mon mari médecin, nous l’avons soigné." Marie reprend : "Ils voulaient absolument allumer la télévision." La famille a alors assisté en direct au spectacle des attentats. Peu à peu, l’appartement s’est transformé en campement. "J’ai été chercher des matelas chez moi", sourit la voisine. Le frigidaire était vide, maisFrédéric a avalé un morceau de pain, une banane. Peu de choses. "Personne n’avait très faim", se souvient Alice. D’autant que le jeune homme était sans nouvelle de deux amis présents au concert. Il a appris plus tard que l’un d’eux était touché au thorax et se trouvait dans un état grave.

"Chacun compulsait nerveusement son portable, donnait des nouvelles, tentait d’en obtenir", poursuit la mère de famille. "L’Irlandais perdait son sang et nous n’avions plus de pansements", se souvient Véronique. Le Samu devait envoyer des secours dans l’heure, mais personne n’est arrivé. François a alors "sauté dans sa voiture, pour conduire le couple à l’hôpital Saint-Antoine où l’homme est toujours hospitalisé".

"Moi, j’ai lavé ses baskets tachées de sang"

Pendant ce temps, Alice changeait les idées de ses invités imprévus, chantait avec eux. Marie explique que "Mathilde était venue seule au concert. Elle a rejoint la gauche de la scène. Une remarque l’a affolée quand des "coups de pétards" ont retenti : une femme venait de constater que son mari 'saignait'. La sortie de secours était bloquée par du matériel technique, alors elle a contourné la scène, pour s’élancer dehors. Dans sa course, elle rejoint d’autres personnes effrayées. "Elle est arrivée un peu hébétée. Je lui ai administré un calmant", se rappelle Véronique. "Moi, j’ai lavé ses baskets tachées de sang", détaille François. Le groupe s’est installé dans l’appartement jusqu’au lendemain. Tous ont improvisé un petit-déjeuner autour de la télévision avant de rentrer chez eux .Frédéric a filé rejoindre son domicile, dans l’Eure et Loire. Il était arrivé la veille à Paris, pour fêter son anniversaire au Bataclan.

* Tous les prénoms ont été modifiés

A LIRE AUSSI
>> DIRECT - Tous les événements en temps réel
>> Notre dossier complet sur les attentats de Paris
>> VIDEOS - Les premières images de l'attaque du Bataclan

Plus d'articles

Sur le même sujet

En ce moment

Rubriques