"Au nom de ma fille" : André Bamberski, le père de Kalinka, "submergé par l'émotion" face au film qui retrace son combat

"Au nom de ma fille" : André Bamberski, le père de Kalinka, "submergé par l'émotion" face au film qui retrace son combat

INTERVIEW - A l'occasion de la sortie au cinéma, ce mercredi 16 mars, du film "Au nom de ma fille", qui retrace la douloureuse affaire Kalinka, metronews a pu s'entretenir avec André Bamberski, incarné à l'écran par Daniel Auteuil. Ses 30 ans de combat pour faire condamner le meurtrier de sa fille, son implication dans la réalisation de ce film, ses espoirs pour la suite : l'homme, âgé de 80 ans, a accepté de répondre, non sans une certaine pudeur, à toutes nos questions.

"Je n'ai fait que pallier les défaillances de la justice française". Cette phrase, prononcée par Daniel Auteuil dans le film Au nom de ma fille, qui sort ce mercredi 16 mars au cinéma, André Bamberski la répète à l'envi. Il faut dire qu'elle illustre avec justesse son combat long de trente ans, lui qui a dû lutter, seulement aidé de l'association "Justice pour Kalinka", pour que la justice fasse condamner le meurtrier de sa fille (voir l'encadré en bas de cet article). Allant jusqu'à lui-même organiser en 2009 l'enlèvement du docteur Krombach pour le livrer aux autorités françaises. Si le procédé lui a valu d'être condamné, en 2014 à Mulhouse, à un an de prison avec sursis, il lui a surtout permis d'obtenir la condamnation du docteur Krombach, en 2011 et 2012, à quinze ans de réclusion pour la mort de Kalinka. A l'occasion de la sortie du film, metronews a pu s'entretenir avec André Bamberski, aujourd'hui âgé de 80 ans.

Au nom de ma fille, qui sort ce mercredi en salles, est-il une retranscription précise de votre histoire, que vous avez racontée il y a six ans dans le livre "pour que justice te soit rendue"(chez Michel Lafon) ?
Je dirais que ce film est inspiré de mon histoire, plus qu'une réelle adaptation à proprement parler. Dans mon livre, il était davantage question de la bataille judiciaire que j'ai dû mener pour faire condamner le docteur Krombach.

Avez-vous été consulté pour l'élaboration du scénario ?
Oui, dès son écriture, les deux scénaristes sont entrés en contact avec nous (l'association "Justice pour Kalinka" et André Bamberski, ndlr). Nous les avons rencontrés 7 à 8 fois, ils sont venus chez moi, à Toulouse. Nous avons pu échanger, leur fournir les décisions judiciaires, les pièces à conviction... Après, ils ont écrit un premier projet qu'ils nous ont soumis. Mais des choses ne nous plaisaient pas. Nous nous en sommes expliqués, ils ont fait des modifications, et nous, de notre côté, nous avons entendu leurs contraintes liées à la réalisation d'un film. Au final, nous sommes tombés d'accord.

Qu'est-ce qui vous dérangeait, justement, dans cette première version ?
J'étais trop au centre de l'histoire. Nous avons demandé à ce que la personnalité de Kalinka soit plus mise en avant. Ils ont pris cette remarque en compte. Ce qu'ils ont gardé, en revanche, et cela je n'y étais pas favorable, c'est la très grande présence de la maman de Kalinka tout au long de l'affaire. Et ça, ça n'est pas ce que j'ai vécu (la mère de Kalinka a longtemps crû à l'innocence du docteur Krombach, jusqu'à avoir accès au dossier, en mars 2010, ndlr).

"L'émotion m'a submergé"

Vous êtes-vous rendus sur le tournage ?
Oui, en novembre 2014, l'association et moi avons passé une journée sur le tournage. Ça s'est très bien passé. J'admire Daniel Auteuil, qui s'est beaucoup investi dans mon personnage. Nous avons déjeuné ensemble et sommes vite parvenus à une entente commune. Pour moi, c'est un film très acceptable grâce au rôle qu'il y joue. On sent qu'il y a mis toute son ardeur.

Et depuis son tournage, avez-vous visionné le film ?
En août 2015, j'ai pu le visionner avant mixage. Et le 15 février 2016, je l'ai vu en avant-première à Toulouse.

Qu'est-ce que l'on ressent, de voir ainsi son histoire, douloureuse, portée à l'écran ?
Le sentiment est particulier, c'est vrai. J'ai été très pris tout au long du film, car il y a de nombreuses scènes très fortes. Et dans le dernier quart d'heure, l'émotion m'a submergé, j'ai un peu perdu pied.

Justement, quelles scènes vous ont particulièrement marquées ?
Il y a celle du coup de téléphone que m'a passé la mère de Kalinka, le 9 juillet 1982, pour m'apprendre la mort de notre fille. Et il y a également cette scène où j'arrive au cimetière alors qu'elle en sort. Nous échangeons alors un long regard, en silence.

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"Il y a eu de nombreux dysfonctionnements judiciaires"

Qu'est-ce que ce film devait surtout montrer, selon vous ?
L'intérêt de ce film, c'est que les spectateurs voient tous les dysfonctionnements judiciaires qu'il y a eus dans cette affaire. Certains magistrats ont correctement rempli leurs rôles - je pense notamment aux deux procès complets et équitables qui ont permis la condamnation du docteur Krombach. Mais ils ne sont pas la majorité. Mon procès qui s'est tenu en mai 2014 à Mulhouse, pour l'enlèvement du docteur Krombach, a en particulier été bâclé. Le jugement qui en a découlé est un véritable torchon.

En voulez-vous à la justice française ?
La justice est rendue par des êtres humains et donc, à ce titre, elle est perfectible. Mais tout de même, avant 2009, il y a eu de nombreux dysfonctionnements et des bavures dans cette affaire, avec des refus d’exécuter la justice. Pendant longtemps, ce dossier n'a pas été assez pris au sérieux.

Après toutes ces années, attendez-vous encore quelque chose du docteur Krombach ? Des aveux, peut-être ?
Vous savez, mon but a été atteint en décembre 2012, quand il a enfin été définitivement condamné. Je sais qu'il ne changera pas de position.

"S'il est libéré, je laisserai faire"

Et plusieurs procédures sont toujours en cours...
Le docteur Krombach a déposé en octobre 2014 une requête devant la Cour européenne des droits de l'homme. Mais je doute que son action aboutisse. Et à Mulhouse, l'action civile continue. En juin 2014, ses avocats ont formulé une dixième expertise médicale. Sauf que plus d'un an et demi après, elle n'a toujours pas été réalisée car ses avocats font traîner la chose. Il me réclame par ailleurs des dommages et intérêts, mais j'ignore encore de quel montant il sera question. Vous voyez, le combat judiciaire n'est pas complètement terminé, mais ça n'est pas trop grave. L'essentiel pour moi, c'était qu'il soit condamné pour la mort de Kalinka.

Conformément à la loi, le docteur Krombach pourrait déposer une demande de libération conditionnelle en 2017. Allez-vous vous y opposer ?
Je vous le redis, pour moi, l'essentiel c'était qu'il soit officiellement reconnu coupable dans cette affaire. Après, je ne vais pas me battre contre des moulins à vent. S'il est libéré, je laisserai faire.

Quelle vie menez-vous depuis sa condamnation ? Que devient-on, après avoir consacré toute sa vie à un tel combat ?
Déjà vous savez, je n'ai consacré qu'un tiers de ma vie à cette affaire. Jusqu'à décembre 2012, c'est vrai que j'étais assez perturbé. Mais depuis la condamnation du docteur Krombach, je suis plus serein, même si on m'impose encore des procédures judiciaires. Et il me reste du temps pour faire des choses : je compte bien vivre jusqu'à au moins 100 ans !

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