Au procès de Leclerc, la sœur de la victime témoigne : "Sylvie et Gérard, c’est d’abord une histoire d’amour"

Au procès de Leclerc, la sœur de la victime témoigne : "Sylvie et Gérard, c’est d’abord une histoire d’amour"

COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Au second jour du procès de Sylvie Leclerc, aux assises de Nancy, subsistent encore de nombreuses zones d’ombre, l’accusée ayant bien du mal à revenir sur son passé et à expliquer son geste. La sœur de la victime, Gérard Schahan, a elle permis de connaître un peu mieux celui qui est présenté, depuis le début de l’affaire, comme un bourreau domestique.

Comment juger l’horreur, si les mots manquent pour la dire ? Depuis l’ouverture du procès de Sylvie Leclerc, lundi 21 mars aux assises de Nancy (Meurthe-etMoselle), c’est bien tout le problème des jurés. Car la principale intéressée, accusée d’avoir tué d’un tir de fusil de chasse son compagnon en mai 2012, a un langage bien à elle. Et quand ce n’est pas sa mémoire qui la lâche, ce sont ses nerfs. Bouleversée, elle cavalcade de contradictions en contradictions, répétant, entre deux sanglots, qu’au moment d’appuyer sur la gâchette, c’est son "cerveau" qui "a débloqué".

Alors pour en savoir plus sur ces violences psychologiques et sexuelles qu’elle affirme avoir subies pendant plusieurs années, la cour, et avec elle l’ensemble du public présent dans la salle d’audience, attend fébrilement les dépositions des témoins. "Il faut qu’on sache, qu’on comprenne aussi qui était Gérard" leur explique patiemment la présidente. Mais quand le frère de la victime se présente à la barre, c’est la désillusion. Bernard, la soixantaine, crâne dégarni et ton bourru, parle très vite… pour ne rien dire. "Je découvre tout, j’arrive pas à comprendre, j’ai pas grand chose à vous raconter, moi !" affirme tout de go celui qui a pourtant partagé son enfance avec le disparu. De cette enfance, dont on parviendra à comprendre qu’elle "a été particulière", le témoin finira par concéder : "Bon, on a eu deux, trois pères, c’est vrai".

EN SAVOIR +
>>  "Tu as bien fait de le tuer, maman"
>> Procès de Sylvie Leclerc : "C'était un malade!" >>  Neuf ans requis contre Sylvie Leclerc

"Il fallait toujours se taire"

Ce silence dérangeant, qui pèse telle une chape de plomb sur toute la famille, il faut pourtant bien que quelqu’un le brise. C’est Françoise, en fin de matinée, qui s’en charge. Elle est la soeur de Gérard, et contrairement à la plupart des personnes entendues dans le cadre de cette affaire - du moins jusqu’à présent - les mots ne lui font pas peur. Elle les manie même très bien, parlant d’une façon un peu ampoulée, comme si elle parcourait un livre pour nous raconter, à tous, une histoire.

"Notre enfance n’a pas été facile. Je me souviens d’avoir surpris un de nos beaux-pères dans le lit de ma soeur, par exemple. Mais il y avait de la pudeur, on ne parlait pas, c’est vrai. Il fallait toujours se taire" dit-elle en mettant un doigt devant sa bouche, puis les deux mains sur ses oreilles. "Gérard, lui, était discret mais il ne fallait pas se mêler de ses affaires. Il aimait dire du mal des gens, oui. Mais le pensait-il vraiment ? Je ne sais pas…"

EN SAVOIR + 
>>  Pourquoi Sylvie Leclerc n'est pas une nouvelle Jacqueline Sauvage
>> "Vas-y, tire !" Jugée pour avoir tué son compagnon violent, Sylvie Leclerc invoque des voix intérieures

"J'aurais pu éviter cette tragédie"

Lunettes noires, cheveux gris coupés courts, cette retraitée, pourtant constituée partie civile, parle sans animosité aucune. "J’aimais Gérard, j’aime Sylvie. Moi, je les aime tous les deux. Même si elle a tué Gérard, Sylvie reste ma belle-soeur." D’une voix toujours posée, elle décrit un couple en adoration devant Aude, fille unique, "leur diamant". Et ajoute, à contre-courant de tout ce qui a pu être dit jusqu’à présent : "Sylvie et Gérard, c’est d’abord une histoire d’amour. Oui, ils s’aimaient. Au départ, je les voyais toujours ensemble, toujours heureux de vivre. Et puis leur fille est arrivée. Elle était très difficile, cette petite. Ils n'existaient plus l'un pour l'autre."

Quant à ces violences répétées, présentées depuis le début de l’affaire comme étant le mobile du meurtre, Françoise assure ne jamais en avoir eu connaissance. "Mais je ne peux pas dire que Sylvie ment, je n’étais pas dans sa vie privée" rappelle-t-elle précautionneusement, avant d’ajouter avec tristesse : "Si j’avais su la gravité de ce qu’il lui faisait subir, j’aurais tout fait pour l’aider. Oui, si j’avais su, j’aurais pu éviter cette tragédie."

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques